Les scènes de révélation sont-elles le seul moyen dont dispose le théâtre pour faire apparaître la vérité d’un personnage ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les scènes de révélation
 
 

Les scènes de révélation • Dissertation

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Théâtre

23

CORRIGE

 

France métropolitaine • Septembre 2013

Séries ES, S • 16 points

Dissertation

> Les scènes de révélation sont-elles le seul moyen dont dispose le théâtre pour faire apparaître la vérité d’un personnage ? Vous répondrez à cette question par un développement structuré, qui s’appuiera sur les textes du corpus, les œuvres étudiées et les spectacles auxquels vous aurez pu assister.

Comprendre le sujet

  • « scènes de révélation » : scènes où un aspect caché d’un personnage est dévoilé.
  • « vérité d’un personnage » : identité, caractère, véritable nature, idées ou projets…
  • « sont-elles le seul moyen… ? » présuppose qu’il existe d’autres moyens et suggère un plan dialectique : oui, les scènes de révélation sont efficaces pour découvrir un personnage ; mais il existe d’autres moyens théâtraux.

Chercher des idées

  • Faites la liste des composantes d’une pièce : intrigue, dialogues, monologue, tirade, situations spécifiques, mais aussi : décor, costumes, éclairages, bande-son…
  • Constituez-vous une réserve d’exemples de scènes de révélation.
  • Pour éviter les répétions, constituez-vous une liste de mots reliés aux notions de révélation et de vérité.

>Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

>Le théâtre : voir mémento des notions.

Corrigé

Dans le corrigé figurent des exemples développés, mais certains paragraphes doivent être alimentés d’exemples personnels. Les titres en couleur ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Les dramaturges disposent d’un large éventail de moyens pour capter l’intérêt des spectateurs. Parmi ces moyens, les scènes de révélation, qui prennent souvent la forme d’un coup de théâtre, sont particulièrement efficaces. Mais ces scènes présentent aussi d’autres intérêts : elles font le plus souvent apparaître la vérité des personnages. [Annonce du plan] Quelles vérités le théâtre peut-il dévoiler ? [I] Pourquoi et comment les scènes de révélation contribuent-elles à la peinture des personnages ? [II] Sont-elles le seul moyen dont dispose le dramaturge pour faire connaître ses personnages ? [III]

I. Scène de révélation et vérité d’un personnage

1. Deux types de révélations

  • Il faut distinguer deux types de révélations au théâtre. Elle peut être « interne » à l’action de la pièce : les personnages découvrent une information sur un autre personnage ou sur eux-mêmes. Elle peut aussi être « externe » : c’est le spectateur qui voit et comprend quelque chose qu’il ignorait.
  • Ces deux types de révélations ne sont pas nécessairement liés : dans certaines scènes, un personnage se dévoile aux autres sans que pour autant le public, déjà au fait, en soit surpris.
  • Ainsi, à la fin de Ruy Blas, de Hugo, la Reine comprend que son ministre n’est pas Don César, alors que le public le sait depuis le début de la pièce. De même, le sort d’Œdipe dans La Machine infernale, de Cocteau, est déjà connu de tous, puisque la pièce est une réécriture du mythe antique.

2. La vérité d’un personnage 

  • Ce peut être la brusque découverte d’une identité insoupçonnée. Ainsi Figaro apprend qu’il est le fils de Marceline (qu’il devait épouser) et de Bartholo, son ennemi juré. Le Berger annonce à Œdipe dans La Machine infernale : « Tu es le fils de Jocaste, ta femme, et de Laïus tué par toi ».
  • Mais une révélation pure sous la forme d’une surprise totale n’est souvent qu’une « ficelle » commode pour mettre fin à l’intrigue et assurer une fin heureuse à une comédie : ainsi, Élise, la fille d’Harpagon dans L’Avare, évite un mariage auquel elle répugne parce que son promis… n’est autre que le père de celui qu’elle aime, perdu de vue depuis longtemps.
  • La vérité d’un personnage, ce peut être aussi sa vraie nature, sa personnalité profonde, cachée sous un masque. Ce type de révélation a pour intérêt de dévoiler ses sentiments secrets, ses idées ou ses projets. Ainsi, sous le masque du dévot apparaît par deux fois la noirceur de Tartuffe. Phèdre, à deux reprises, révèle son amour : ce sont les fameuses scènes d’aveu. Lors d’un long tête-à-tête avec Pierre Strozzi, Lorenzo dévoile ses projets tyrannicides (Musset, Lorenzaccio). La révélation, outre ses répercussions sur l’intrigue, prend alors un intérêt psychologique.

