Les révolutions arabes (2011)

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les révolutions arabes (2011)

Un foyer de conflits

Corrigé

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Histoire

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Sujet inédit

étude critique de document

>Après avoir rappelé le contexte politique dans lequel se déroule l’événement relaté par le journal Libération, montrez en quoi cet événement révèle les profonds changements survenus dans le monde arabe au cours de l’année 2011.

Document

Une du journal Libération, 15 janvier 2011


Lire la consigne

  • À partir de cette photographie relatant la révolution tunisienne du début d’année 2011, il convient de présenter ce que l’on a appelé le mouvement du « printemps arabe ».
  • Il faut revenir dans un premier temps sur le contexte qui préside aux événements. Dans différents pays, de la Tunisie au Yémen en passant par l’Égypte ou la Libye, de nombreux mouvements populaires remettent en cause l’autorité de chefs politiques et de pouvoirs autoritaires.
  • Les bases du renouveau politique doivent être présentées afin de voir comment ces États se reconstruisent. Un certain nombre d’interrogations peuvent alors émerger quant à leur avenir.

Observer le document

  • Un document de ce type est d’abord à localiser dans le temps et l’espace afin de bien délimiter le sujet. Il est nécessaire de préciser l’origine de la photographie qui permettra de réfléchir sur la source et éventuellement sur l’auteur du cliché et ce qu’il a voulu montrer.
  • Dans un second temps, c’est au contenu de l’image qu’il faut s’intéresser. Il faut en extraire les éléments qui permettent de la décrire puis de l’analyser en la situant notamment dans son contexte.
  • Analyser une photographie consiste donc à la situer par rapport à un événement et une période historique afin d’en tirer les éléments qui permettent d’expliquer ceux-ci. Il ne faut pas hésiter à décrire l’image en analysant ses différents plans afin d’appuyer la démonstration.
  • Dans le cas de la une d’un journal, confrontez la photographie avec le titre de la une ou/et la légende.
  • Dans le corps de votre devoir, n’oubliez pas de rappeler régulièrement que vous vous appuyez sur le document proposé.

Définir les axes de l’analyse

  • Dans un premier temps, vous devez restituer le contexte dans lequel ont émergé les révolutions arabes.
  • Dans un second temps, il faut expliquer les changements que ces soulèvements entraînent pour le monde arabe.
Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Au mois de décembre 2010, un vendeur ambulant tunisien s’immole par le feu et marque le point de départ d’un soulèvement qui gagne rapidement plusieurs villes du monde arabe (de la Tunisie à la Syrie). Ces événements ont été largement médiatisés par la presse mondiale.

[Présentation du document] Le document proposé est la une du journal quotidien français Libération qui, dès le début de l’année 2011, consacre de larges dossiers à ces révolutions qui sont menées au nom de la dignité, de la liberté et du refus de la corruption.

[Problématique et annonce du plan] Ces mouvements populaires mettent fin à des régimes autoritaristes, souvent issus des indépendances, soutenus paradoxalement par les régimes occidentaux et présentés comme un rempart contre l’islamisme. Dans quelle mesure peut-on dire que ces révolutions marquent la fin de cette « exception arabe » ? Il convient tout d’abord de restituer le contexte relaté par la une du journal, une révolte qui semblait annoncée. Dans un second temps, on pourra observer comment ces mouvements dessinent une nouvelle géographie politique du monde arabe.

Une révolte libérale moderne ?

