Mme de Lafayette, La Princesse de Clèves, "Il parut alors une beauté"

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re Générale - 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Lafayette, La Princesse de Clèves – Individu, morale et société
Type : Sujet d'oral | Année : 2019 | Académie : Inédit

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Sujet d’oral • Explication & entretien

Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves, « Il parut alors une beauté… »

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.

Puis expliquez-le.

DOCUMENT

Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l’on doit croire que c’était une beauté parfaite, puisqu’elle donna de l’admiration dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l’avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l’éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté, elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s’imaginent qu’il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner : Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l’amour ; elle lui montrait ce qu’il a d’agréable, pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité ; les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d’un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d’une honnête femme, et combien la vertu donnait d’éclat et d’élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance ; mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver cette vertu, que par une extrême défiance de soi-même, et par un grand soin de s’attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d’une femme, qui est d’aimer son mari et d’en être aimée.

Cette héritière était alors un des grands partis qu’il y eût en France ; et, quoiqu’elle fût dans une extrême jeunesse, l’on avait déjà proposé plusieurs mariages. Madame de Chartres, qui était extrêmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille. La voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener à la cour. Lorsqu’elle arriva, le vidame alla au-devant d’elle ; il fut surpris de la grande beauté de mademoiselle de Chartres, et il en fut surpris avec raison : la blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l’on n’a jamais vu qu’à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes.

Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves, 1678.

2. question de grammaire. Faites l’analyse syntaxique de la première phrase : délimitez les propositions, puis analysez la nature et la fonction de chacune.

CONSEILS

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Soyez attentif à la ponctuation : un point-virgule suppose une pause plus marquée qu’une virgule.

Veillez à faire entendre les effets d’insistance et d’opposition qui parcourent le texte.

Situer le texte, en dégager l’enjeu

Après avoir rappelé le contexte de parution de La Princesse de Clèves, rappelez que cet extrait se situe au début du roman.

Soulignez l’importance de ce passage : il s’agit du premier portrait de l’héroïne à l’occasion de son entrée à la cour.

2. La question de grammaire

Repérez les six verbes conjugués et délimitez les six propositions.

Identifiez les liens entre ces propositions. Vous devez ici distinguer deux cas : la coordination et la subordination.

Corrigé

PRÉSENTATION

1. L’explication de texte

Introduction

[Présenter le contexte] Le xviie siècle fait de la littérature l’espace privilégié d’une réflexion sur les valeurs et les comportements. Les œuvres littéraires se doivent d’édifier leurs lecteurs.

[Situer le texte] La publication de La Princesse de Clèves fait date dans l’histoire littéraire : cette œuvre est considérée comme le premier roman d’analyse psychologique. Au croisement de l’esthétique classique et du courant de la préciosité, le récit y met en scène une jeune femme vertueuse confrontée aux tourments de la passion amoureuse. À la présentation de la cour d’Henri II qui sert de décor au roman succèdent plusieurs portraits, dont celui de l’héroïne.

[En dégager l’enjeu] Dans l’extrait, le portrait physique et moral de Mademoiselle de Chartres est l’occasion pour l’autrice de mettre en place les principaux enjeux moraux de son roman.

Explication au fil du texte

Une apparition (l. 1-4)

L’entrée à la cour, où la jeune fille doit être présentée, est une scène théâtralisée marquée par le jeu des regards qui convergent sur la nouvelle venue (elle « attir[e] les yeux de tout le monde ») : son entrée semble une apparition qui crée surprise et « admiration ».

mot clé

La métonymie est une figure de style par laquelle on désigne un objet ou un concept en utilisant un terme qui y est associé par un rapport logique (d’inclusion par exemple).

Le portrait est évasif : seule la « beauté » de la Princesse de Chartres (qui n’est même pas nommée) est mentionnée au début. L’emploi de la tournure impersonnelle « il parut » ainsi que des articles indéfinis (« une beauté parfaite ») accentuent ce caractère. La métonymie « une beauté » souligne la perfection physique de l’héroïne, qui semble surpasser les « belles personnes » qui fréquentent habituellement la cour.

Loin de la cour (l. 4-9)

Le portrait est vite suspendu au profit d’informations sur la « maison » de l’héroïne. À sa grande beauté s’ajoute son statut social : elle est « une des plus grandes héritières de France ». Le superlatif marque l’appartenance de la jeune femme à une haute noblesse.

Après un bref portrait de Madame de Chartres, la mère de l’héroïne, caractérisée par ses qualités morales hors du commun, l’extrait s’attache ensuite à l’éducation qu’elle a prodiguée à sa fille. La mère de la Princesse s’est ainsi retirée de la cour « plusieurs années » pour éduquer elle-même sa fille au lieu de la confier à un couvent ou des précepteurs, à rebours des usages de son époque. Le soin apporté à cette éducation transparaît dans le lexique employé : « ses soins », « elle travailla », « elle songea aussi ». Les imparfaits à valeur d’habitude (« elle faisait », « elle lui montrait », etc.) montrent que cette éducation passe par de fréquents entretiens.

