Micromégas décide d’intervenir en pleine guerre et tente de persuader les hommes d’arrêter de se battre : rédigez le récit de son intervention

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2015 | Académie : Polynésie française

 

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Polynésie française • Septembre 2015

La question de l’homme • 14 points

Prendre conscience des situations tragiques

Écriture d’invention

 Sans tenir compte des conseils du philosophe, son guide, le Sirien Micromégas décide d’intervenir en pleine guerre et tente de persuader les hommes d’arrêter de se battre. Rédigez ce récit à la suite du texte de Voltaire (document C). Il fera alterner passages de récit et de dialogue.

Se reporter au document C du sujet sur le corpus.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

« Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

Extrait de conte philosophique (genre), qui argumente (type de texte) sur la guerre (thème) et raconte (type de texte) la suite d’une bataille (thème), ? (registre), persuasif (adjectif), pour dénoncer la guerre (but).

Chercher des idées

Le fond

Le récit : imaginez les réactions des combattants après l’intervention de Micromégas. Que décident-ils : de continuer la guerre ? d’y renoncer ? Décrivez le décor, les personnages.

L’argumentation : Micromégas doit donner des arguments contre la guerre :

arguments humains : morts, souffrances, séquelles psychologiques… ;

arguments économiques : impact économique négatif (coût, déséquilibre de la population, nécessité de reconstruire le pays…) ;

arguments sentimentaux et sociaux : familles et sociétés détruites (lois oubliées, viol…) ; disparition des arts, des sciences, de la culture…

arguments moraux : la guerre est contraire aux vertus morales ou religieuses ;

arguments pacifistes : alternatives à la guerre : solidarité, concertation et diplomatie (l’ambassadeur troglodyte chez Montesquieu).

Le personnage de Micromégas : tenir compte du caractère que lui prête Voltaire : sensible, passionné, presque emporté (« avec indignation »).

La forme

Les registres : puisqu’il s’agit d’une suite de texte, il faut garder les registres mêlés du texte de Voltaire : humoristique, satirique, pathétique.

Les temps verbaux : conservez les temps du passé (imparfait, passé simple).

La façon de parler de Micromégas : analysez son langage dans le texte de Voltaire (images, mots forts, exclamations…).

Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

 La question de l’homme, le discours : voir mémento des notions.

Corrigé

Corrigé

Extraits de corrigés, dont certains sont inspirés de textes littéraires, mais adaptés (pour montrer comment on peut tirer profit des textes étudiés dans l’année).

[Début narratif] Il se mit à sangloter et ses larmes dont chacune pouvait remplir dix tonneaux faits pour les vins les plus délicieux tombèrent sur les belligérants qui, paniqués, dans un grand fracas de métal et de feu, se réfugièrent pêle-mêle sous les arbres incendiés par leur folie meurtrière. Il se pencha alors autant que sa grande taille le lui permettait, de sorte que son visage se trouva à la hauteur du clocher de l’église en ruine. Il prit alors sa voix la plus douce pour ne pas les effrayer et, d’un ton teinté de tristesse, il les implora de cesser le carnage : […]

[Passage argumentatif (dialogue-récit)] Le Sirien, dont l’esprit s’échauffait, reprit : « Regardez autour de vous, contemplez cette boucherie héroïque… »

Terrifiés, les petits hommes regardèrent alors au loin le paysage qu’ils avaient pillé et incendié. Puis la honte les envahit : des éclaboussures de sang maculaient les chapeaux et les turbans, les visages, les fleurs ; l’éclat des épées au soleil les aveuglait, les oiseaux avaient fui…

« Vous vous égorgez, vous vous ouvrez le flanc, vous vous coupez les bras et les jambes… Et la raison de toute cette horreur ? On m’a dit que c’était à cause de ce chapeau… Sachez que, d’où je me tiens, je ne perçois entre vous aucune différence, que je vois en vous des milliers de Caïn et d’Abel qui assassinent la nature qui les a enfantés, laquelle, mi-vivante, mi-morte, vous supplie. Écoutez sa plainte ! Rendez-la à la vie, cessez vos combats… »

Un homme tout couvert de sang, le poitrail alourdi de décorations brillant de mille feux, s’avança fièrement, le regard farouche :

« C’est pour l’amour de notre bien-aimé Sultan, notre père à tous, que nous avons l’honneur de montrer notre bravoure…

– Votre père ? Êtes-vous aveugles ? Pendant que vous vous acharnez à dévaster les familles désormais sans pères ni fils, vos dirigeants se prélassent sous le soleil, sans même songer que leur folie meurtrière les contraindra à vider leurs coffres pour reconstruire ce qu’ils vous ont sommé de détruire… […]

Observez

Procédés de la persuasion : implication du locuteur (1re pers.) et de l’auditeur (2e pers., apostrophes, questions rhétoriques) ; marques de subjectivité (vocabulaire affectif), images, exclamations, hyperboles…

[Fin narrative/argumentative] Il y eut un long moment de silence. Les combattants demeurèrent un instant figés ; certains pleuraient, d’autres criaient : « Je ne suis pas un assassin ! »… Puis des cris de joie s’élevèrent du champ de bataille : les uns s’embrassaient, d’autres, à genoux, remerciaient Dieu ; d’autres jetaient leurs armes dans les feux que leur rage avait allumés. Tout à coup, l’un d’entre eux brandit son arme et lança : « Grand homme, conduis-nous, oui, conduis-nous à la bataille, mais contre César et contre le Sultan, pour que nous les exterminions et qu’ils ne puissent plus jamais mener de guerres !

Info

Le texte en italique est extrait de Rabelais.

– Non, tu n’as pas bien compris : si je vous conduis à eux, ce sera pour les persuader que le meilleur des mondes est celui où les dirigeants sont éclairés par les lumières de la raison et sont capables de dire : « Je n’entreprendrai guerre que je n’aie essayé tous les arts et moyens de paix… »

Info

Le texte en italique est extrait de l’article « Paix » de l’Encyclopédie.

Un cri s’éleva alors vers le ciel : « Le Géant a raison : c’est la paix qui donne de la vigueur aux empires ; elle maintient l’ordre parmi les citoyens ; elle laisse aux lois la force qui leur est nécessaire ; elle favorise la population, l’agriculture et le commerce ; elle procure aux peuples le bonheur qui est le but de toute société. Levons-nous, mes frères ! Allons demander des comptes au Sultan et à César, et, s’ils n’écoutent pas nos sages conseils, chassons-les ! »

Le Sirien s’éloigna discrètement : les petits hommes étaient enfin redevenus humains…