Les terribles montagnes… (texte de P. Grimbert, installation de C. Boltanski)

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Classe(s) : 3e | Thème(s) : Agir dans la cité : individu et pouvoir
Type : Sujet complet | Année : 2016 | Académie : Inédit

 

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Sujet inédit • Agir dans la cité : individu et pouvoir

50 points

Les terribles montagnes…

Ce sujet regroupe tous les exercices de français de la 2de épreuve écrite.

1re partie • Analyse et interprétation de textes et de documents (1 heure)

Document A Texte littéraire

Né dans l’après-guerre, en 1948, le narrateur est de santé fragile, affligé d’un creux thoracique sous le plexus. Complexé par son physique, il souffre aussi du silence que ses parents font peser sur leur vie avant sa naissance. Cependant, plusieurs événements vont lui permettre de reconstituer progressivement leur histoire.

Mon corps s’était allongé, je cachais mes jambes et mon torse étroit dans des vêtements amples. La veille au soir j’avais soufflé mes quinze bougies. Bientôt on fêterait un autre anniversaire, celui de la victoire de 45. Le proviseur, qui avait décidé de projeter aux élèves un documentaire, nous avait réunis dans l’obscurité d’une salle de classe face à un drap tendu sur le tableau noir. Je m’étais retrouvé assis à côté du capitaine de l’équipe de football, un garçon râblé, chahuteur, aux cheveux taillés en brosse, qui ne m’avait jamais adressé la parole.

La projection commença : pour la première fois je vis les montagnes. Ces terribles montagnes dont je n’avais lu que des descriptions. Les bobines tournaient, dévidant leur pellicule, on n’entendait que le ronronnement du projecteur. Des terrils de chaussures, de vêtements, des pyramides de cheveux et de membres. Ni figurants, ni décors, contrairement à ce film que ma mère et moi avions regardé en silence. Je serais bien allé m’enfermer pour échapper à ces images. L’une d’entre elles m’a rivé à mon siège : celle d’une femme qu’un soldat en uniforme tirait par un pied pour la précipiter dans une fosse déjà comble. Ce corps désarticulé avait été une femme. Une femme qui avait couru les magasins, contemplé dans un miroir la ligne élégante de sa nouvelle robe, une femme qui avait remis en place une mèche échappée de son chignon : elle n’était plus que cette poupée disloquée, traînée comme un sac et dont le dos rebondissait sur les cailloux d’un sentier. […]

Mon voisin le capitaine d’équipe s’était agité sur le banc dès le début de la projection, profitant de l’obscurité il avait proféré à mi-voix quelques grossièretés qui avaient déclenché l’hilarité de la classe […]. Il me poussa du coude et je m’entendis rire moi aussi, pour lui plaire. J’aurais aimé trouver quelque chose de drôle à dire, pour l’amuser. Il a imité l’accent allemand, il a dit : « Ach ! Chiens de juifs ! » et j’ai ri encore une fois, plus fort. J’ai ri parce qu’il m’avait poussé du coude, parce que c’était la première fois que l’un de ces corps glorieux recherchait la complicité du mien. J’ai ri jusqu’à la nausée. Soudain mon estomac s’est retourné, j’ai cru que j’allais vomir et sans prendre le temps de réfléchir je l’ai frappé violemment au visage. Il a eu un moment de stupeur, j’ai juste eu le temps de voir la femme en noir et blanc se refléter dans ses yeux écarquillés avant qu’il ne se jette sur moi pour me bourrer de coups. Nous avons roulé sous la table, je n’étais plus moi-même, pour la première fois je n’éprouvais aucune crainte, je n’avais pas peur que son poing vienne se loger dans le creux de mon plexus. Ma nausée avait disparu, je l’ai attrapé par les cheveux pour lui cogner la tête contre le sol, j’ai enfoncé mes doigts dans ses yeux, j’ai craché dans sa bouche. […]

Alerté par nos cris le surveillant interrompit la projection et ralluma les lumières. Aidé de quelques élèves, il nous sépara : je ne voyais plus que d’un œil, un liquide chaud coulait sur ma joue, on m’emmena à l’infirmerie. Je quittai la salle sous les insultes de mon voisin, il avait le visage en sang. J’avais tout de même réussi à lui endommager sérieusement le nez, victoire qui me valut durant quelques semaines la considération de ma classe.

