Les sources de la croissance économique

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Croissance, fluctuations et crises
Type : Dissertation | Année : 2014 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les sources de la croissance économique
 
 

Dissertation

sesT_1406_07_00C

Sujet complet

1

CORRIGE

 

France métropolitaine • Juin 2014

dissertation • 20 points

> Les facteurs travail et capital sont-ils les seules sources de la croissance économique ?

Document 1

Croissance annuelle moyenne en volume, 1985-2008

 

En %

Main-d’œuvre

Capital en TIC1

Capital hors TIC

PGF2

Croissance du PIB

Allemagne

– 0,17

0,29

0,31

1,07

1,50

États-Unis

0,94

0,54

0,32

1,09

2,89

Japon

– 0,35

0,40

0,45

1,60

2,10

France

0,04

0,24

0,31

1,16

1,75

Canada

1,18

0,44

0,66

0,37

2,65

 

Source : OCDE.

1. TIC : technologies de l’information et de la communication.

2. PGF : productivité globale des facteurs de production.

Document 2

Dépenses intérieures de recherche développement en % du PIB

 

2008

2009

Corée du Sud

3,36

3,56

Japon

3,47

3,36

États-Unis

2,84

2,90

Allemagne

2,69

2,82

France

2,12

2,21

Royaume-Uni

1,79

1,86

Finlande

3,70

3,93

Suède

3,70

3,60

UE 27

1,84

1,92

Total OCDE

2,35

2,40

 

Source : d’après Note d’information, enseignement supérieur et recherche, 2012.

Document 3

Évolution de la productivité globale des facteurs en France de 1978 à 2010 (indice-base 100 en 1978)


 

Source : Comptes nationaux, enquêtes Emploi, Insee, 2013.

Document 4

 

Article L611-1

Toute invention peut faire l’objet d’un titre de propriété industrielle délivré par le directeur de l’Institut national de la propriété industrielle qui confère à son titulaire ou à ses ayants cause un droit exclusif d’exploitation. […]

Article L611-2

Les titres de propriété industrielle protégeant les inventions sont : les brevets d’invention, délivrés pour une durée de vingt ans à compter du jour du dépôt de la demande ; les certificats d’utilité, délivrés pour une durée de six ans à compter du jour du dépôt de la demande ; les certificats complémentaires de protection rattachés à un brevet […] prenant effet au terme légal du brevet auquel ils se rattachent pour une durée ne pouvant excéder sept ans à compter de ce terme et dix-sept ans à compter de la délivrance de l’autorisation de mise sur le marché mentionnée à ce même article. […]

Article L615-14

Sont punies de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende les atteintes portées sciemment1 aux droits du propriétaire d’un brevet […]. Lorsque le délit a été commis en bande organisée ou sur un réseau de communication au public en ligne ou lorsque les faits portent sur des marchandises dangereuses pour la santé, la sécurité de l’homme ou l’animal, les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 500 000 euros d’amende.

Code de la propriété industrielle, Legifrance, 2013.

1. Sciemment : délibérément.

Entrer dans le sujet

  • La croissance économique représente la variation des quantités de richesses créées au cours d’une période (le plus souvent une année), mesurée par la variation du produit intérieur brut (PIB) réel.
  • La production est le résultat de la combinaison des facteurs de production travail (les salariés) et capital (moyens de production utilisés par les producteurs). Ainsi, on peut estimer que la croissance de la production a comme source la variation du volume des facteurs de production ainsi que celle de la productivité du travail.

Dégager la problématique

La formulation du sujet incite à montrer que la contribution des facteurs travail et capital n’est pas suffisante pour expliquer la croissance économique et que celle-ci a d’autres sources.

