Annale corrigée Sujet d'oral

Marivaux, Les Fausses Confidences, acte II, scène 13

Sujet d'oral • Explication & entretien

Marivaux, Les Fausses Confidences, acte II, scène 13

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.
Puis proposez-en une explication.

Document 

Araminte. – […] toute réflexion faite, je suis déterminée à épouser le Comte.

Dorante, d'un ton ému. – Déterminée, madame ?

Araminte. – Oui, tout à fait résolue. Le Comte croira que vous y avez contribué ; je le lui dirai même, et je vous garantis que vous resterez ici ; je vous le promets. (À part.) Il change de couleur.

Dorante. – Quelle différence pour moi, madame !

Araminte, d'un air délibéré. – Il n'y en aura aucune. Ne vous embarrassez pas, et écrivez le billet que je vais vous dicter ; il y a tout ce qu'il faut sur cette table.

Dorante. – Eh ! pour qui, madame ?

Araminte. – Pour le Comte, qui est sorti d'ici extrêmement inquiet, et que je vais surprendre bien agréablement par le petit mot que vous allez lui écrire en mon nom. (Dorante reste rêveur, et, par distraction, ne va point à la table.) Eh ! vous n'allez pas à la table ! À quoi rêvez-vous ?

Dorante, toujours distrait. – Oui, madame.

Araminte, à part, pendant qu'il se place. – Il ne sait ce qu'il fait ; voyons si cela continuera.

Dorante, à part, cherchant du papier. – Ah ! Dubois m'a trompé.

Araminte, poursuivant. – Êtes-vous prêt à écrire ?

Dorante. – Madame, je ne trouve point de papier.

Araminte, allant elle-même. – Vous n'en trouvez point ! En voilà devant vous.

Dorante. – Il est vrai.

Araminte. – Écrivez. « Hâtez-vous de venir, monsieur ; votre mariage est sûr… » Avez-vous écrit ?

Dorante. – Comment, madame ?

Araminte. – Vous ne m'écoutez donc pas ? « Votre mariage est sûr ; madame veut que je vous l'écrive, et vous attend pour vous le dire. » (À part.) Il souffre, mais il ne dit mot ; est-ce qu'il ne parlera pas ? « N'attribuez point cette résolution à la crainte que madame pourrait avoir des suites d'un procès douteux. »

Dorante. – Je vous ai assuré que vous le gagneriez, madame. Douteux ! il ne l'est point.

Araminte. – N'importe, achevez. « Non, monsieur, je suis chargé de sa part de vous assurer que la seule justice qu'elle rend à votre mérite la détermine. »

Dorante, à part. – Ciel ! Je suis perdu. (Haut.) Mais, madame, vous n'aviez aucune inclination pour lui.

Araminte. – Achevez, vous dis-je. « …qu'elle rend à votre mérite la détermine. » Je crois que la main vous tremble ; vous paraissez changé. Qu'est-ce que cela signifie ? Vous trouvez-vous mal ?

Dorante. – Je ne me trouve pas bien, madame.

Araminte. – Quoi ! si subitement ! cela est singulier. Pliez la lettre et mettez : « À Monsieur le comte Dorimont. » Vous direz à Dubois qu'il la lui porte. (À part.) Le cœur me bat ! Il n'y a pas encore là de quoi le convaincre.

Dorante, à part. – Ne serait-ce point aussi pour m'éprouver ? Dubois ne m'a averti de rien.

Marivaux, Les Fausses Confidences, acte II, scène 13, 1737.

2. question de grammaire. Analysez la construction de la phrase « Votre mariage est sûr ; madame veut que je vous l'écrive, et vous attend pour vous le dire. » (l. 29 à 31).

 

Conseils

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Faites entendre les apartés, ils sont essentiels dans cette scène.

Veillez à faire sentir le désarroi de Dorante, et la feinte indifférence d'Araminte.

Situer le texte, en dégager l'enjeu

Situez la scène dans l'intrigue générale de la pièce.

Notez que Dorante est ici à son tour victime d'une « fausse confidence ».

