« Madame » surprend le jeu des Bonnes. Vous imaginerez la scène.

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re L - 1re S | Thème(s) : L'écriture d'invention - Le théâtre, texte et représentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Hors Académie

La mise en abyme

 Écriture d'invention

 « Madame » surprend le jeu des Bonnes (document C). Indignée par ce spectacle qui transgresse son autorité, elle intervient dans leur dialogue pour réaffirmer sa place dans la maison. Vous imaginerez la scène. Vous veillerez à employer un vocabulaire correct et respectueux.

Se reporter aux textes du corpus.
 

     LES CLÉS DU SUJET  

Comprendre le sujet

L'analyse des mots de la consigne permet de faire la « définition » du texte à produire et de cerner les contraintes.

Dialogue de théâtre (genre) argumentatif (type de texte) sur le jeu des Bonnes et sur la place de Madame dans la maison (thème), pour réaffirmer sa place dans la maison (but de Madame), rendre compte des rapports entre maîtresse et bonnes et éclairer le personnage de Madame (buts de l'auteur de la scène).

Chercher des idées

Les contraintes

  • La forme : respectez la forme du texte théâtral (nom des personnages, didascalies en italique). Ne faites pas de votre texte une scène de roman (pas de narrateur).

  • Le ton de Madame : indigné. Indignation qui se marque dans ses répliques (exclamations, questions rhétoriques, répétitions, phrases elliptiques ou interrompues, images violentes, interjections). Et aussi dans ses gestes (intégrer des didascalies qui les précisent).

  • La cohérence avec la scène de Genet : conservez les noms des personnages, leurs relations, les détails (mention de Mario, le tilleul...) et évitez les incohérences.

Les choix à faire

  • L'attitude de Madame : elle peut être méprisante ou au contraire vindicative.

  • L'attitude des Bonnes :

    • face à Madame : 1. Soit elles font profil bas. 2. Soit elles se révoltent ;

    • entre elles : 1. Soit elles font front commun. 2. Soit elles se désolidarisent.

  • Le registre du texte : dramatique (Madame se montre violente) ; ironique (elle se moque des Bonnes) ; polémique (si les Bonnes se révoltent contre elle)... Tâchez de varier les tonalités.

Pour réussir l'écriture d'invention : voir guide méthodologique.

Le théâtre : voir lexique des notions.

Corrigé

Nous vous proposons le devoir d'une élève qui a composé en temps limité.
 

Madame entre en scène et reste un temps immobile devant le spectacle qui s'offre à elle. Les Bonnes, qui ne la voient pas, poursuivent leur manège : Solange apporte à Claire une robe blanche.

Claire. - Mais pas celle-là, petite sotte ! La blanche pailletée ! Aurez-vous un jour l'obligeance de m'écouter quand je vous parle ? Si cela continue, je n'hésiterai pas à vous congédier, surtout si vous vous êtes laissé engrosser par ce...

Solange. - Que Madame m'excuse, mais...

Claire. - Cessez donc de jacasser et apportez-moi cette robe ! Je n'ai pas de temps à perdre avec vos sottises !

Solange, avec une courbette soumise. - Oui, Madame...

Elle se dirige vers l'armoire située à droite de la porte et aperçoit Madame qui la fixe. Elle sursaute et pousse un petit cri.

Solange. - Madame !

Claire, tout en continuant à s'admirer dans la glace. - Eh bien quoi encore, petite idiote ?

Solange. - Claire !

Claire, furieuse. - Pour vous, ce sera Madame ! Madame, entendez-vous ? Mad...

Elle vient d'apercevoir, dans le miroir, Madame qui la regarde à l'entrée de la chambre. Les yeux écarquillés, elle se retourne lentement sur sa chaise. Madame jette un regard méprisant à Solange, qui s'écarte pour la laisser passer. Madame s'avance vers Claire, qui se lève lentement de sa chaise et s'écarte. Madame, lentement, s'y assoit.

Madame, après un silence, cinglante. - Ce tilleul (elle prononce bien tilleul) est froid. Vous m'en ferez un autre, Claire.

Claire esquisse une légère courbette, et fait mine de sortir.

Madame. - Pas maintenant ! Quand j'aurai besoin de vos services, je vous le signifierai. En attendant, vous allez me faire le plaisir de me présenter vos excuses ! (D'un ton sadique.) Allons, répétez après moi : « Nous sommes deux bonnes méprisables qui ne méritons pas Madame comme maîtresse ! »

Claire (la rage au cœur) et Solange (d'un air soumis). - Nous sommes deux bonnes méprisables qui ne méritons pas Madame comme maîtresse !

Madame, même manège. - Nous sommes profondément désolées de notre conduite, qui ne se renouvellera pas.

Claire et Solange, même manège. - Nous sommes profondément désolées de notre conduite, qui ne se renouvellera pas.

Madame, même manège. - Dorénavant nous vous servirons et vous respecterons, car vous êtes notre modèle, vous avez tout pouvoir sur nous... (sur un ton qui se fait mielleux) et nous vous aimons.

Claire (presque inaudible), Solange (machinalement). - Dorénavant nous vous servirons et vous respecterons, car vous êtes notre modèle, vous avez pouvoir sur nous... (au supplice, les larmes aux yeux) et nous vous aimons.

Madame sourit, satisfaite. - Parfait !... Maintenant, Claire, allez ranger cette chambre, c'est un véritable capharnaüm ! Solange, voulez-vous bien suspendre cette robe ?

Solange. - Oui, Madame.