Philippe Grimbert, Un secret, © Grasset & Fasquelle, 2004.

Document B Christian Boltanski, Personnes, 2010

Cette installation a été spécialement conçue par Christian Boltanski pour la nef du Grand Palais, dans le cadre de l’exposition Monumenta en 2010, en hommage aux victimes de la Shoah.

© ADAGP, Paris 2016-ph © Raphaël GAILLARDE/GAMMA

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questions 20 points

Les réponses aux questions doivent être entièrement rédigées.

Sur le texte littéraire (document A)

▶ 1. Qui est le narrateur de ce texte ? Notez toutes les informations que vous pouvez prélever dans le texte à son sujet. (1,5 point)

▶ 2. a) Quels sont les trois temps majoritairement utilisés dans ce récit ? (1,5 point)

 Présent.   Passé simple.   Imparfait.   Plus-que-parfait.

b) Justifiez leur emploi. (1,5 point)

▶ 3. Quel est le sujet de la projection ? À quelle occasion est-elle organisée ? Pour quelle raison ? (3 points)

▶ 4. a) Repérez trois phrases nominales dans le 2e paragraphe (citez les premiers mots). (1,5 point)

b) Comment interpréter leur emploi ? (1 point)

▶ 5. À l’aide du contexte, expliquez le sens du verbe « river » dans « L’une d’entre elles m’a rivé à mon siège » (ligne 17). (1 point)

▶ 6. Lignes 17 à 24. Le narrateur évoque une image qui l’a particulièrement choqué.

a) Que montre-t-elle ? Quelles comparaisons utilise le narrateur ? (2 points)

b) Comment expliquer le choc éprouvé par le narrateur ? (1 point)

▶ 7. Comment le narrateur réagit-il aux rires et aux commentaires de son camarade ? Montrez l’évolution de ses réactions en citant le texte. (3 points)

Sur le texte et l’image (documents A et B)

▶ 8. À quelle réalité historique précise se réfèrent l’installation de Christian Boltanski et le texte de Philippe Grimbert ? (2 points)

▶ 9. Selon vous, pourquoi Christian Boltanski a-t-il appelé cette installation « Personnes » ? (2 points)

2de partie : rédaction et maîtrise de la langue (2 heures)

dictée 5 points

Le titre et la source de l’extrait sont écrits au tableau au début de la dictée.

Philippe Grimbert

Un secret, 2004

© Éditions Grasset & Fasquelle

Le désir d’avoir un frère

Fils unique, j’ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais cette fable à mes relations de vacances, à mes amis de passage. J’avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible.

J’étais toujours envieux, en visite chez un camarade, quand s’ouvrait la porte sur un autre qui lui ressemblait quelque peu. Des cheveux en bataille, un sourire en coin qu’on me présentait en deux mots : « Mon frère ». Une énigme, cet intrus avec lequel il fallait tout partager, y compris l’amour. Un vrai frère.

réécriture 5 points

« Alerté par nos cris le surveillant interrompit la projection et ralluma les lumières. Aidé de quelques élèves, il nous sépara : je ne voyais plus que d’un œil, un liquide chaud coulait sur ma joue, on m’emmena à l’infirmerie. Je quittai la salle sous les insultes de mon voisin, il avait le visage en sang. »

Réécrivez ce passage au passé composé – au lieu du passé simple – comme temps de base. Vous ferez toutes les modifications nécessaires.

travail d’écriture 20 points

Vous traiterez au choix le sujet A ou le sujet B.

Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ).

Sujet A

Vous avez eu l’occasion de regarder un documentaire sur la Première ou la Seconde Guerre mondiale. Présentez le film, décrivez vos sentiments pendant la projection et demandez-vous ce que vous en avez retenu.

Sujet B

Le narrateur d’Un secret (document A) rentre chez lui, blessé au visage. Sa mère cherche à savoir ce qui s’est passé. Racontez l’épisode en insérant dans votre récit un dialogue entre la mère et le fils.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

Roman autobiographique, Un secret débute par cette première phrase intrigante : « Fils unique, j’ai longtemps eu un frère », qui dissimule un lourd secret de famille. La projection du documentaire sur les camps de concentration, racontée dans le document A, constitue un tournant dans le récit : elle va permettre au narrateur de découvrir l’histoire de ses parents avant sa naissance…

L’image (document B)

Il s’agit d’une installation gigantesque conçue par Christian Boltanski en hommage aux victimes de la Shoah. L’œuvre visuelle et sonore a transformé le Grand-Palais, le temps de l’exposition, en un lieu de commémoration et de recueillement.