Soyez attentif à la progression de la scène : Dorante s'enfonce dans le désespoir, tandis qu'Araminte multiplie les tentatives pour qu'il avoue ses sentiments.

2. La question de grammaire

Identifiez les 4 verbes conjugués. : ils vous permettent de délimiter les 4 propositions qui composent la phrase.

Repérez une proposition subordonnée.

1. L'explication de texte

Introduction

[Présenter le contexte] Les comédies de Marivaux témoignent de l'importance croissante donnée à l'analyse des sentiments et des rapports humains dans la littérature du xviiie siècle. La plupart évoquent ainsi un thème cher au dramaturge : la « surprise de l'amour ».

[Situer le texte] Dans Les Fausses Confidences, Dorante, amoureux d'Araminte, a mis en place, à l'initiative de son ancien valet Dubois, un plan pour la conquérir. À la scène 13 de l'acte II, il est lui-même victime d'une « fausse confidence » : Araminte, résolue à lui faire avouer des sentiments dont Dubois lui a fait part, prétend vouloir épouser un autre homme. La jeune femme cherche ainsi à vérifier l'intensité de ce qu'éprouve Dorante pour elle.

[En dégager l'enjeu] Dans l'extrait, le dialogue, d'un comique très subtil que le spectateur est le seul à pouvoir goûter, montre comment les personnages sont pris au piège de leurs propres stratagèmes.

Explication au fil du texte

La fausse confidence (l.1-7)

Le texte commence avec le mensonge d'Araminte, « déterminée à épouser le Comte ». Jusque-là elle avait fermement refusé ce mariage, malgré l'empressement de sa mère à le lui faire accepter. La didascalie « d'un ton ému » et la question lapidaire de Dorante trahissent son trouble.

Araminte appuie sa déclaration initiale, en se disant « tout à fait résolue ». La locution adverbiale marque la certitude. La suite de sa réplique est d'une fine cruauté : sous prétexte de rassurer Dorante sur le fait qu'il ne perdra pas son emploi, Araminte lui promet de le faire passer pour celui qui a rendu ce mariage possible. L'aparté « il change de couleur » rappelle aux spectateurs le vrai motif de cette « fausse confidence » : pousser Dorante au désespoir et lui faire avouer son amour.

mot clé

Un aparté est une réplique prononcée par un personnage pour lui-même : elle est donc destinée aux seuls spectateurs. Cet artifice théâtral permet de commenter l'action ou d'exprimer des émotions.

La réponse de ce dernier marque le désarroi, par l'exclamative et l'apostrophe « madame », qui sonne comme une supplication.

La lettre (l. 8-38)

La didascalie « d'un air délibéré » marque la détermination d'Araminte à faire aboutir son plan. Elle use d'un second stratagème : faire écrire à Dorante une lettre destinée au comte. La phrase « il y a tout ce qu'il faut sur cette table » montre la mise en scène qu'a préparée la jeune femme : elle se révèle aussi bonne manipulatrice que Dorante et Dubois.

L'interjection « Eh ! » au début de la réplique de Dorante marque le progrès de son trouble. Il est de moins en moins maître de lui-même. La didascalie « Dorante reste rêveur, et, par distraction, ne va point à la table », redoublée par la remarque d'Araminte et sa question « À quoi rêvez-vous ? », ne font que le souligner.

Dans un nouvel aparté, Araminte commente pour les spectateurs ce qui se passe : « Il ne sait ce qu'il fait ». Les apartés qui rythment la scène rappellent régulièrement l'objectif de ce jeu de dupes, et soulignent l'évolution du comportement de Dorante, que le spectateur est invité à observer attentivement. Dorante, en aparté lui aussi, affirme « Dubois m'a trompé » : il se croit dupe de son ancien valet, alors qu'il est d'abord dupe d'Araminte elle-même.

Les répliques suivantes jouent sur le comique de gestes. Dorante, bouleversé, ne « trouve point de papier » alors qu'il en a « devant » lui, puis n'écrit pas alors qu'Araminte a commencé à dicter sa lettre. La jeune femme souligne à chaque fois impitoyablement sa distraction. Un nouvel aparté marque son impatience et son agacement : « est-ce qu'il ne parlera pas ? ».