1. Chasser les dictatures

  • Le document montre au premier plan une jeune fille dans la foule, en arrière-plan, brandissant une affiche rapidement réalisée qui demande le départ du dictateur tunisien Ben Ali. Mi-janvier 2011, le slogan « Ben Ali, dégage » a été brandi par des milliers de manifestants tunisiens devant le ministère de l’Intérieur. Le président incarnait à ce moment tous les malheurs du peuple.
  • L’ensemble des régimes politiques en place dans le monde arabe offrait une façade électorale, avec des partis d’opposition factices ou parfois tolérés. Les événements de 2011 ont surpris par leur spontanéité, tant les régimes politiques en place semblaient devoir se perpétuer.
  • Le malaise et la révolte que montre cette photographie (les traits de la jeune femme sont très tendus) traduisent un double refus : celui de la corruption du système politique (en demandant le départ du dictateur) et de la répression policière (les citoyens n’ont plus peur de manifester dans les rues). La jeune femme a l’air tout à fait déterminé et n’a pas peur de s’exprimer à voix haute, puisqu’elle est en train de crier. Le gros plan établi sur son visage en colère est un choix du photographe pour illustrer cette révolte.

2. Le rôle des médias

  • La une d’un grand journal d’information comme Libération permet de rappeler le rôle qu’ont pu jouer les médias internationaux. Ce journal est en effet destiné à un public occidental et il traduit un message en phase avec ses valeurs (démocratie, liberté…). Les choix du photographe en témoignent. C’est grâce à cette médiatisation que les occidentaux ont fini par apporter leur soutien à ces révolutions.
  • Les réseaux sociaux comme Facebook ou encore le blog Elkhadra, autre type de média à cible locale, ont ouvert une brèche dans la censure mise en place par les régimes dictatoriaux en permettant à leurs utilisateurs de s’exprimer librement. Ils ont eux aussi encouragé les organisations militaires occidentales à intervenir. Il a souvent été utilisé des expressions comme « révolution Facebook » ou encore « révolution 2.0 ». Les morts dans les combats de rue nous rappellent tout de même que le combat « réel » a été nécessaire pour provoquer le départ des dirigeants. C’est d’ailleurs de ce type de combat que la photographie est issue.
  • Depuis une cinquantaine d’années, la région a connu des mutations démographiques et sociales considérables. L’éducation des femmes a par exemple progressé ainsi que leur implication politique (ce qu’illustre assez bien la photographie choisie ici). De même, les bras nus sur l’image sont révélateurs de la libération des femmes et de la modernité en marche.

La nouvelle géographie politique du monde arabe

A.Une nouvelle déstabilisation de la région

Après des décennies d’une stabilité apparente, le monde arabe, de la Tunisie au Yémen, semble entrer dans une nouvelle phase d’instabilité. L’image proposée par le document montre en arrière-plan le drapeau tunisien. Les incertitudes de l’avenir sont nombreuses : le nationalisme guidera-t-il les réformes ? Quel sera le poids de la religion dans le nouveau gouvernement (victoire d’Ennahdha en Tunisie, des Frères musulmans en Égypte…) ?

B.Quel(s) avenir(s) politique(s) ?

  • La menace de guerre civile aux conséquences imprévisibles est réelle. Il ne semble pas exister un modèle d’organisation politique et sociale de substitution. Le dynamisme du changement souhaité se basait essentiellement sur le refus de la corruption politique sous toutes ses formes, d’où le slogan affiché par le journal ici : le mot « liberté » en français et en arabe.
  • Comme sur la photographie, les héros de ces mouvements de révolution sont des anonymes et non des personnalités au fort charisme sorties de leur clandestinité.

Conclusion

[Réponse à la problématique] Les révolutions de la fin 2010 et de l’année 2011 sont certes source de défi et de nombreuses incertitudes quant à l’avenir politique des pays engagés dans ce mouvement, mais ils définissent une nouvelle géopolitique du Proche et du Moyen-Orient en mettant fin à des dictatures autoritaires. Le document proposé illustre l’idée d’un combat juste, pour la liberté.

[Ouverture] Le choix politique à venir des nations semble cependant laisser trois options aux peuples : revenir à un nationalisme arabe tel qu’il avait été défini dans la seconde moitié du xixe siècle, faire le choix d’un islam politique ou encore inventer une nouvelle voie.