Maupassant, Bel-Ami

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re L - 1re S | Thème(s) : Le commentaire littéraire - Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Commentaire littéraire | Année : 2012 | Académie : Hors Académie

La dernière page d'un roman

 Commentaire

Document

 Vous ferez le commentaire du texte de Maupassant.

Se reporter au document B du corpus.
 

     LES CLÉS DU SUJET  

Trouver les idées directrices

Faites la « définition » du texte pour trouver les idées directrices.

Fin de roman (genre) naturaliste (mouvement) qui décrit (type) la cérémonie de mariage du héros (thème), critique ironique (registre), spectaculaire (adjectif), pour rendre compte de l'évolution du héros et peindre la société (buts).

Trouver des pistes

Première piste : une « mise en scène », une apothéose

Analysez ce qui fait de ce mariage une cérémonie à grand spectacle : progression, atmosphère, personnages...

Deuxième piste : un arriviste

  • Étudiez tout ce qui suggère l'ascension et le succès de Duroy, ce qui fait de lui un personnage d'arriviste.

  • Puis analysez les aspects de sa réussite (sociale et amoureuse) en interprétant les éléments et les images qui la symbolisent.

Troisième piste : un personnage médiocre

  • Demandez-vous quelle image du personnage veut donner Maupassant : quels défauts de Duroy cette scène souligne-t-elle ?

  • Déduisez-en le regard de Maupassant sur son personnage.

  •  Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.
  •  Le roman : voir lexique des notions.
Corrigé

Les titres en couleur et les indications en italique servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.
 

Introduction

Amorce et présentation du texte : La IIIe République (xixe siècle) est marquée par la montée du capitalisme et de l'ambition sociale, et les romanciers se font l'écho de l'arrivisme qui agite l'époque. Le roman naturaliste Bel-Ami (1885) raconte l'ascension d'un « grain de gredin » dans le milieu de la presse, alors en pleine expansion, et dresse un tableau satirique de la société parisienne. Le dénouement du roman marque l'apogée de l'ascension sociale de Georges Duroy ou Bel-Ami, qui s'est anobli en Georges Du Roy du Cantel, et dont le narrateur décrit le deuxième mariage avec la fille du propriétaire du journal La Vie française.

Annonce du plan : À travers une scène spectaculaire et très théâtralisée, Maupassant donne l'image de l'apothéose d'un arriviste et d'un séducteur à qui tout sourit. Mais derrière cette image flatteuse, le lecteur sent le regard ironique de l'auteur sur ce personnage au fond médiocre et méprisable.

I. Une scène spectaculaire et théâtralisée

1. Une progression et un cadre cinématographiques

  • Les verbes de mouvement retracent les déplacements et mouvements de Du Roy : « il passa », « reprit le bras », « retraverser », « allait [...] d'un pas calme », « parvint », « descendit ».

  • Le décor est reconstitué avec précision, intérieur (« la sacristie », « l'église », « baie [...] de la porte », « seuil ») et extérieur (« place de la Concorde », « Chambre des députés », « la Madeleine », « Palais-Bourbon »). Les perspectives s'élargissent.

  • Les plans d'ensemble permettent de se repérer (l'église/Paris) et alternent avec les gros plans porteurs d'émotion (« la main », « ses doigts »).

  • En une sorte de mise en abyme, est suggérée et ressuscitée une scène du passé avec son décor (Mme de Marelle devant sa « glace », au sortir du lit).

2. L'alternance et la variété des points de vue

  • Le point de vue externe met en scène le couple officiel et traduit le regard des témoins (la foule dont le narrateur semble faire partie).

  • Le point de vue interne fait partager au lecteur les sentiments et les pensées de Du Roy.

  • Le narrateur adopte aussi un point de vue omniscient, lorsqu'il fait part des émotions de Mme de Marelle (« timide », « inquiète », « pleins d'amour »).

3. Le jeu des personnages : un héros et son public

L'opposition entre Bel-Ami et la foule qui l'acclame est constamment marquée pour mieux le mettre en valeur.

  • Duroy est le personnage central : il est tantôt nommé (« Bel-Ami », « Georges »), tantôt désigné par son titre (« baron ») et son nouveau nom (« Georges Du Roy », deux fois), ou encore par le pronom personnel ; de plus, il est généralement sujet des verbes actifs.

  • Maupassant insiste sur la multitude qui l'entoure en décrivant un personnage collectif (notion chère à l'esthétique naturaliste) : la foule, nombreuse. Elle est désignée par des mots collectifs (« défilé », « un peuple », « monde », « la foule »), des pluriels multiplicateurs (« spectateurs »). Sa présence est soulignée par le vocabulaire de la multiplicité (« pleine [de monde] », « [foule] amassée ») et des images frappantes (« comme un fleuve », « foule noire »).

Tous ces procédés descriptifs mettent en valeur le triomphe de Du Roy et le théâtralisent (mariage spectacle).

4. L'atmosphère solennelle et religieuse d'un sacrifice

  • Le lieu (« l'église » de « la Madeleine » avec sa « sacristie ») installe une atmosphère de recueillement.

  • Des allusions à Dieu (« l'Homme-Dieu », « descendait sur la terre ») et le champ lexical de la religion (« encens », « autel », « sacrifice divin », « prêtre », « croyant, », « religieux », « divinité ») imprègnent la cérémonie de gravité religieuse.

  • Des postures symboliques font de Duroy, qui a « baissé le front », « à genoux », une sorte de baron de droit divin.