Alors qu'il est question du « procès », dont Dorante devait examiner les chances pour Araminte, le jeune homme tente d'argumenter en défaveur du mariage. Araminte balaie cette tentative par « n'importe, achevez. ».

Le désarroi de Dorante et le trouble d'Araminte (l. 39-50)

Le désarroi du jeune homme est à son paroxysme, on le voit dans l'exclamation « ciel, je suis perdu ». Il tente une dernière objection, en utilisant cette fois-ci l'argument des sentiments, en rappelant à Araminte son absence « d'inclination » pour le comte. Araminte répète l'impératif « achevez », sans même répondre à cette objection, ce qui marque son impatience croissante face à l'absence d'aveu de Dorante. Afin de le faire céder, elle lui fait remarquer les manifestations physiques de son trouble : « la main vous tremble », « vous paraissez changé ».

Malgré ses questions, elle échoue encore puisque Dorante se contente d'admettre qu'il ne « se trouve pas bien ». La réponse d'Araminte et les deux exclamations trahissent son propre trouble. Le dernier aparté « Le cœur me bat. Il n'y a point encore de quoi le convaincre » montre l'échec de son stratagème, mais surtout l'effet qu'il a eu sur ses propres sentiments. Tenter de pousser Dorante à avouer ses sentiments a un effet de révélateur de son amour naissant pour le jeune homme. Araminte est prise à son propre piège : celle qui avoue, c'est finalement elle, puisque le public ne peut se tromper sur l'émoi qu'elle éprouve.

des points en +

Vous pouvez expliquer que, dans la comédie traditionnelle, le stratagème sert souvent à démasquer les véritables intentions ou sentiments d'un personnage.

L'extrait s'achève sur un aparté de Dorante, qui se ressaisit. Il exprime sa méfiance et se demande si la conversation n'avait pas pour but « de l'éprouver ». La mention de Dubois rappelle au spectateur le premier stratagème, mis en place par les deux hommes pour qu'Araminte tombe amoureuse de Dorante. Comme dans toute la pièce, finalement l'action suit le plan de Dubois, à l'insu de ceux qui en sont les principaux protagonistes.

Conclusion

[Faire le bilan de l'explication] Dans cette fausse scène d'aveu, le spectateur s'amuse de voir Araminte manipuler Dorante. Mais il rit aussi de voir qu'Araminte est prise à son propre piège : le stratagème qu'elle a mis en place ne fait qu'accélérer le progrès de ses propres sentiments.

[Mettre le texte en perspective] La scène permet de multiplier les « fausses confidences » et leurs victimes. Elle confirme ce que Dubois annonçait à la scène 2 de l'acte I : « Quand l'amour parle, il est le maître ».

2. La question de grammaire

« [Votre mariage est sûr] ; [madame veut] [que je vous l'écrive], [et vous attend pour vous le dire]. »

La phrase comprend 4 propositions (délimitées par les crochets).

La première proposition « Votre mariage est sûr » est indépendante.

Elle est suivie par une proposition principale complétée par une subordonnée conjonctive COD du verbe « veut » : « madame veut que je vous l'écrive ».

La phrase se termine avec une proposition indépendante coordonnée à la principale par la conjonction de coordination « et » : « et vous attend pour vous le dire ».

Des questions pour l'entretien

Lors de l'entretien, vous devrez présenter une autre œuvre que vous avez lue au cours de l'année. L'examinateur introduira l'échange et peut vous poser des questions sous forme de relances. Les questions ci-dessous ont été conçues à titre d'exemples.

1 Sur votre dossier est mentionnée la lecture cursive d'une autre pièce de théâtre : On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset. En quoi cette pièce se rattache-t-elle au genre de la comédie ?

2 Quels liens pouvez-vous faire avec Les Fausses Confidences ?

3 Des passages vous ont-ils particulièrement marqué(e) ?

4 Pourquoi cette pièce a-t-elle sa place dans le parcours « Théâtre et stratagème » ?

 

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