Lien social, délocalisations, chômage, croissance

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Intégration, conflit, changement social
Type : Sujet complet | Année : 2015 | Académie : France métropolitaine
Corpus Corpus 1
Lien social, délocalisations, chômage, croissance

Épreuve composée

sesT_1506_07_05C

Sujet complet

2

CORRIGE

France métropolitaine • Juin 2015

épreuve composée • 20 points

Mobilisation des connaissances

> 1. La solidarité organique a-t-elle fait disparaître toute forme de solidarité mécanique ? (3 points)

> 2. Présenter les principaux déterminants des délocalisations de la production des entreprises. (3 points)

Étude d’un document

> Vous présenterez le document puis vous mettrez en évidence les caractéristiques du chômage. (4 points)

 Document Répartition dans la population active, chômage et chômage de longue durée des individus selon leurs caractéristiques en 2013 (en %)


Taux de chômage


Taux de chômage de longue durée1


Part des chômeurs de longue durée dans le total des chômeurs


Sexe


Hommes


10,0


4,1


40,9


Femmes


9,7


3,9


39,9


Âge


De 15 à 24 ans


23,9


6,4


27,3


De 55 à 59 ans


7,4


4,3


57,5


60 ans ou plus


5,1


3,0


58,4


Diplôme le plus élevé


Diplôme supérieur à bac +2


6,1


2,1


34,2


Bac +2


5,7


1,9


32,9


Bac ou équivalent


10,1


3,2


31,6


CAP, BEP ou équivalent


10,0


4,1


41,3


Brevet des collèges


14,5


5,7


39,8


Aucun diplôme ou certificat d’études primaires


16,8


8,9


52,9

Source : Insee, 2014.

1. Le chômage de longue durée est le chômage d’un an ou plus. Le taux de chômage de longue durée est le rapport entre le nombre de chômeurs de longue durée et la population active.

Raisonnement

> À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le processus de croissance a un caractère endogène. (10 points)

 DOCUMENT 1 

Les activités de recherche-développement (R&D), en accumulant un stock immatériel d’idées et de connaissances, permettent d’augmenter l’efficacité avec laquelle il est possible de produire des richesses à partir de capital et de travail […]. En élevant le niveau d’éducation, donc le nombre de travailleurs très qualifiés qui peuvent participer à cette accumulation de savoir, on augmente le rythme des découvertes et, donc, les possibilités de croissance des économies. L’implication de ce type de théorie est que le taux de croissance du PIB s’élève avec le niveau d’éducation […]. En conséquence, si une économie alloue, une année, plus de ressources à l’éducation et augmente ainsi son stock de capital humain, cela aura pour effet d’augmenter durablement non pas seulement le niveau des richesses produites mais surtout le taux de croissance de l’économie.

L’éducation peut avoir un autre rôle, non moins important : favoriser non plus les innovations technologiques mais leur adaptation. […] Les technologies les plus performantes sont adoptées et mises en œuvre plus rapidement par les économies les plus riches en capital humain. À nouveau, c’est le niveau d’éducation qui élève le taux de croissance de l’économie, en accélérant l’assimilation du progrès technique. Cette deuxième fonction de l’éducation ne résulte pas seulement d’une plus grande maîtrise technique de la part des personnes qui ont fait davantage d’études. Il se peut que l’éducation augmente aussi la capacité à effectuer des choix strictement économiques, à allouer convenablement les ressources − par exemple en mesurant que tel marché est en développement, que telle technologie sera ou ne sera pas rentable − bref à prendre les bonnes décisions. […]

Dans cet ensemble d’approches, […] le taux de croissance à long terme ne dépend plus d’une croissance du progrès technique inexpliquée […], mais de l’effort d’investissement en capital humain des différentes économies. Cela donne une place centrale aux politiques éducatives, d’autant qu’une impulsion donnée au niveau d’éducation par une intervention publique peut avoir un effet durable puisqu’il affecte non seulement le niveau de la production mais aussi son taux de croissance dans l’avenir.

Marc Gurgand, Économie de l’éducation, 2005.

 DOCUMENT 2 Dépenses de recherche et développement en pourcentage du PIB entre 2000 et 2012


2000


2007


2012


Allemagne


2,47


2,53


2,98


Espagne


0,91


1,27


1,30


France


2,15


2,08


2,29


Finlande


3,35


3,47


3,55


Japon


3,00


3,46


3,35


Chine


0,90


1,40


1,98

Source : « Principaux indicateurs de la science et de la technologie », OCDE, 2014.