Transition : Cette théâtralisation éclaire le personnage de Duroy, type social de l'arriviste dans la société de la IIIe République.

II. L'apothéose d'un arriviste

Grâce au point de vue interne, Maupassant traduit les sentiments de Bel-Ami : son premier regard se porte sur « Madame de Marelle », le deuxième sur « la foule ». On retrouve ses deux aspirations du début du roman : l'ambition et les femmes.

1. L'apothéose sociale à travers des images fortes

  • L'évolution du comportement de Duroy. L'humilité du croyant (« à genoux à côté de Suzanne », « baissé le front ») laisse rapidement place au pragmatisme du non-croyant victorieux et dominant (« se redressa », « lentement », « d'un pas calme », « la tête haute »).

  • L'image du « roi » triomphant. Maupassant multiplie les éléments symboliques de la royauté : la précision « entre deux haies » fait allusion aux triomphes de l'Antiquité romaine, l'attitude « à genoux » de Duroy rappelle celle du sacre ; l'« éclatant soleil » est symbole de royauté et de réussite ; la réaction de la foule (« contemplait », « enviait ») est celle de sujets venus acclamer leur souverain. Le rythme majestueux des lignes 36 à 40 (avec les coupes régulières et les imparfaits) suggère la lenteur solennelle. Enfin, la transformation du nom « Duroy » en celui de « Du Roy » complète la transformation du personnage en roi.

  • La symbolique de la Madeleine et du Palais-Bourbon. La Madeleine, lieu sacré, avec son « portique » (rappel de l'architecture romaine et symbole d'ouverture et de lumière), représente l'accession à la réussite et à un avenir brillant. Le Palais-Bourbon (Chambre des députés et renvoi à la famille royale) préfigure une carrière politique.

  • Une fin ouverte. Le « bond » d'un portique à l'autre représente les étapes de l'ascension sociale. L'escalier que Georges a monté et qu'il redescend peut prendre une valeur symbolique (déchéance par l'hypocrisie ?).

2. Le triomphe du séducteur

  • Le mariage, signe de réussite sociale. Le mariage est une union d'intérêt : Suzanne est désignée par son prénom ou son rôle social (« sa femme »), sans notation affective ou physique. Le seul geste vers elle (« donnant le bras à sa femme », « reprit le bras de Suzanne ») a une valeur sociale. Jamais sujet des verbes, elle suit mécaniquement Duroy et s'efface devant Mme de Marelle.

  • Le succès amoureux d'un être sensuel. En contraste, Mme de Marelle représente l'amour sensuel partagé. Elle est désignée par de gros plans souvent érotiques de son corps (« lèvres », « yeux », « main », « doigts », « voix », « cheveux », « tempes ») et des termes mélioratifs (« jolie, élégante », « vifs », « douce »). Elle génère le « désir » et détermine de fortes réactions physiques : le champ lexical des sens et de l'amour est très présent (« baisers », « caresses », « gentillesses », « désir », « la reprendre », « pleins d'amour »). L'image finale du « lit » renvoie au passé et occulte tout.

Transition : Duroy connaît donc toutes les formes de la réussite amoureuse, succès qui lui importe plus que la réussite sociale.

III. Le regard de Maupassant sur son personnage

Dans cette fin, Maupassant ne juge pas explicitement son héros mais il en révèle avec une certaine ironie la médiocrité.

1. Un personnage médiocre, amoral et cynique

  • Le geste de prendre la main d'une autre femme que la sienne dans un lieu sacré, symbole d'engagement devant Dieu, constitue un blasphème, une profanation.

  • Le rapide dialogue entre Duroy et Mme de Marelle qui parodie l'échange rituel des deux époux dans la cérémonie du mariage (« À bientôt, monsieur... À bientôt, madame »), marque son cynisme.

  • L'image finale du lit est choquante car déplacée dans une « sacristie ».

2. Un personnage hypocrite qui joue la comédie sociale

  • Il remercie les gens sans les voir (« il ne voyait personne »).

  • Il accomplit ses gestes mécaniquement (« Il serrait des mains, balbutiait des mots qui ne signifiaient rien, saluait, répondait aux compliments »).

  • Ses mots sont banals (« Vous êtes bien aimable »).

3. Un héros grisé par sa réussite qui vit dans l'imaginaire

  • Il est égoïste et narcissique (« Il ne pensait qu'à lui »).

  • Sa réussite l'obsède (« affolé de joie », « longs frissons [des] immenses bonheurs ») ; la métaphore de « la foule [coulant] devant lui comme un fleuve » traduit sa sensation d'être submergé par la notoriété et le bonheur.

  • Il ne vit pas dans la réalité, mais dans l'imaginaire - dans le passé (« souvenir de tous les baisers ») ou dans l'avenir (« désir brusque de la reprendre », « il allait faire un bond »).

4. L'ironie implicite de Maupassant : un antihéros

  • Certains clichés (« leurs yeux se rencontrèrent, souriants, brillants, pleins d'amour ») font de Duroy un héros un peu minable de roman sentimental.

  • Le point de vue interne montre un personnage naïf qui se prend pour un « roi ».

Conclusion

Le roman s'achève sur une ouverture : le héros n'a pas achevé son parcours, à la différence de la majorité des romans du xixe siècle qui s'achèvent sur la mort du héros (Julien ou Fabrice chez Stendhal). Maupassant apparaît dans cette fin de roman naturaliste comme un peintre de la soci& acute;té de son époque et de son fonctionnement.