Une éducation hors du commun (l. 9-26)

L’éducation reçue par la princesse vise à « cultiver son esprit et sa beauté », autrement dit à développer les qualités qui lui permettront de tenir son rang à la cour, mais « pas seulement », puisque sa mère s’efforce de « lui donner de la vertu ».

L’éducation à la vertu de l’héroïne semble porter en premier lieu sur les dangers de la passion amoureuse. Madame de la Fayette s’inscrit dans une réflexion bien de son temps sur l’éducation des jeunes filles. Elle critique implicitement l’éducation que « la plupart des mères » donne généralement aux jeunes filles, qui les laisse ignorantes des dangers de la « galanterie » et de la séduction. L’emploi du présent de vérité générale (« où plongent », « ce qui seul peut faire ») signale l’adhésion de Madame de La Fayette au programme éducatif de son personnage.

Ce passage introduit la réflexion morale sur l’amour qui est au centre du roman. L’amour apparaît comme incompatible avec la vertu, à moins de s’accomplir dans le mariage. « Les engagements », c’est-à-dire les relations amoureuses hors mariage sont associées aux « tromperies » des hommes et aux « malheurs domestiques » : les femmes ont tout à y perdre selon Madame de Chartres. L’amour est ainsi mis du côté du danger et du « malheur », tandis que la vertu est associée à la « tranquillité » et à « l’élévation ».

Une héroïne idéalisée (l. 27-36)

La fin de l’extrait se recentre sur Mademoiselle de Chartres.

Il y est question des « mariages » qu’on lui a déjà proposés. L’exigence de sa mère, qualifiée d’« extrêmement glorieuse », vient renforcer le portrait flatteur de la jeune fille, « un des plus grands partis qu’il y eût en France ».

C’est seulement à cet endroit que le lecteur apprend l’âge de la jeune fille (« dans sa seizième année »), et que le personnage est finalement nommé.

L’arrivée de la jeune fille à la cour conduit à la rencontre avec le « vidame de Chartres », personnage haut placé, et déjà mentionné au début du texte. C’est à travers son regard que le portrait physique de la jeune femme est complété. L’héroïne se distingue par une perfection que signalent les hyperboles (« un éclat que l’on n’a jamais vu qu’à elle ») et les pluriels (« tous ces traits », « charmes »). Le portrait reste abstrait : il insiste davantage sur la « grâce » de la jeune fille et la surprise que sa beauté suscite que sur le détail de ses « traits ». Cela permet au lecteur de se constituer une image idéalisée du personnage.

Conclusion

[Faire le bilan de l’explication] L’entrée en scène du personnage principal dans le roman coïncide avec son arrivée à la cour, qui sera le décor de ses mésaventures. Le lecteur découvre une héroïne idéale, dont l’éducation hors du commun sera cependant mise à l’épreuve par l’expérience de la passion amoureuse. Ce portrait initial de l’héroïne introduit les principaux enjeux du roman, tant au niveau de l’intrigue que de la réflexion morale. En outre, la future Princesse de Clèves est d’emblée présentée comme une femme sur laquelle pèsent le regard à la fois admiratif et envieux de la Cour royale et le souvenir d’une mère vertueuse. Les principaux obstacles à la passion amoureuse sont ainsi installés dès l’apparition du personnage.

[Mettre l’extrait en perspective] La vision de l’amour et de la vertu qui y transparaît situe le roman et son autrice dans une morale janséniste, caractérisée par la rigueur et le pessimisme.

2. La question de grammaire

La première phrase comprend six verbes conjugués : elle est donc composée de six propositions :

[Il  parut  alors une beauté à la cour], [qui  attira  les yeux de tout le monde], et [l’on  doit  croire] [que c’ était  une beauté parfaite], [puisqu’elle  donna  de l’admiration dans un lieu] [où l’on  était  si accoutumé à voir de belles personnes].

On distingue ainsi :

une proposition principale suivie d’une proposition subordonnée relative introduite par le pronom relatif qui, complétant le nom « beauté » ;

une autre proposition principale coordonnée suivie d’une proposition subordonnée complétive introduite par la conjonction de subordination que, qui complète le verbe de la principale et qui contient une proposition subordonnée circonstancielle de cause introduite par la conjonction puisque, ayant la fonction de complément circonstanciel du verbe principal laquelle contient une proposition subordonnée relative introduite par le pronom relatif où, laquelle complète le nom « lieu ».

Des questions pour l’entretien

Lors de l’entretien, vous devrez présenter une autre œuvre que vous avez lue au cours de l’année. L’examinateur introduira l’échange et peut vous poser des questions sous forme de relances. Les questions ci-dessous ont été conçues à titre d’exemples.

1 Sur votre dossier est mentionnée la lecture cursive d’un autre roman : Le Ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras. Pouvez-vous le présenter brièvement ?

2 Que pensez-vous de l’héroïne du roman ?

3 Avez-vous apprécié cette lecture ? Que vous a-t-elle apporté en complément de celle de La Princesse de Clèves ?

4 Pouvez-vous comparer la vision de l’amour présente dans ces deux romans ?