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Mémoires et justice : des sources pour l'histoire ?

Dissertation

Mémoires et justice : des sources pour l'histoire ?

2 heures

10 points

Intérêt du sujet • Ce sujet met en relation mémoires, justice et histoire. Il permet une approche du métier d'historien et met en avant le rôle des témoins, des procès et des historiens dans la reconstruction des sociétés après des conflits.

 

Mémoires et justice : des sources pour l'histoire ?

 

Les clés du sujet

Analyser le sujet

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Dégager la problématique

Les témoignages de personnes ayant vécu des événements traumatisants, les procès d'accusés de crimes de masse sont des éléments et des moments qui cherchent à faire éclater la vérité, ce qui est aussi le but de l'histoire.

Mais ces notions ne sont pas synonymes. Alors comment les mémoires et la justice peuvent-elles servir le travail de l'historien ? Celles-ci sont-elles des sources suffisantes pour faire l'histoire ?

Construire le plan

Le sujet étant formulé sous forme de question, un plan analytique s'impose. On peut répondre à cette question de façon affirmative avant de nuancer cette réponse dans une seconde partie.

Tableau de 2 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 2 lignes ;Ligne 1 : I. Mémoires et justice permettent de retracer les événements du passé…; En quoi les récits des victimes, des témoins et les procès sont-ils des sources historiques importantes ?Quelles sont les formes que prennent ces sources ?; Ligne 2 : II. … mais ce sont des sources incomplètes et subjectives dont ne peut se contenter l'historien; Montrez la subjectivité de ces sources : elles peuvent être incomplètes et manipulées.En quoi consiste le travail de recherche de l'historien ?;

Les titres et les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Le xxe siècle a été le siècle des conflits et des meurtres de masse : destruction des Juifs d'Europe et des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, guerre d'Algérie, génocide des Tutsi au Rwanda, épuration ethnique en ex-Yougoslavie. [Présentation du sujet] Chacun de ces conflits a profondément traumatisé les sociétés. Ils laissent des mémoires blessées, des témoignages multiples et ont parfois donné lieu à des procès, locaux ou internationaux. Ainsi la mémoire et la justice participent à l'écriture de l'histoire puisqu'ils sont des matériaux pour connaître le passé. [Problématique] Cependant, les sources mémorielles et juridiques peuvent-elles permettre à l'historien d'atteindre la vérité historique ? [Annonce du plan] Si elles aident à retracer les événements du passé [I], les mémoires et la justice sont des sources incomplètes, subjectives et répondent le plus souvent à des préoccupations du présent plutôt qu'à un « devoir d'histoire » [II].

Le secret de fabrication

Il est important de rappeler les exemples vus en classe (les jalons) qui vont vous servir à répondre au sujet dès votre introduction, que ce soit dans l'accroche, comme ici, ou lors de la présentation du sujet. Les termes du sujet étant complexes, ils demandent des définitions précises, que vous pourrez présenter dans le corps du devoir.

I. Les mémoires et la justice, des sources pour l'historien

1. Définir mémoires et justice

La mémoire est le vécu tel qu'on se le remémore, elle cherche à donner un sens au passé, elle est émotionnelle. Les souvenirs sont sélectionnés selon les besoins de ceux qui les portent : il n'y a pas une mais des mémoires.

La justice, quand elle concerne des événements traumatisants du passé, a pour rôle de qualifier les crimes (comme ce fut le cas à Nuremberg en 1945) d'examiner les preuves, d'exprimer ou non une culpabilité et de punir les coupables. Elle ne peut être qu'individuelle et se base sur des textes de lois.

2. Les procès : des moments qui cherchent à relater les faits

conseil

Votre argumentation doit s'appuyer sur des dates et des chiffres précis, ce sont des exemples attendus. Ne multipliez pas les exemples, un ou deux bien choisis suffisent.

Lors du procès de Nuremberg (1945-1946), des procès gacaca au Rwanda (entre 2005 et 2012) et du TPIY (1993-2017), des témoins et des accusés sont appelés à s'exprimer : 4 500 pour le conflit en ex-Yougoslavie, plusieurs millions au Rwanda.

Les comptes rendus d'audience deviennent alors des sources pour l'historien. Ainsi, les tribunaux gacaca permettent d'établir le rôle de chaque personne au sein des Ibitero (groupes d'attaquants hutu) mais aussi de montrer que certains ont résisté et tenté de limiter les violences. Sans la libération de cette parole, beaucoup d'aspects du génocide des Tutsi au Rwanda seraient sans doute restés inconnus. De même, le TPIY a produit plus de deux millions de pages de comptes rendus : des documents pour décrire avec précision les événements.