 DOCUMENT 3

On peut supposer que la productivité d’une entreprise au cours d’une période donnée est une fonction croissante de l’expérience passée qu’elle a accumulée dans la production d’un bien. Cette amélioration de la productivité est incorporée aux investissements : à chaque fois qu’un producteur investit, les biens d’équipement nouveaux incorporent les connaissances accumulées par l’expérience et ils sont donc plus efficaces que les équipements anciens auxquels ils se substituent.

[…] En améliorant sa productivité, une entreprise a également un effet externe positif sur la productivité des autres entreprises. Il existe une synergie1 entre les producteurs qui rend chacun d’autant plus efficace que les autres le sont déjà. Cela tient notamment à l’émulation réciproque par la concurrence et à l’imitation des procédés les plus efficaces.

[…]

Au sens large, les infrastructures comprennent les routes et autoroutes, les voies ferrées, les ports et aéroports, les réseaux de télécommunication, les réseaux nationaux de distribution du gaz et de l’électricité, l’éclairage public, etc., en un mot, tous les investissements qui développent et facilitent la circulation des informations, des personnes et des biens. Il est certain que le développement de ces infrastructures constitue un facteur important d’économies externes pour les entreprises.

Jacques Généreux, Introduction à la politique économique, 1999.

1. Synergie : action en commun de plusieurs éléments qui visent un même objectif.

Les clés du sujet

Mobilisation des connaissances

Définir les mots clés

>1. La solidarité organique désigne une forme de lien social propre aux sociétés modernes marquées par un processus d’individualisation. Celui-ci conduit les individus à s’autonomiser et à se différencier, générant une interdépendance issue de leur complémentarité. Cette forme de solidarité se distingue de la solidarité mécanique caractérisée par des liens unissant des individus peu différenciés, partageant les mêmes valeurs et adhérant aux mêmes croyances.

>2.Délocaliser la production d’une entreprise, c’est déplacer une unité de production d’un pays vers un autre. Il y a donc fermeture de l’unité (ou d’une partie d’unité) sur un territoire pour la recréer sur un autre.

Structurer sa réponse

>1. Si le lien social des sociétés contemporaines est largement fondé sur la solidarité organique, la solidarité mécanique continue de jouer un rôle.

>2. Nous montrerons trois types de raison justifiant une délocalisation. Le premier type tient à des comparaisons de compétitivité-prix, le deuxième à des comparaisons de compétitivité hors prix et le troisième à des comparaisons de débouchés.

Étude d’un document

Définir les mots clés

Le chômage désigne la situation des personnes sans emploi qui sont à la recherche d’un emploi. Il résulte d’un déséquilibre entre des offres de travail de la part des actifs supérieures aux demandes de travail de la part des employeurs.

Comprendre le document

C’est un document statistique qui croise les caractéristiques sociodémographiques (sexe, âge, diplôme) des chômeurs avec le taux de chômage (part des chômeurs dans la population active) et le chômage de longue durée (exprimé en part des actifs et en part des chômeurs), en 2013. Les données sont exprimées en pourcentage.

Structurer sa réponse

Après avoir présenté les principales variables influençant le niveau du taux de chômage, nous chercherons à savoir si le chômage de longue durée obéit aux mêmes déterminants.

Raisonnement

Entrer dans le sujet

  • La croissance économique est l’augmentation de la production sur une longue période. Elle est mesurée par le taux de variation du produit intérieur brut réel.
  • Le caractère endogène de la croissance, mis en évidence par des économistes dans les années 1980, permet de mieux en comprendre l’origine. Il s’agit d’un processus auto-entretenu lié aux comportements des agents économiques qui accumulent du capital sous différentes formes.