3. Quelques cas de figures originaux

  • La vérité d’un personnage, ce peut être enfin la découverte de soi-même : un seul moment peut suffire pour présenter un personnage qui se révèle à lui-même : Auguste, dans Cinna (Corneille), au moment de sévir contre les conspirateurs qui veulent l’assassiner, comprend brusquement sa propre nature (la clémence) ; le spectateur savait d’avance qu’il pardonnerait – c’est écrit dans l’Histoire – et l’observe en train de se comprendre lui-même. Dans Le Jeu de l’amour et du hasard (Marivaux), les amoureux démêlent leurs propres sentiments quand ils avouent à l’autre leur véritable identité.
  • Enfin, peut-on toujours parler de « scène » de révélation ? Parfois, c’est toute la durée de la pièce qui contribue à révéler qui est vraiment un personnage. Saurait-on dire dans quelle scène exactement se révèle l’Antigone d’Anouilh ? ou le Bérenger de Rhinocéros (Ionesco) ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une prise de conscience progressive : « Quel jour devient-elle Électre » (Giraudoux, Électre, I, 3) ?

II. Des scènes efficaces pour dévoiler un personnage

1. Des scènes riches en émotions

  • Ces scènes sont éclairantes car ce sont en général des scènes où le personnage,sous le coup de la surprise, s’abandonne et se dévoile. Ainsi, Tartuffe est découvert dans sa noirceur lorsque sont révélés au dernier acte sa conduite hypocrite et ses forfaits : pris de court, il avoue qu’il « Étouffe dans [son] cœur toute reconnaissance, Et qu’il sacrifierai[t] […] /Ami, femme, parents, et moi-même avec eux » [plus autre exemple personnel].
  • C’est aussi du côté des spectateurs que ces scènes sont efficaces : le coup de théâtre et l’effet de surprise qu’il provoque font que le public est plus attentif à la vérité du personnage[exemple du texte A].

2. Des formes dramatiques variées

  • Parfois il s’agit d’une confidence dialoguée au cours de laquelle le personnage se dévoile à un ami intime, à un serviteur en qui il a confiance : c’est devant Sganarelle que Dom Juan révèle sa supercherie (il a feint devant son père d’avoir renoncé à sa vie de débauche) et revendique avec cynisme sa nouvelle « profession d’hypocrite » (V, 2).
  • La révélation peut prendre la forme du monologue. Mary, la bonne de La Cantatrice chauve (Ionesco), apprend au public que ceux que l’on croyait être les époux Martin ne sont pas les époux Martin et confesse en même temps sa véritable identité (« Mon vrai nom est Sherlock Holmes »).
  • Enfin, la révélation passe aussi par une annonce faite par un tiers qui apporte une information inattendue sous la forme d’un coup de théâtre : c’est l’exempt qui démasque Tartuffe. Dans la dernière scène d’Électre (Giraudoux), Le Mendiant raconte « en direct » le meurtre d’Égisthe et donne ainsi du héros une image différente de celle des tragédies antiques.

3. Des scènes éclairantes

  • C’est là que les masques tombent, aux sens propre et figuré. Dans Le Jeu de l’amour et du hasard (Marivaux), Silvia avoue à Dorante qu’elle n’est pas servante et qu’elle s’est déguisée : par cette mise à bas concrète du masque, chacun dévoile sa personnalité profonde [autres exemples : Tartuffe de Molière ; Les Fausses Confidences de Marivaux].
  • C’est là aussi que les illusions se dissipent : le personnage accède à sa propre vérité, que ce soit son identité sociale [Figaro dans le corpus, à développer], sa vérité humaine [Œdipe dans le corpus, à développer] ou la vérité de ses sentiments [Araminte dans Les Fausses Confidences, à développer].
  • Dans ces scènes, le personnage peut aussi être révélé, non seulement par ce qui est divulgué de lui, mais encore par ses réactions face à la révélation. Ainsi, Ruy Blas, lorsqu’il avoue à la Reine qu’il n’est qu’un valet, montre au public qu’il renonce à son statut de Premier ministre, à son amour et à son bonheur et qu’il préfère la vérité ; se révèlent alors sa droiture, sa fidélité à ses idéaux, sa soif d’authenticité [la soif de grandeur d’Œdipe dans le corpus].

III. Autres moyens pour dévoiler les personnages

1. Une vérité qui se construit tout au long de la pièce

  • La progression de l’intriguepeint les différentes facettes d’un caractère, d’une vie, et le personnage lui-même se construit dans cette progression : il naît de ses multiples confrontations avec les autres. Ce sont les affrontements successifs de Dom Juan avec les autres qui le peignent, à la fois séducteur, maître, fils, amant, tentateur, hypocrite, gentilhomme de valeur…
  • Le personnage se révèle aussi par ses choix lors des situations de crise : Alceste (Molière, Le Misanthrope) ne sait pas s’il doit partir ou rester auprès de Célimène : c’est alors qu’apparaît sa nature profonde. Parfois, dans les moments de crise, le personnage ne se contrôle plus : dans Horace (Corneille), le monologue puis les imprécations de Camille n’apportent pas de révélations, mais ils lui permettent de mesurer ce dont elle est capable en matière de violence et de rébellion.
  • Les situations de piège peuvent aussi dévoiler un personnage. L’Avare (Molière) et Mithridate (Racine) offrent deux situations similaires, où les pères sont les rivaux amoureux de leur fils. En leur proposant d’épouser celles qu’ils aiment, ils obtiennent de leurs fils trompés l’aveu de leur passion.