3. Les mémoires : des témoignages précieux

Les personnes ayant vécu la Seconde Guerre mondiale, la Shoah, la guerre d'Algérie, le génocide des Tutsi ou les opérations d'épuration ethnique en ex-Yougoslavie, par leurs récits, leurs témoignages, constituent des sources pour l'historien.

Ces témoignages oraux ou écrits aident l'historien à retracer la chronologie des faits, à tracer un portrait des victimes et de leurs bourreaux, à analyser les politiques de destruction à toutes les échelles.

[Transition] Si les mémoires et la justice constituent des sources pour faire l'histoire, elles n'en restent pas moins des sources souvent orientées, parfois manipulées et il convient à l'historien de les analyser de façon critique.

II. Des sources incomplètes et subjectives

1. Les mémoires et la justice, des sources subjectives

Les mémoires diffèrent selon les expériences personnelles vécues : concernant la guerre d'Algérie, les mémoires des partisans de l'Algérie française (harkis, pieds-noirs) sont différentes de celles des anciens combattants appelés du contingent. Ils entretiennent une nostalgie d'une « terre perdue » et rappellent les violences du FLN en occultant celles commises par l'armée française.

Lorsqu'ils évoquent le passé, les témoins peuvent occulter certains faits, ils ont une vision des événements limitée à leur propre expérience. Aujourd'hui très âgés, les rescapés de la Shoah oublient certains détails, leurs témoignages changent.

Enfin, si la justice cherche à être impartiale, elle ne l'est pas toujours et peut être imparfaite : au Rwanda, par exemple, des ONG ont relevé des cas de fausses accusations, des jugements rapidement rendus, des intimidations de témoins.

2. Des sources qui répondent surtout à des besoins du présent

Les mémoires sont le reflet des besoins du présent, elles évoluent donc constamment. Ainsi, en 1945 quand l'urgence est à la reconstruction et à la cohésion nationale, la mémoire du génocide des Juifs est mise de côté en France au profit de la mémoire résistante. De même, en 1962, l'État français organise l'oubli officiel de la guerre d'Algérie, pour minimiser la perte d'influence et de prestige du pays. Les mémoires permettent alors aux sociétés de vivre plus sereinement le présent, loin des souvenirs qui divisent et évoquent des attitudes condamnables.

De même, la justice n'est pas toujours partiale quand elle sert des intérêts politiques. Au Rwanda, les tribunaux locaux ont aussi cherché à favoriser la réconciliation d'une nation divisée. C'est pour cette raison que les violences commises par le Front patriotique rwandais n'ont pas été jugées.

3. Des sources parmi d'autres

Le rôle de l'historien est de reconstruire scientifiquement le passé, de faire un récit le plus objectif possible de ce qui n'est plus. L'histoire ne juge pas, elle tente de décrire et d'expliquer, de mettre en relation des faits avec les circonstances politiques, économiques et sociales dans lesquelles ils se sont produits.

à noter

La fin de la guerre froide et l'accès aux sources de l'ancien bloc soviétique ont permis d'importantes découvertes sur le génocide des Juifs et des Tsiganes.

L'historien fonde son travail sur des sources variées qui évoluent en fonction de l'ouverture progressive des archives (militaires, policières, privées, etc.). En 1992, l'ouverture d'une partie des archives de la guerre d'Algérie a permis à une nouvelle génération d'historiens de travailler sur la torture, par exemple.

Conclusion

conseil

L'ouverture de votre conclusion doit prolonger votre réflexion et, comme ici, montrer que vous êtes capable d'aller plus loin dans votre analyse du sujet.

[Réponse à la problématique] L'historien ne peut se contenter des mémoires et de la justice pour écrire l'histoire. Celles-ci constituent des sources précieuses, mais il doit les confronter à d'autres types de sources pour les confirmer ou les infirmer. Se rapprocher de la vérité permet de regarder l'histoire « en face » et faire toute la lumière sur des événements particulièrement sombres, douloureux et difficiles à accepter par les sociétés. [Ouverture] Plus que des sources, les mémoires et dans une moindre mesure la justice sont devenues des objets d'étude pour l'historien depuis les années 1990. Observer leur évolution, retracer leur histoire est aujourd'hui un sujet historique à part entière.

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