Travail d’écriture (Sujet A)

Recherche d’idées

De préférence, pars d’un documentaire que tu as réellement vu. Peut-être connais-tu, par exemple, ces deux séries télévisées, réalisées par Danielle Costelle et Isabelle Clark à partir d’images d’archives restaurées et colorisées :

Apocalypse, La Première Guerre mondiale (5 épisodes, 2014) ;

Apocalypse, La Deuxième Guerre mondiale (6 épisodes, 2009).

Conseils de rédaction

Voici un déroulement possible :

1. Raconte dans quelles circonstances tu as vu le documentaire.

2. Décris le film, les scènes qui t’ont frappé, les sentiments éprouvés pendant le visionnage.

3. Conclus en expliquant ce qu’il t’a appris.

Travail d’écriture (Sujet B)

Recherche d’idées

Commence le dialogue après un passage narratif racontant le retour du narrateur chez lui. Le fils raconte le sujet de la projection, les commentaires du camarade, puis – parce que sa mère le relance et insiste – ses réactions successives jusqu’à la séparation par le surveillant.

Conseils de rédaction

Tu dois faire appel au vocabulaire des émotions et des sentiments.

La mère exprime d’abord son inquiétude, puis un certain effroi : envers le camarade qui a insulté les Juifs, envers son fils qui a répondu par la violence.

Le narrateur, en se rappelant cet épisode, revit la scène : il a les mains et la voix qui tremblent, il est encore sous l’emprise de la colère…

Corrigé

Corrigé

1re partie • Analyse et interprétation de textes et de documents

questions

▶ 1. Le narrateur est un lycéen (« Le proviseur, qui avait décidé de projeter aux élèves un documentaire, nous avait réunis… »). Il a quinze ans (« quinze bougies »). Il a honte de son physique (« je cachais mes jambes et mon torse »).

Attention !

Dans le récit de la bataille, le passé composé remplace le passé simple : comme si les faits venaient de se dérouler.

▶ 2. Les temps majoritairement utilisés sont :

le passé simple pour rapporter les faits principaux (« la projection commença », « je vis », etc.) ;

l’imparfait pour décrire l’arrière-plan du récit (« les bobines tournaient », « on entendait », etc.) ;

le plus-que-parfait pour les actions antérieures à celles rapportées au passé simple et à l’imparfait (« j’avais soufflé », etc.).

▶ 3. Le documentaire a pour sujet les camps de concentration. Il est projeté dans le lycée du narrateur, peu de temps avant l’anniversaire de la victoire de 1945. L’objectif du proviseur, en organisant cette projection, est de rappeler aux élèves les atrocités commises pendant la Seconde Guerre mondiale, afin d’éviter qu’elles ne se reproduisent (on parle de devoir de mémoire).

 4. a) On relève trois phrases nominales : « Ces terribles montagnes… » ; « Des terrils de chaussures, de vêtements… » ; « Ni figurants, ni décors… »

b) Sous l’effet de l’émotion, le narrateur ne peut que nommer ce qu’il voit.

▶ 5. Le narrateur est comme attaché, enchaîné à son siège, du fait du choc provoqué par l’image.

▶ 6. a) L’image est celle du corps décharné d’une femme morte dans le camp, poussée par un soldat dans la fosse. Cette femme est comparée à la fois à une « poupée disloquée » et à un « sac ».

b) Le narrateur rapproche mentalement l’image de ce corps, qui a perdu toute apparence humaine, de celle de la femme vivante à laquelle il a appartenu (« Une femme qui avait couru les magasins… »). Cette image insupportable lui fait comprendre la barbarie de la Shoah.

▶ 7. Le narrateur, dans un premier temps, rit pour se sentir complice avec son voisin : « je m’entendis rire moi aussi, pour lui plaire » ; il rit de plus en plus fort, de manière excessive : « et j’ai ri encore une fois, plus fort. […] J’ai ri jusqu’à la nausée. »

Puis il passe du rire à la colère, une colère qu’il exprime violemment (champ lexical de la bagarre et de la violence : « frappé violemment », « bourrer de coups », « cogner », « enfoncé », « craché »).