2. À travers le langage théâtral

  • Des scènes plus statiques et spécifiques du théâtre permettent aussi au personnage d’accéder à sa vérité. Dans le monologue (forme très théâtrale parce qu’elle sollicite directement le public), le personnage se confie, s’analyse, se pose des questions qui n’apparaîtraient pas au grand jour dans la vie courante. Dans l’acte IV de Lorenzaccio (Musset), trois monologues dévoilent une des multiples facettes de Lorenzo, cachées sous le masque qu’il porte [autres exemples à développer : monologue d’Hamlet, stances de Rodrigue dans Le Cid, monologue de Figaro qui dévoile un valet amer…]. Il en va de même pour la tirade où le personnage exhale longuement ses sentiments [exemples à développer : tirade de l’inconstance de Dom Juan, tirade d’Hernani : « Je suis une force qui va… »].
 

Observez

Un quiproquo aboutit à un dialogue de sourds, où les interlocuteurs croient parler du même sujet alors que chacun poursuit sa propre pensée.

  • Les quiproquos, eux, mettent en évidence la pensée que le personnage projette sur la situation, de sorte que sa parole le trahit : dans L’Avare (V, 3), Harpagon accuse Valère de lui avoir dérobé sa « chère cassette » et Valère, lui, croit qu’il l’accuse d’avoir enlevé sa fille, Élise, dont il est amoureux.
  • Enfin, comme dans la vie, le dialogue entre des personnages « extérieurs » éclaire souvent un personnage tiers : ainsi, Sganarelle dresse face à Gusman le portrait éclairant du « grand seigneur méchant homme » avant même que Dom Juan n’apparaisse sur scène. Certains personnages au statut hybride font le lien entre les personnages et le public, comme le Prologue dans l’Antigone d’Anouilh, le Jardinier ou le Mendiant dans l’Électre de Giraudoux : entre scène et salle, ils « expliquent » au public, devant le rideau, les autres personnages de la pièce.

3. La mise en scène révélatrice

  • La mise en scène « exprime » les personnages. Le décor dans lequel ils évoluent provoque leurs réactions et les éclaire en retour. Dans Rhinocéros (Ionesco), tandis que les rhinocéros peuplent la ville, que les bâtiments s’écroulent, les dessins de beaux visages de rhinocéros provoquent chez Dudart l’envie d’aller les rejoindre : ils suggèrent ainsi son manque d’autonomie, son instinct de groupe ; Bérenger, lui, ressent de l’aversion pour eux et signale ainsi son indépendance d’esprit, sa « résistance ».
  • Chaque choix de mise en scène contribue à éclairer différemment le personnage, à tel point qu’il n’y a pas qu’un seul Dom Juan, mais des Dom Juan. Décors et costumes donnent une coloration spécifique au personnage : un Dom Juan en costume d’hidalgo (Jouvet) peint un personnage « dur, hautain, sec et cassant », cynique et solitaire. Un Dom Juan (Chéreau) aristocrate qui, dans une charrette, fuit le ciel – la société qui l’agresse représentée par des échafaudages –, devient un personnage « assommé par une machine pour tuer les libertins » ; à ses côtés, Sganarelle est une « émanation du peuple, handicapé du langage, gros clown, une sorte de SDF lyrique ». Le Dom Juan de Mesguich, avec son large manteau de cuir noir, est un « préfasciste » ; son palais orné de statues féminines nues en marbre blanc révèle un tempérament d’esthète.
  • Il en va de même du maquillage, des effets d’éclairage[exemples personnels à développer selon les mises en scène vues], ou des bruitages, de la musique. Choisir comme accompagnement de certaines scènes de Dom Juan la musique du Requiem de Mozart (Marcel Bluwal) alors que Dom Juan abandonne sa monture et son épée pour répondre à l’invitation du Commandeur, signale son intention suicidaire, pleine de dignité aristocratique.
  • Enfin, le choix du comédien, le jeu de l’acteur, parfois la pantomime servent au théâtre à représenter des pensées que le personnage n’exprime pas forcément verbalement [exemples personnels à développer selon les mises en scène vues].

Conclusion

Les scènes de révélation jouent certes un rôle important dans la peinture des personnages de théâtre. Mais leur complexité ne peut être peinte dans une seule scène : elle se dévoile tout au long de la pièce. Tous participent à la construction du personnage : l’auteur par son texte, les autres personnages, mais aussi le metteur en scène par ses choix, l’acteur par son jeu et même le public, qui projette en lui ses préoccupations du moment.