Madame de Lafayette, La Princesse de Montpensier

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Lafayette, La Princesse de Clèves – Individu, morale et société
Type : Commentaire littéraire | Année : 2019 | Académie : Inédit


Sujet d’écrit • Commentaire

Madame de Lafayette, La Princesse de Montpensier

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • La princesse de Montpensier, « femme fatale » du xvie siècle, est entourée de prétendants subjugués par sa beauté. Voici donc les tourments d’une femme tiraillée entre sa vertu et la passion amoureuse.

Commentez ce texte de Madame de Lafayette, extrait de La Princesse de Montpensier, en vous aidant du parcours de lecture ci-dessous.

Montrez que les personnages font face à leurs passions.

Étudiez le danger de ces passions.

DOCUMENT

Deuxième moitié du xvie siècle. Mlle de Mézières, amoureuse dans sa jeunesse du duc de Guise, a dû se résoudre à épouser le prince de Montpensier. Quelques années plus tard, le duc de Guise la rencontre par hasard : ses sentiments renaissent. Le duc d’Anjou tombe aussi sous le charme de la princesse. Tous se retrouvent alors à la cour royale, à Paris.

La beauté de la princesse de Montpensier effaça toutes celles qu’on avait admirées jusques alors ; elle attira les yeux de tout le monde par les charmes de son esprit et de sa personne. Le duc d’Anjou ne changea pas en la revoyant les sentiments qu’il avait conçus pour elle à Champigny1, et prit un soin extrême de les lui faire connaître par toutes sortes de soins et de galanteries, se ménageant2 toutefois à ne lui en donner des témoignages trop éclatants, de peur de donner de la jalousie au prince son mari. Le duc de Guise acheva d’en3 devenir violemment amoureux et, voulant par plusieurs raisons tenir sa passion cachée, il se résolut de la déclarer d’abord4 à la princesse de Montpensier, pour s’épargner tous ces commencements qui font toujours naître le bruit et l’éclat5. Étant un jour chez la reine à une heure où il y avait très peu de monde, et la reine étant retirée dans son cabinet pour parler au cardinal de Lorraine, la princesse arriva.

Le duc se résolut de prendre ce moment pour lui parler, et, s’approchant d’elle : « Je vais vous surprendre, madame, lui dit-il, et vous déplaire en vous apprenant que j’ai toujours conservé cette passion qui vous a été connue autrefois, et qu’elle est si fort augmentée, en vous revoyant, que votre sévérité, la haine de M. le prince de Montpensier et la concurrence du premier prince du royaume6 ne sauraient lui ôter un moment de sa violence7. Il aurait été plus respectueux de vous la faire connaître par mes actions que par mes paroles, mais, madame, mes actions l’auraient apprise à d’autres aussi bien qu’à vous, et je veux que vous sachiez seule que je suis assez hardi pour vous adorer. » La princesse fut d’abord si surprise et si troublée de ce discours qu’elle ne songea pas à l’interrompre, mais ensuite, étant revenue à elle, et commençant à lui répondre, le prince de Montpensier entra. Le trouble et l’agitation étaient peints sur le visage de la princesse sa femme. La vue de son mari acheva de l’embarrasser, de sorte qu’elle lui en laissa plus entendre que le duc de Guise n’en venait de dire.

La reine sortit de son cabinet, et le duc se retira pour guérir la jalousie de ce prince. La princesse de Montpensier trouva le soir dans l’esprit de son mari tout le chagrin à quoi elle s’était attendue. Il s’emporta avec des violences épouvantables, et lui défendit de parler jamais au duc de Guise. Elle se retira bien triste dans son appartement, et bien occupée8 des aventures qui lui étaient arrivées ce jour-là.

Madame de Lafayette, La Princesse de Montpensier, 1662.

1. Champigny : endroit où le duc d’Anjou est tombé sous le charme de la princesse.

2. Se ménageant : faisant attention.

3. Acheva d’en : finit par.

4. D’abord : immédiatement.

5. Le duc de Guise semble vouloir éviter tout ce qui, au début d’une relation amoureuse, est trop visible et fait naître des rumeurs.

6. Il s’agit du duc d’Anjou, frère du roi Charles IX.

7. Guise affirme que malgré tous les obstacles (l’indifférence affichée de la princesse, le mari, le rival), son amour pour la princesse est extrêmement fort.

8. Bien occupée : préoccupée par.

Les clés du sujet

Définir le texte

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Construire le plan

La problématique est la suivante : comment cette scène de déclaration d’amour montre-t-elle la force des passions, mais aussi leurs dangers ?

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Corrigé

Corrigé Flash

Les titres en couleur ou entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation du contexte] Au xviie siècle, le goût littéraire désire davantage de brièveté et de mesure.

[Présentation du texte] Madame de Lafayette s’empare du genre de la nouvelle en écrivant La Princesse de Montpensier, qui met en scène plusieurs personnages historiques du siècle précédent. La princesse est au centre d’une rivalité amoureuse : femme mariée à un prince jaloux, elle est courtisée par le duc d’Anjou, frère du roi, mais aussi par le duc de Guise, son amour de jeunesse.

[Problématique] Comment cette scène de déclaration d’amour montre-t-elle la force des passions, mais aussi leurs dangers ?