Comprendre les documents

  • Selon le document 1, les dépenses en recherche-développement stimu­lent la croissance. Il en est de même des dépenses d’éducation qui vont contribuer à l’accumulation d’un capital humain favorisant le progrès technique et sa diffusion. Celui-ci est lui-même à l’origine d’une croissance auto-entretenue dans laquelle les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle.
  • Le document 2 est un tableau décrivant l’évolution entre 2000 et 2012 de la part du PIB consacrée aux dépenses de recherche-développement (R&D) dans six pays dont quatre appartenant à l’Union européenne. En 2000, c’est en Chine que les dépenses en R&D représentaient le poids le plus faible dans le PIB, mais c’est le pays dans lequel elles ont le plus augmenté en part entre 2000 et 2012. L’effort en R&D de la Finlande est le plus important de ceux des pays présentés, avec des dépenses qui n’ont cessé de croître sur toute la période étudiée.
  • Le document 3 met en évidence les phénomènes cumulatifs de la croissance. Les investissements en nouveaux biens d’équipement mettent en jeu des connaissances qui s’accumulent au cours du temps, à l’origine de gains de productivité bénéficiant à tous les agents économiques. Les investissements publics dans des infrastructures ont des effets semblables : ils favorisent la hausse de la productivité pour les entreprises sans réelle contrepartie monétaire. Ces externalités positives sont ainsi sources de croissance.

Définir le plan

Après avoir montré que la croissance résulte de comportements d’accumulation de capital, nous montrerons qu’elle s’auto-entretient et repose sur des phénomènes cumulatifs.

Corrigé
Corrigé

Mobilisation des connaissances

Question 1

Introduction

Nous allons montrer que le lien social des sociétés contemporaines est marqué par le développement de la solidarité organique, mais que la solidarité mécanique n’a pas pour autant disparu.

Développement

  • La solidarité organique se développe avec la division du travail qui spécialise et distingue de plus en plus les individus en les rendant tout à la fois complémentaires, interdépendants et plus autonomes. Les liens qui se développent au sein de la société marchande, particulièrement dans le monde du travail, en fournissent une illustration. Les relations entre les individus y sont principalement de nature fonctionnelle ou hiérarchique et chacun a une autonomie plus ou moins forte de décision.
  • Cependant, la solidarité mécanique, fondée sur la similitude entre des individus qui partagent des croyances et des valeurs communes, n’a pas disparu. Même si, au sein de la société contemporaine, l’autonomisation des individus ne peut produire des individus parfaitement semblables, il subsiste des espaces dans lesquels des formes de solidarité mécanique se perpétuent. C’est le cas de la famille au sein de laquelle se nouent des relations fortes sur la base de similitudes de valeurs, de normes ou de croyances. De même, dans les associations, collectifs professionnels ou politiques, groupes ethniques, culturels ou religieux, les individus se rassemblent autour de leurs ressemblances plutôt que de leurs différences.

Conclusion

Ainsi, solidarité organique et solidarité mécanique coexistent dans les sociétés contemporaines.

Question 2

Introduction

Dans une économie mondialisée, nombre d’entreprises cherchent à améliorer leurs gains en s’implantant à l’étranger, justifiant ainsi des délocalisations, c’est-à-dire les transferts d’unités de production d’un pays vers un autre. Ces délocalisations s’expliquent par trois types de raison.

Développement

  • Les délocalisations obéissent, en premier lieu, à une recherche de compétitivité-prix, c’est-à-dire à une minimisation des coûts de production unitaires par le déplacement d’activités dans des pays attractifs, principalement en raison de coûts de main-d’œuvre plus faibles. Par exemple, l’industrie textile, fortement utilisatrice de main-d’œuvre peu qualifiée, a quitté les pays les plus développés pour se localiser dans des pays émergents, comme la Chine ou l’Inde initialement, le Vietnam ou le Bangladesh aujourd’hui.
  • La recherche d’une meilleure compétitivité hors prix (qualité des produits, innovation…) peut être aussi un stimulant des délocalisations, incitant des entreprises à s’implanter dans des pays mieux dotés en capital humain, en recherche-développement et en nouvelles technologies. C’est ainsi que des banques françaises ont pu délocaliser leurs activités de trading à Londres.
  • La recherche de débouchés peut également motiver le transfert d’une unité de production, d’un pays aux marchés saturés vers un pays où les perspectives de croissance sont fortes, à l’image d’entreprises du secteur de l’automobile, s’implantant en Chine ou au Maroc.

Conclusion

Les délocalisations d’unités de production ont ainsi plusieurs types de déterminants et si la comparaison de coûts est une des raisons principales, ce n’est pas la seule.

Étude d’un document

Introduction

Le chômage, situation des personnes sans emploi à la recherche d’un emploi, et ses déterminants sociodémographiques, constituent l’objet de ce tableau de l’Insee de 2014 (données de 2013) qui croise le taux de chômage et le chômage de longue durée avec le sexe, l’âge et le diplôme des actifs. Les données sont exprimées en pourcentage des actifs (colonnes 1 et 2) et des chômeurs (colonne 3).