Madame. - Vous ai-je demandé votre assentiment ? (Solange baisse les yeux.) Bien. À présent, suspendez cette robe. Et sans la froisser, maladroite ! Vous, Claire, venez par ici. (Claire s'exécute.) Si j'ai bien saisi les propos de Solange, je dois vous féliciter pour cet heureux événement ? Tournez-vous... Cela ne se voit guère, ou vous le cachez bien.

Claire. - Mais, Madame, je ne suis pas...

Madame. - Nous le verrons bien dans quelques mois. Il faudra que je cherche quelqu'un pour vous remplacer. Je ne voudrais pas vous porter préjudice, dans votre état...

Claire. - Ce ne sera pas nécessaire, Madame.

Madame. - Fort bien. Qui vivra verra. En attendant, arrangez-vous un peu, vous avez une mine épouvantable, avec votre teint verdâtre et vos yeux délavés. Il ne vous arrive jamais de vous dégoûter, ma petite ? (Silence.) Apparemment non. Au moins, cela prouve une chose : vous ne piochez pas dans mes affaires de toilette. Aurez-vous bientôt fini de fouiller dans mes affaires, Solange ?

Solange. - Mais vous m'avez demandé de mettre de l'ordre...

Madame. - Dans la chambre, petite oie ! Pas dans mon armoire, que je sache. Claire, aidez-la. (Pendant qu'elles s'affairent, Madame, assise, les regarde dans la glace de sa coiffeuse, tout en leur donnant des ordres.) Mes escarpins, en bas de la commode, Claire ! Un peu de soin, quand vous manipulez mes bijoux, Solange ! Je ne voudrais pas perdre une de mes perles à cause de votre légèreté ! Bien. Et maintenant, astiquez-moi cette coiffeuse, elle est d'un poussiéreux ! C'est inadmissible.

Solange. - Mais il est tard, Madame. Je pourrai le faire demain matin, pour que vous puissiez...

Madame. - Et si je ne supporte plus cette poussière, moi ? Si elle m'étouffe, si elle m'oppresse, si elle m'insupporte ? Y trouvez-vous à redire ? (Silence.) Parfait. Alors astiquez-moi cette coiffeuse, et sans un mot. (Madame aperçoit Claire, qui a fini de ranger la commode.) Et mon tilleul, Claire ? Faudra-t-il que j'aille le chercher moi-même ? Allons, courez ! Et n'en renversez pas en route ! Claire sort.

Solange, haut et fort. - Mais Madame avait dit qu'elle demanderait son tilleul plus tard.

Madame, d'un ton posé. - Je vous demande pardon, Solange ?

Solange, plus bas. - Madame avait dit qu'elle demanderait son tilleul plus tard...

Madame, élevant un peu le ton. - Je vous demande pardon, Solange ?

Solange, très bas. - Madame avait dit... (Un temps.) J'ai fini de dépoussiérer la coiffeuse de Madame.

Madame. - Bien. Dégagez le guéridon, pour que Claire puisse y poser le plateau. Et tirez les draps de mon lit ! À quoi bon avoir des domestiques, s'ils ne sont même pas capables de laisser un lit proprement fait ? Je n'apprécie guère votre étourderie, Solange, laissez-moi vous le dire.

Claire entre avec le tilleul et le dépose sur le guéridon.

Madame, se levant. - Aidez-moi à délacer mon corset. (Claire s'exécute tandis que Solange prépare la chemise de nuit.) Ne la froissez pas, espèce de sans-soin ! (Madame enfile sa chemise de nuit et s'allonge dans son lit.) Pliez mes vêtements, à présent.

Claire ne bouge pas et la regarde en silence, pendant que Solange s'affaire. Madame commence à siroter son tilleul, et fait la grimace.

Madame. - Quel est ce goût amer, Claire ? Combien de temps l'avez-vous donc laissé infuser ?

Claire, continuant à la regarder fixement. - Je peux en faire un autre à Madame.

Madame. - Pour qu'il soit aussi infâme que celui-ci ? Merci bien ! Solange, c'est vous qui me préparerez mon tilleul demain soir. Et arrêtez de vous démener ainsi, vous me fatiguez ! Vous avez vu l'heure ? Sortez, et allez vous coucher.

Madame porte la tasse à ses lèvres pour finir sa tisane.

Solange, brusquement, avec un geste pour l'empêcher de boire. - Madame !

Madame. - Ne m'approchez pas ! Je crois vous avoir donné des ordres clairs, pourtant ?

Claire, toujours immobile. - Oui, Madame.

Madame. - Alors retirez-vous. Je n'ai plus besoin de vous ce soir.

Solange et Claire sortent lentement et laissent la porte entrouverte. Madame finit de boire son tilleul, grimace et dépose sa tasse sur le plateau.

Madame. - C'est impensable ! L'audace de ces filles ! Il faut que je m'occupe d'elles, je ne peux pas les garder ici. (Un temps.) Ah, ce tilleul était proprement infect ! (On voit, dans l'ouverture de la porte, le visage de Claire, posé sur Madame.) Infect ! Comment a-t-elle pu me faire une mixture aussi répugnante avec des feuilles de tilleul ? Enfin. (Elle s'étire et bâille.) Je suis éreintée... Cette échauffourée m'a épuisée. Allons. Nous examinerons leur cas demain matin.

Madame se couche. Claire s'avance vers elle, étrangement immobile, la regarde et lui caresse les cheveux avant de la border, un sourire cynique aux lèvres. Elle reprend le plateau et sort de la chambre après avoir éteint la lumière.