[Annonce du plan] Nous étudierons dans un premier temps des personnages face à leurs passions intenses [I]. Dans un second temps, nous verrons que ces passions sont soumises à de multiples périls [II].

I. Des individus face à leurs passions

1. Un personnage féminin idéalisé

L’héroïne est présentée comme un personnage exceptionnel, digne des passions qui apparaissent autour d’elle.

« La beauté de la princesse de Montpensier effaça toutes celles qu’on avait admirées jusques alors » : description superlative de la beauté de la princesse. Madame de Lafayette fait du personnage un être d’exception.

« Les charmes de son esprit et de sa personne » : la beauté physique s’allie à la vertu morale.

« Elle attira les yeux de tout le monde » : aspect enchanteur du personnage, au centre des préoccupations de la cour. La beauté hyperbolique de la princesse a des effets merveilleux, à la manière des contes de fées.

2. Un amour omniprésent

L’amour naît de toutes parts autour de ce personnage idéalisé.

« [Il] acheva d’en devenir violemment amoureux » ; « sa violence » : termes qui soulignent l’amour très intense du duc de Guise.

« J’ai toujours conservé cette passion qui vous a été connue autrefois […] elle est si fort augmentée, en vous revoyant » : discours lyrique, la passion amoureuse rejaillit avec puissance.

conseil

Ne négligez pas les procédés syntaxiques : tous les éléments pertinents à analyser ne contiennent pas forcément des figures de style !

Le duc d’Anjou « ne changea pas en la revoyant les sentiments qu’il avait conçus pour elle à Champigny » : négation et plus-que-parfait montrent la constance des sentiments du duc, lui aussi tombé sous le charme de la princesse.

3. Des démonstrations d’amour

L’amour se déclare sous diverses formes.

Le duc d’Anjou « prit un soin extrême de les lui faire connaître par toutes sortes de soins et de galanteries » : les actions galantes permettent au duc de prouver la sincérité de son amour.

Le duc de Guise déclare son amour par la parole plutôt que par ces « actions » galantes. Énumération de périls : « votre sévérité, la haine de M. le prince de Montpensier et la concurrence du premier prince du royaume ». L’amour rend capable de braver les obstacles.

« Je suis assez hardi pour vous adorer » : l’aveu amoureux requiert également une certaine forme de bravoure.

[Transition] Ces passions amoureuses omniprésentes ont pourtant un aspect plus sombre.

II. Des passions dangereuses

1. Le sceau du secret

La passion est marquée par la nécessité de la discrétion.

Le duc d’Anjou « se ménageant toutefois à ne lui en donner des témoignages trop éclatants » ; le duc de Guise « voulant par plusieurs raisons tenir sa passion cachée […] pour s’épargner tous ces commencements qui font toujours naître le bruit et l’éclat » : les participes présents montrent la nécessité de ne pas attirer les regards d’autrui.

Circonstances de la rencontre avec la princesse bien sélectionnées par le duc de Guise : « à une heure où il y avait très peu de monde, et la reine étant retirée dans son cabinet ». Le secret est nécessaire pour se soustraire aux regards.

2. Le poids des apparences

La société dans laquelle évoluent les personnages est marquée par l’importance des apparences.

Système hypothétique « mes actions l’auraient apprise à d’autres aussi bien qu’à vous » : le duc de Guise justifie sa déclaration d’amour directe par la nécessité de la dissimulation.

« La princesse fut d’abord si surprise et si troublée de ce discours qu’elle ne songea pas à l’interrompre […] Le trouble et l’agitation étaient peints sur le visage de la princesse sa femme » : le champ lexical du bouleversement sentimental montre à quel point les troubles de la passion transforment la physionomie.

« La vue de son mari acheva de l’embarrasser, de sorte qu’elle lui en laissa plus entendre que le duc de Guise n’en venait de dire » : dans une société où la parole a moins de force que les apparences, c’est le visage de la princesse qui trahit ses sentiments.

3. Le danger des passions

L’amour trop visible peut susciter la jalousie et mettre les amoureux en péril.

à noter

Dans l’Ancien Régime, le mariage aristocratique n’a quasiment jamais de lien avec l’amour : il s’agit souvent d’une union politique ou patrimoniale.

Le duc d’Anjou reste discret « de peur de donner de la jalousie au prince son mari » ; après l’entretien « le duc [de Guise] se retira pour guérir la jalousie de ce prince » : l’amour renaissant, impossible à cacher, est une passion adultère qui transgresse la vertu conjugale.

« Il s’emporta avec des violences épouvantables, et lui défendit de parler jamais au duc de Guise. Elle se retira bien triste dans son appartement, et bien occupée des aventures qui lui étaient arrivées ce jour-là » : démonstration de violence suite à la transgression des normes morales de la société. La princesse devient un personnage pathétique.

Conclusion

[Synthèse] Cette scène présente ainsi des personnages traversés par des passions intenses et secrètes, qui mènent irrémédiablement au malheur à cause de leur inadéquation avec les normes sociales de l’époque.

[Ouverture] Cette tension entre passion et vertu rappelle le dilemme que vit la princesse de Clèves face à son amour pour le duc de Nemours, dans une autre nouvelle de Madame de Lafayette.