Développement

  • Le taux de chômage diffère selon plusieurs caractéristiques de la population active. C’est l’âge qui apparaît être le principal discriminant, puisque le taux de chômage des 15-24 ans est environ trois fois supérieur à celui des 55-59 ans, 23,9 % des actifs de 15 à 24 ans étant au chômage en 2013. De même, un actif sans diplôme a un taux de chômage supérieur de plus de 10 points à celui d’un actif doté d’un diplôme supérieur à bac +2. Enfin, le critère du sexe est un déterminant moindre, avec un taux de chômage des femmes inférieur de 0,3 point à celui des hommes.
  • Ces caractéristiques se retrouvent globalement pour les chômeurs de longue durée. Le taux de chômage de longue durée est en effet supérieur chez les hommes (faiblement), les jeunes actifs, les moins diplômés, avec un rapport de 1 à 4 entre diplômés du supérieur et sans diplôme. Si le poids des chômeurs de longue durée obéit globalement aux mêmes critères, il faut souligner sa représentation particulièrement forte chez les 60 ans et plus, puisqu’ils représentent 58,4 % des chômeurs de cette catégorie. Les chômeurs de longue durée sont également fortement surreprésentés chez les actifs sans aucun diplôme.

Conclusion

Ainsi, le chômage ne frappe pas de façon égale les actifs. Le sexe, l’âge et le diplôme jouent un rôle important qui peut même être renforcé en ce qui concerne le chômage de longue durée.

Raisonnement

Introduction

Dans les années 1980, de nouvelles théories de la croissance permettent de mieux comprendre les origines de l’augmentation de la production en longue période. Elles précisent son caractère endogène. Ce sont en effet les agents économiques eux-mêmes qui, par leurs comportements d’investissement, vont donner naissance à un phénomène decroissanceauto-entretenue. Nous mettrons ainsi en évidence le rôle de l’accumulation du capital par les agents économiques dans la croissance avant d’en étudier les effets cumulatifs.

I. Les comportements des agents économiques favorisent les gains de productivité, sources de croissance

  • Les agents économiques investissent dans différentes formes de capital. Parmi eux, le capital humain est généralement le fruit de politiques éducatives. Il permet d’avoir des actifs plus productifs, plus enclins à mettre en œuvre du progrès technique et à l’assimiler (document 1). Les dépenses en recherche-développement (R&D) réalisées par les entreprises et les administrations favorisent l’accumulation de connaissances au cœur de la réalisation du progrès technique. L’effort en R&D, soit la part du PIB consacrée à ce type de dépenses, a par exemple plus que doublé en Chine entre 2000 en 2012 (document 2). Les pouvoirs publics investissent également dans des infrastructures de transport ou de communication qui vont permettre aux entreprises de réaliser des gains de productivité (document 3).
  • Ainsi, l’accumulation de capital contribue à augmenter la productivité globale des facteurs, c’est-à-dire qu’elle rend la combinaison de production plus efficace grâce au progrès technique. La croissance qui en résulte a un caractère endogène, car elle est le fruit de décisions appropriées d’agents économiques.

II. La croissance est un processus cumulatif et auto-entretenu

  • L’accumulation du capital est source d’externalités positives ayant des effets cumulatifs sur la croissance. Par exemple, les progrès dans les connaissances bénéficient à tous. Il en est de même pour le progrèstechnique intégré dans les investissements qui va avoir des effets d’entraînement sur les partenaires et concurrents de ceux qui les mettent en œuvre (document 3). Quant aux infrastructures et dépenses en formation décidées par les pouvoirs publics, les agents économiques en tirent des avantages sans compensation monétaire.
  • En outre, la croissance permet de dégager des revenus qui, à leur tour, financent les investissements matériels ou immatériels. Le profit peut inciter les entreprises à se consacrer davantage à la R&D, tandis que les pouvoirs publics pourront d’autant plus investir dans des infrastructures ou des politiques éducatives qu’ils ont les moyens de les financer en prélevant sur les richesses créées. L’accumulation du capital est à la fois cause et conséquence de la croissance.

Conclusion

La croissance peut ainsi être qualifiée d’endogène. Elle provient de décisions d’investissement favorisant l’accumulation de capital et donnant lieu à des phénomènes cumulatifs et auto-entretenus de hausse de la production.