Les variables lourdes du comportement électoral en France (sujet A)

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : La participation politique
Type : Sujet de spécialité | Année : 2013 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les variables lourdes du comportement électoral en France (sujet A)
 
 

Question de spécialité • Sciences sociales et politiques

Corrigé

4

Sujet complet

sesT_1306_07_04C

 

France métropolitaine • Juin 2013

sciences sociales et politiques • 20 points

Pour les thèmes de spécialité, vous avez le choix entre deux sujets. Dans cet Annabac, nous vous proposons le corrigé su sujet A uniquement.

> Peut-on encore parler de variables lourdes explicatives du comportement électoral aujourd’hui en France ?

Document 1

L’élection présidentielle française diverge des élections dans d’autres pays en ce qu’elle fait l’objet d’une indécision et d’une perplexité de la part des lecteurs beaucoup plus importantes lorsque s’ouvre la campagne électorale. En 2007, près de la moitié des électeurs n’a pas arrêté leur choix à cette date, une proportion qui atteint presque les deux tiers dans les jeunes générations. Et environ la moitié des électeurs n’a pas décidé de son vote avant le jour même de l’élection ! […].

Habituellement les campagnes permettent la cristallisation progressive d’orientations qui ne sont que partiellement formées jusqu’à ce que, l’enjeu de l’élection se rapprochant, il contraigne les citoyens à arrêter un choix définitif. À cet égard la France est différente : d’une part, nombre d’électeurs restent indécis plus longtemps, et beaucoup jusqu’au dernier moment, d’autre part la volatilité électorale1 est importante, et tout particulièrement celle qui implique des allégeances2 plurielles mêlant gauche et droite.

Comment les électeurs font-ils leur choix ?, Mark Franklin, 2009.

1. Volatilité électorale : électeurs changeant d’orientation de vote entre deux élections.

2. Allégeance : soutien, soumission à un groupe.

Document 2

Intentions de vote des Français en 2012 (en %)

 

­

François ­Hollande (PS)

Nicolas Sarkozy (UMP)

Sexe

Hommes

Femmes

52

51

48

49

Âge

18-24 ans

25-34 ans

35-44 ans

45-59 ans

60 ans et plus

57

62

53

54

41

43

38

47

46

59

Profession de l’interviewé

Artisan, commerçant, chef

d’entreprise

Profession libérale, cadre

Profession intermédiaire

Employé

Ouvrier

30

52

60

56

58

70

48

40

44

42

Statut de l’interviewé

Salarié

Dont salarié du privé

Dont salarié du public

À votre compte

Au chômage

56

52

65

39

62

44

48

35

61

38

Dernier diplôme obtenu

Pas de diplôme

BEPC/BEP/CAP/CEP

Baccalauréat

Bac + 2

Au moins bac + 3

59

49

55

50

55

41

51

45

50

45

Catégorie d’agglomération

Rurale

Moins de 20 000 habitants

De 20 000 à 100 000 habitants

Plus de 100 000 habitants

47

51

54

57

53

49

46

43

Religion

Catholique

Dont pratiquant régulier

Dont pratiquant occasionnel

Autre religion

Sans religion

43

24

38

63

68

57

76

62

37

32

Ensemble

51,6

48,4

 

Source : Ipsos, Logica, Business consulting pour France télévisions, Radio France, Le Monde, Le Point, 2012.

Champ : enquête réalisée par Internet du 3 au 5 mai 2012 (entre les deux tours de l’élection présidentielle) auprès d’un échantillon représentatif de 3 123 personnes inscrites sur les listes électorales (méthode des quotas).

Définir les mots clés

  • Le comportement électoral est une des dimensions du comportement politique. Il s’agit d’étudier le vote (ou les intentions de vote) des citoyens. L’abstention peut être étudiée ; mais plus spécifiquement on étudiera les votes blancs et nuls, ainsi que la répartition des suffrages exprimés.
  • Les variables lourdes, souvent qualifiées de « sociologiques », renvoient à la position sociale occupée et au statut social, qui exerceraient une influence dans le vote des citoyens. Dans une approche holiste, le vote des citoyens serait alors déterminé par leur appartenance sociale et culturelle.

Analyser les documents

  • Le document 1 évoque, à partir des élections présidentielles de 2007, la façon dont les électeurs français font le choix de leur candidat. Au moment où la campagne s’ouvre, la moitié environ ne l’a pas effectué ; c’est donc la campagne électorale, avec sa mise en scène médiatique, qui leur permet de mûrir leur intention de vote. Mais le texte nous indique aussi que les choix sont très tardifs, jusqu’au jour du vote. Par ailleurs, la « volatilité électorale » est forte en France : les électeurs passent d’un vote de gauche à un vote de droite en fonction du contexte, de la campagne et de leurs intérêts. L’électeur peut en effet voter de façon rationnelle pour le candidat qui défend le mieux ses propres intérêts.
  • Le document 2 indique la répartition des intentions de vote pour le second tour de l’élection présidentielle de 2012, à partir d’un sondage réalisé par Internet. Les résultats globaux correspondent aux votes observés pour ce second tour. Des déterminismes socio-culturels apparaissent dans ces résultats : statut professionnel, pratique religieuse et lieu de résidence sont aussi des facteurs explicatifs du comportement électoral.

