Marie Cardona, de retour chez elle, raconte dans son journal le moment passé avec Meursault

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re S - 1re ES | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Moyen-Orient
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Construire une vision du monde
 
 

Construire une vision du monde • Invention

Roman

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Liban • Mai 2012

Série ES, S • 16 points

Écriture d’invention

> Marie Cardona, de retour chez elle, raconte dans son journal intime le moment passé avec Meursault. Vous imaginerez et rédigerez ce passage du journal, en précisant les pensées, les impressions, les interrogations et les sentiments que vous prêtez à la narratrice.

Comprendre le sujet

Faites la « définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

Extrait de journal intime (genre) de Marie Cardona (situation d’énonciation) qui raconte (type de texte) la demande en mariage entre elle et Meursault (thème) pour revenir sur cet épisode et rendre compte de l’attitude de Meursault, se confier, exprimer et analyser ses sentiments, exprimer ses interrogations (buts).

Chercher des idées

  • Vous devez reprendre certains passages du texte de Camus, en prenant garde de :
  • respecter la teneur de la conversation des deux personnages, les différents moments de la demande (c’est Marie qui la formule) et les gestes évoqués ;
  • respecter les traits de caractère que révèle l’attitude de Meursault dans le texte de Camus.
  • Vous devez imaginer les interrogations de Marie lors de la demande en mariage (elle peut alors les expliciter ; Meursault en formule une clairement : « elle s’est demandé alors si elle m’aimait »), mais aussi quand elle écrit (elles doivent être alors plus sensibles à travers son écriture).
  • Vous devez également choisir le registre, qui n’est pas précisé dans la consigne : vous pouvez opter pour le lyrisme, mais le texte de Camus suggère plutôt un ton assez neutre.
  • Le niveau de langue doit être calqué sur le texte de Camus : il s’agit de la langue courante.
  • Donnez à votre texte de la vivacité et du rythme.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

10 juillet

Cette semaine, c’est moi qui suis allée le chercher : j’étais en avance. J’appréhendais de le revoir, j’étais tendue… J’ai relu hier ce que j’ai écrit samedi dernier sur notre promenade, et je me suis demandé ce qui m’avait pris de lui demander de m’épouser. Mais cela ne m’a pas empêchée de le faire à nouveau aujourd’hui…

Il me déroute profondément : je ne sais pas pourquoi, avec lui, je fais toujours ce que par la suite j’estime être des sottises. Mais ce qui est plus déroutant encore, c’est qu’en sa présence j’oscille toujours entre le rire et l’inquiétude. Même après plusieurs heures de réflexion, je ne comprends pas pourquoi je me comporte de façon aussi étrange, presque lunatique, avec lui. Enfin bref : revenons à aujourd’hui. J’étais si confuse et troublée que la première chose que j’ai faite a été de lui redemander s’il voulait se marier avec moi. Je me suis immédiatement maudite intérieurement, mais je n’y pouvais rien, c’était fait.

Et le pire, c’est qu’il m’a répondu « qu’il le voulait bien, si je le voulais »… « Si je le voulais » ? Et lui, alors ? Je n’ai pas pu me retenir de lui demander s’il m’aimait, lui : il m’a répliqué, sans ciller, que « cela ne signifiait rien, mais que sans doute, il ne m’aimait pas »… Au moins, je ne pouvais pas l’accuser d’hypocrisie ! Mais pourquoi acceptait-il de m’épouser, alors ? J’ai à peine écouté sa réponse : c’était moi qui décidais, quelque chose dans ce goût-là… Cela me blesse un peu, maintenant que j’y réfléchis. Je tiens à lui, je le lui dis, et qu’est-ce que j’obtiens en échange ?… Mais le plus étrange, c’est que, sur le coup, je n’arrivais même pas à lui en vouloir. J’étais juste complètement décontenancée, à tel point que j’ai répété ce que ma mère m’a dit et redit pendant des années : « Le mariage est une chose grave ». Quel cliché ! Et dire que je m’étais juré de ne jamais le dire moi-même… Enfin, passons… Là encore, il m’a surprise : il m’a tout simplement répondu non.

Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés muets. Il avait l’air distant : j’aurais tout aussi bien pu être une inconnue. Je me suis donc prise à penser : si j’avais été une autre femme, cela aurait-il changé quelque chose ? Je lui ai posé brutalement la question : forcément, il m’a dit non.

Comment puis-je l’aimer, après tant de vérités si difficiles à entendre ? Il est si compliqué à cerner… Bien sûr, cela le rend assez fascinant. Mais est-ce de l’amour ? Je n’en suis pas plus sûre maintenant que je ne l’étais alors. Cette fascination peut se transformer par la suite en aversion. On ne supporte pas forcément longtemps ce genre d’attitude, cette indifférence… Cela ne me dégoûterait-il pas, au bout d’un moment ?

Peut-être ai-je parlé tout haut à ce moment-là. Je ne sais plus vraiment ce que j’ai dit ou non. Toujours est-il qu’il n’a rien dit : nous nous sommes regardés quelques instants en chiens de faïence. Je ne savais toujours pas quoi penser, mais, quoi qu’il arrivât par la suite, je me disais que je voulais vraiment l’épouser. Il me subjuguait. Je le lui ai dit, il n’a fait qu’acquiescer. Mais il est vite passé à autre chose, comme si cela ne le concernait pas. Étrangement, cela ne me dérangeait pas : je commençais à m’habituer à sa façon de passer du coq-à-l’âne. Il me parlait d’un changement de poste : on lui proposait d’aller à Paris. L’idée de quitter Alger ne me rebutait pas, et cela faisait longtemps que je voulais aller voir la capitale… J’ai ri quand il m’a dit que Paris était sale, à cause des pigeons, et que les gens y avaient la peau blanche… C’est sûr qu’à Alger, les gens ont meilleure mine !

Nous avons continué à arpenter les rues au hasard. J’aime beaucoup ce quartier d’Alger, très plaisant. Tout d’un coup, il m’a demandé si j’avais remarqué que les femmes que nous croisions étaient belles. La question m’a prise de court, j’ai dit oui sans réfléchir. J’ai ajouté que je comprenais, sans trop le penser, en fait. Comprendre quoi ? Pourquoi me disait-il cela ? Surtout, pourquoi me le disait-il après avoir accepté de m’épouser ? Pourquoi me parlait-il d’autres femmes, alors que nous étions si bien ensemble ? Là encore, nous nous sommes tus pendant je ne sais combien de temps. Je crois que j’ai ressenti un peu de jalousie, confusément. Mais je crois qu’il n’avait en fait aucune malice…

Je pensais qu’il ne pouvait pas me surprendre davantage quand il m’a demandé de dîner avec lui chez Céleste. Toujours le coq-à-l’âne ! Cela m’a fait sourire. J’étais sur le point d’accepter lorsque je me suis rappelé le dossier que je devais finir. Pour une fois que je n’avais pas terminé un travail dans la journée, il fallait que cela tombe le jour où j’aurais aimé passer la soirée dehors ! Je lui ai donc dit à contrecœur que j’avais quelque chose à faire. Je m’attendais à ce qu’il me demande quoi, mais bien sûr, il ne l’a pas fait. Je me suis demandé si je m’habituerais jamais à la façon qu’il avait de toujours me surprendre. Furieuse contre moi, j’ai voulu détourner son attention et le faire culpabiliser : ne voulait-il pas savoir ce que j’avais à faire ? Mais j’ai ri juste après : mon attitude était vraiment puérile ! Quant à lui, il avait l’air d’un enfant pris en faute… Pour me faire pardonner, je l’ai embrassé. Puis je suis partie…

Je ne sais toujours pas quoi penser de lui. Pas plus que la semaine dernière. Cela ne me dérange pas pour le moment. Peut-être que plus tard, cela m’ennuiera… Peut-être. Nous verrons bien.