Info +

Par sa taille, l’œuvre de Boltanski exprime le gigantisme d’un processus d’extermination mené à l’échelle industrielle.

 8. Le documentaire montre les montagnes de vêtements et de cheveux, les amoncellements de cadavres retrouvés dans les camps de concentration nazis à la Libération. C’est à cette même réalité historique que fait référence l’installation de Christian Boltanski.

 9. Le titre de l’œuvre « Personnes » évoque tous ceux et celles qui, comme la femme dont l’image frappe le narrateur dans le documentaire, ont été des personnes, bien vivantes, avec leur personnalité, leur histoire, et que la barbarie nazie a condamné à n’être plus personne.

2de partie • Rédaction et maîtrise de la langue

dictée

POINT MÉTHODE

1 Dans ce texte, où le narrateur décrit le désir qu’il avait, dans son enfance, d’avoir un frère, le temps dominant est l’imparfait. Tu entends d’ailleurs de manière récurrente le son [ε] à la fin des verbes, que le verbe soit à la 1re ou à la 3e personne. Il faudra donc contrôler que tu as utilisé :

– la terminaison -ait à la 3e personne (5 verbes) ;

– la terminaison -ais à la 1re personne (3 verbes).

2 Attention aux mots qui ont des homonymes : interroge-toi sur la nature du mot pour trouver la bonne orthographe.

Fils unique, j’ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais cette fable à mes relations de vacances, mes amis de passage. J’avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible.

J’étais toujours envieux, en visite chez un camarade, quand s’ouvrait la porte sur un autre qui lui ressemblait quelque peu. Des cheveux en bataille, un sourire en coin qu’on me présentait en deux mots : « Mon frère ». Une énigme, cet intrus avec lequel il fallait tout partager, y compris l’amour. Un vrai frère.

réécriture

Les modifications sont mises en couleur.

Attention !

Le participe passé séparés s’accorde avec le pronom COD nous qui est placé avant le verbe.

« Alerté par nos cris, le surveillant a interrompu la projection et a rallumé les lumières. Aidé de quelques élèves, il nous a séparés : je ne voyais plus que d’un œil, un liquide chaud coulait sur ma joue, on m’a emmené à l’infirmerie. J’ai quitté la salle sous les insultes de mon voisin, il avait le visage en sang. »

travail d’écriture

Voici un exemple de rédaction sur chacun des deux sujets.

Attention les titres en couleur ne doivent pas figurer sur ta copie.

Sujet A

[Les circonstances] Il est 20 heures 45. Mes parents allument la télévision. Je m’installe dans le canapé : ce soir, nous regardons la suite du documentaire Apocalypse, La Première Guerre mondiale.

Conseil

Tout en rapportant le contenu du film, tu dois évoquer tes réactions et les sentiments que tu éprouves.

Je ne pensais pas que ce film me frapperait à ce point. Mais après avoir vu les deux premiers épisodes, je ne veux pas rater le troisième intitulé « L’Enfer » et qui porte sur l’année 1916, l’une des plus terribles de la guerre si j’en crois le titre.

[La description du film, mes sentiments] Nous retrouvons ces millions d’hommes pris dans le piège d’une guerre immense qui s’étend à toute l’Europe. En France, dans des tranchées boueuses à perte de vue, les soldats sont sales et épuisés. Les nombreux rats qui se faufilent de toutes parts me font tourner le regard de dégoût. Les conditions de vie sont déplorables et le manque d’hygiène évident. Comment peut-on envisager de vivre un seul instant dans ces boyaux dégoûtants ?

Les combats sont d’une violence inouïe. La voix off explique : les Allemands lancent en février 1916 une grande offensive sur Verdun ; le 1er juillet 2016 démarre la bataille de la Somme.

À chaque fois l’artillerie pilonne ; les assauts sont terrifiants et réellement suicidaires. Tout ceci dans un vacarme assourdissant. À la fin des combats, ce sont des milliers de corps sans vie qui remplissent les tranchées et d’innombrables blessés avec d’affreuses blessures qui sont évacués. C’est vraiment l’enfer.