Définir le plan

La réponse pourra s’articuler autour de deux parties :

1. Le comportement électoral obéit à des logiques d’acteurs…

2. … mais les variables sociologiques lourdes redeviennent déterminantes.

Corrigé

Introduction

  • L’élection de 2007 a été marquée par une campagne intense articulée autour de candidats charismatiques, au détriment des idées et de la confrontation des valeurs, qui a pu conduire à s’interroger sur la permanence des déterminants du comportement électoral.
  • Le comportement électoral obéit-il toujours à des déterminismes socioculturels de nos jours en France ? S’il apparaît que d’autres éléments ont pris davantage d’importance dans le vote, les variables sociologiques lourdes semblent garder leur influence déterminante.

I. Le comportement électoral obéit à des logiques d’acteurs rationnels

  • Le comportement des électeurs est aujourd’hui défini beaucoup plus tardivement, « au dernier moment » nous indique le document 1. L’intention de vote se construit donc tout au long de la campagne électorale, laquelle s’appuie de façon décisive sur les média, notamment la télévision et les réseaux sociaux. La campagne électorale est ainsi mise en scène, avec des acteurs qui jouent leur partition personnelle, s’appuyant sur une image construite, avec une dimension charismatique, et des slogans accrocheurs assortis d’éléments de langage.
  • Les électeurs fondent également leur vote sur la recherche de leur intérêt personnel maximal. En citoyens rationnels, ils vont choisir un candidat qui leur propose un programme allant dans le sens de leurs intérêts. Par exemple, les jeunes peuvent avoir été tentés par F. Hollande en 2012 (57 à 62 % des votes des 18-34 ans dans le document 2) pour ses propositions en faveur de l’emploi des jeunes. Plus tôt, N. Sarkozy avait rallié les suffrages populaires avec un slogan attractif pour des Français en butte à la baisse du pouvoir d’achat (« travailler plus pour gagner plus »). Ainsi, les électeurs peuvent se comporter de façon rationnelle et monnayer leur vote contre l’intégration de leurs intérêts dans le programme d’un candidat.

II. Les variables lourdes demeurent déterminantes du vote

  • Mais l’appartenance socioculturelle demeure déterminante. Lorsqu’on s’intéresse à l’influence du statut socioprofessionnel, on peut observer des régularités statistiques (document 2). Les indépendants votent plus à droite que les salariés ; et parmi ceux-ci, les salariés du privé plus à droite que ceux du secteur public (48 % contre 35 %). Les salariés d’exécution (ouvriers et employés) votent fortement à gauche (58 et 56 %) et la différence de comportement entre les deux s’observent toujours : le vote de droite est un peu plus élevé chez les employés. Ce sont les classes moyennes salariées qui donnent une forte majorité à F. Hollande en 2012 (60 % chez les professions intermédiaires) ; il renoue ainsi avec son principal socle électoral.
  • Des variables culturelles sont également en action. En effet, le vote de droite croît avec l’intensité de la pratique de la religion catholique : de 57 % en moyenne chez les électeurs se déclarant catholiques, il croît à 62 % chez les pratiquants occasionnels et à 76 % chez les pratiquants réguliers. Les pratiquants des autres religions et les « sans religions » votent plus à gauche (63 et 68 %). Le niveau d’étude influence également le vote puisque ceux qui ont le niveau d’étude le plus élevé votent plus à gauche, et ceux qui ont un niveau intermédiaire de formation votent plus à droite. Enfin, le vote de gauche croît avec la taille de l’agglomération où habite l’électeur, en devenant majoritaire à partir de 20 000 habitants. Les zones rurales, en particulier rurbaines, mélangent aujourd’hui une population plus âgée et plus conservatrice (vote pour N. Sarkozy majoritaire à 59 %), composée d’ex-urbains cherchant à se loger à la campagne, avec des moyens limités, ayant parfois voté en faveur de l’extrême droite au premier tour, et se reportant à droite au second.

Conclusion

Le comportement électoral d’aujourd’hui n’obéit plus à la même logique que dans l’après-guerre, où les variables lourdes avaient une portée explicative majeure. Depuis, le niveau de formation et de compétence politique des citoyens a progressé, si bien qu’ils peuvent choisir le candidat en fonction des intérêts qu’il défend. Cependant, il ne faut pas enterrer définitivement les variables lourdes, dont l’influence est toujours structurante pour le vote, en particulier lorsque des électeurs, perplexes, se positionnent au dernier moment. C’est là que les points de repères traditionnels peuvent exercer leur influence.