Exploiter les documents

  • Le document 1 mesure la contribution (en points de pourcentage) des différentes sources de la croissance dans cinq pays industrialisés sur la période 1985-2008. La contribution des facteurs travail et capital étant insuffisante pour expliquer la totalité de cette croissance, il faut ajouter un autre facteur, la productivité globale des facteurs (PGF). Dans tous les pays (sauf au Canada), celle-ci représente près de la moitié de la croissance annuelle moyenne. La PGF, indicateur du progrès technique, est en grande partie le résultat d’innovations, notamment dans les technologies de l’information et de la communication (TIC). Dès lors, l’accumulation de capital en TIC joue un rôle important dans la croissance. Si le volume de travail peut contribuer d’une manière négative à la croissance, cette source peut être compensée par la hausse de la productivité du travail.
  • Dans le document 2, nous retrouvons quatre pays du document 1. La comparaison entre les deux documents montre que le Japon, pays dont la part des dépenses intérieures de recherche-développement (DIRD) dans le PIB est la plus élevée, est également le pays où la contribution relative de la PGF dans la croissance est la plus forte.
  • Le document 3 se limite au cas de la France. La PGF augmente de près de 60 % entre 1978 et 2008 pour ensuite baisser de 10 points d’indice entre 2008 et 2010, période de faible croissance. Cette évolution illustre le rôle de la PGF comme source de croissance économique.
  • Le texte du document 4 présente trois articles du code de la propriété industrielle. Ils montrent que les entreprises innovatrices, grâce aux brevets, bénéficient d’un monopole d’exploitation de leurs inventions qui les protège contre la concurrence éventuelle d’entreprises « imitatrices ». Ces règles, ou institutions, sont destinées à favoriser l’innovation source de croissance.

Définir le plan

Dans un premier temps, nous étudierons le rôle des facteurs de production dans la croissance puis, dans un second temps, les autres facteurs source de croissance.

Corrigé

Introduction

  • Depuis 2008, l’économie mondiale connaît un net ralentissement de la croissance économique. Cette récession, qui touche à peu près tous les pays, incite à se demander si les facteurs de production travail et capital sont les seules sources de la croissance économique.
  • La croissance économique représente la variation des quantités de richesses créées au cours d’une période (le plus souvent une année) mesurée par la variation du produit intérieur brut (PIB) réel. Les facteurs de production travail et capital sont combinés pour produire. Si la contribution de ces facteurs à la croissance est insuffisante pour expliquer la totalité de celle-ci, quels sont les autres facteurs de la croissance ?
  • Pour répondre à cette problématique, il faut d’abord mettre en évidence le rôle des facteurs de production dans la croissance, puis montrer que d’autres facteurs interviennent.

I. La contribution des facteurs de production à la croissance

1. Le facteur travail

  • L’activité d’une économie nationale peut être représentée par une fonction de production. Celle-ci établit une relation entre les quantités de facteurs de production travail et capital en fonction des techniques de production utilisées. Ainsi, si la quantité de travail augmente, la croissance économique s’en trouve accélérée. Cette quantité de travail dépend du nombre de travailleurs disponibles dans le pays ainsi que du taux d’emploi et de la durée du travail.
  • Cependant, le facteur travail semble jouer un faible rôle dans la croissance. Par exemple, en France, il représente 0,04 point de pourcentage de la croissance au cours de la période 1985-2008 (document 1). La contribution du facteur travail peut même être négative, comme au Japon ou en Allemagne. On peut l’expliquer par la baisse de la durée du travail, en partie compensée par l’augmentation de la productivité du travail due principalement à une amélioration de la qualité du capital humain.

2. Le facteur capital

  • Le capital composé des moyens de production utilisés par les unités productives est le second facteur de production. Son volume dépend de l’investissement, ou formation brute de capital fixe. On a pu constater que les pays qui consacrent une part élevée de leur PIB à l’investissement, comme les pays les plus développés, sont ceux qui ont connu sur le long terme le taux de croissance le plus élevé. Ainsi, sur la période 1985-2008 le capital contribue pour un tiers environ de la croissance aux États-Unis (document 1).
  • L’accumulation du capital favorise l’innovation. Depuis les années 1980, les technologies de l’information et de la communication (TIC) jouent un rôle non négligeable dans la croissance économique. Aux États-Unis, le capital en TIC représente une contribution de 0,54 point de pourcentage de moyenne annuelle (document 1).
  • Les facteurs de production sont source de croissance économique à la fois par l’augmentation de leur quantité et par l’amélioration de leur qualité. Cependant, les études statistiques montrent qu’il existe d’autres sources de croissance.