Mais l’épisode est terminé. Il faudra attendre les deux derniers épisodes pour savoir comment cette folie a pris fin. J’embrasse mes parents et regagne ma chambre comme un pantin. Le lendemain, je surfe sur Internet à la recherche d’informations complémentaires sur la bataille de Verdun. J’apprends que cette bataille, déclenchée par les Allemands, n’a servi pratiquement à rien sur le plan militaire, mais qu’elle a fait plus de 700 000 morts, disparus ou blessés, (français et allemands), soit une moyenne de 70 000 victimes pour chacun des dix mois de la bataille.

[Les conclusions que je tire de l’expérience] Je comprends mieux désormais le rôle de ce documentaire, comme celui de mes cours d’histoire au collège. Nous devons connaître le déroulement de cette « Grande Guerre », en comprendre le caractère inhumain et les terribles conséquences sur les populations. Il faut entretenir cette mémoire collective, de manière à éviter que cela ne se reproduise. Tout doit être fait pour préserver la paix en Europe et dans le monde.

Sujet B

Attention !

Tu dois continuer le récit à la 1re personne en utilisant le passé simple comme temps de base.

[La transition avec le texte d’étude] Après la bagarre et un rapide passage à l’infirmerie, je rentrai chez moi, anxieux à l’idée de devoir tout raconter à mes parents. À peine avais-je passé le seuil de la porte que ma mère m’interpella depuis la cuisine :

« Bonsoir mon chéri. Comment vas-tu ?

– Bien, bien, mais j’ai du travail », dis-je d’une voix mal assurée.

Mais elle était déjà devant moi. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle découvrit mon œil tuméfié ! Les larmes aux yeux, elle me fit asseoir dans le salon, à ses côtés, et me demanda de lui raconter ce qui s’était passé.

[Le récit de l’épisode et le dialogue de la mère et du fils] J’évoquai alors le documentaire et l’effroi qu’il m’avait inspiré. Ces montagnes de chaussures, de vêtements, de cheveux, et cette femme, désarticulée comme un pantin, rejoignant la fosse où s’entassaient des milliers d’autres prisonniers morts dans les chambres à gaz. Comment des hommes avaient-ils pu dépouiller et assassiner ainsi des millions de Juifs ? Je lui expliquai que mon voisin, le capitaine de l’équipe de football, avait proféré des grossièretés pendant la projection, injuriant la mémoire des morts. Revivant la scène, je me mis à pleurer.

Conseil

Après avoir rapporté les paroles du narrateur en les intégrant dans le récit (paragraphe précédent), tu peux passer au discours direct. Cela rend le récit plus vivant.

Ma mère passa son bras derrière mon épaule. Je continuai :

« Maman, je ne sais pas pourquoi mais j’ai ri aussi, telle a été ma première réaction. Maintenant j’ai honte et pourtant j’ai ri plusieurs fois.

– Que s’est-il passé ensuite ? Pourquoi ton œil est-il dans cet état ? me demanda-t-elle, émue.

– Eh bien, je ne sais pas ce qui m’a pris mais ensuite je l’ai frappé au visage, violemment. Il a été surpris puis m’a roué de coups et nous avons roulé sous la table. Je n’étais plus moi-même, j’ai été très violent, j’étais hors de moi, je ne me reconnaissais plus.

– Et ensuite ?

– Ensuite, le surveillant nous a séparés, je suis monté à l’infirmerie. Le proviseur m’a dit qu’il m’attendrait demain à huit heures précises avant le début des cours. »

Ma mère arrêta là ses questions et, tout en me serrant dans ses bras, me demanda de réfléchir à la portée de mon geste. Certes la réaction du capitaine d’équipe était complètement déplacée, mais pourquoi avoir réagi avec cette violence ?

Remarque

Ici le narrateur évoque son état d’esprit au moment où il écrit. D’où le passage au présent.

[La conclusion] Aujourd’hui encore, je me souviens de cette bagarre, du démon qui s’est emparé de moi quand j’ai frappé ce garçon, de la peine que j’ai pu lire sur le visage de ma mère. Depuis que j’ai levé le voile sur l’histoire de mes parents et mes origines, je m’explique mieux ce déchaînement de violence. Était-ce cependant la réaction la plus appropriée pour faire regretter ses propos à mon camarade de classe ?