II. Les autres sources de la croissance

1. La productivité globale des facteurs

  • Si on fait la somme des contributions des facteurs travail et capital des pays étudiés dans le document 1, le total n’est pas équivalent à la croissance moyenne annuelle constatée au cours de la période 1985-2008. Par exemple, pour l’Allemagne, la contribution du capital et du travail représente une croissance annuelle moyenne de 0,43 % alors que celle-ci est de 1,50 %. Il y a donc une part de la croissance dont les facteurs travail et capital ne sont pas la source. Ce facteur, mis en évidence par plusieurs économistes, notamment Robert Solow, est la productivité globale des facteurs (PGF).
  • La PGF est un indicateur de l’efficacité des facteurs de production mesuré par le rapport entre la production et le volume des facteurs de production utilisés. Au Japon, elle représente pour la période 1985-2008 près de 60 % de la croissance annuelle moyenne ; aux États-Unis, environ 40 %. En France, la PGF augmente de 60 % entre 1978 et 2007 (document 3).
  • Pour Solow, la progression de la PGF est liée au progrès technique. Celui-ci trouve son origine dans les innovations, de produits et surtout de procédé, qui améliorent l’efficacité des facteurs de production. Ces innovations ont comme point de départ la recherche-développement. La PGF a une contribution élevée au Japon car la part des dépenses intérieures de recherche-­développement dans le PIB y est l’une des plus importantes : 3,36 % en 2009, soit 1,15 point de pourcentage de différence avec la France pour la même année (document 2).

2. Les institutions du marché

  • Le progrès technique suppose, pour les entreprises, de mobiliser des ressources financières importantes qui ne seront pas rentabilisées avant plusieurs années, le temps que le processus de recherche-développement aboutisse à un produit vendu sur le marché ou à un système technique utilisé dans le processus de production. Il faut donc mettre en place des institutions garantissant aux entreprises innovatrices un accroissement de leur profit tiré des innovations. Les règles organisant les relations entre les agents économiques sur le marché ont pour objectif de stimuler la croissance économique. On peut donc les considérer comme une source de croissance économique.
  • En France, le Code de la propriété industrielle définit les règles concernant la protection des entreprises qui innovent et qui peuvent bénéficier d’un brevet d’invention empêchant d’autres entreprises d’utiliser ces inventions. Ainsi, l’article L611-1 spécifie que « toute invention peut faire l’objet d’un titre de propriété industrielle […] qui confère à son titulaire ou à ses ayants cause un droit exclusif d’exploitation » (document 4). Cette règle, contraire aux principes d’un marché de concurrence pure et parfaite, donne à l’entreprise innovatrice une position de monopole lui permettant d’obtenir un surprofit, ou rente de monopole, l’incitant à continuer à innover.

Conclusion

  • Selon la fonction de production, les facteurs travail et capital sont des sources de la croissance économique. Ainsi, tout accroissement du volume du facteur travail (grâce à une augmentation du nombre d’emplois occupés ou de la durée du travail) accélère la croissance économique. Cependant, la contribution du facteur travail est essentiellement due à l’accroissement de sa productivité. Pour le capital, l’investissement favorise l’accumulation de capital augmentant le volume de ce facteur et améliorant la qualité des biens de production utilisés dans le processus de production. Cependant, il reste une part non expliquée de la croissance que l’on peut attribuer à la productivité globale des facteurs, qui est un indicateur de l’efficacité des facteurs de production liée au progrès technique, résultat d’innovations. Afin de favoriser ces innovations, les règles de la propriété industrielle donnent une situation de monopole aux entreprises qui innovent. Le monopole permet de dégager une rente de monopole incitant les unités de production à continuer à innover.
  • On peut donc se demander si, aujourd’hui, les innovations peuvent, à elles seules, relancer une trajectoire de croissance qui se trouve quasiment à l’arrêt depuis la crise financière de 2008.