Molière, L'École des femmes, I, 1

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Molière, L’École des femmes – Comédie et satire (bac 2020) - Molière, L’École des femmes – Comédie et satire
Type : Sujet d'oral | Année : 2019 | Académie : Inédit

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Sujet d’oral • Explication & entretien

Molière, L’École des femmes, acte I, scène 1

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.

Puis expliquez-le.

DOCUMENT

Arnolphe

Épouser une sotte est pour n’être point sot.

Je crois, en bon chrétien, votre moitié fort sage ;

Mais une femme habile est un mauvais présage ;

Et je sais ce qu’il coûte à de certaines gens

Pour avoir pris les leurs avec trop de talents.

Moi, j’irais me charger d’une spirituelle

Qui ne parlerait rien que cercle1 et que ruelle2,

Qui de prose et de vers ferait de doux écrits,

Et que visiteraient marquis et beaux esprits,

Tandis que, sous le nom du mari de Madame,

Je serais comme un Saint que pas un ne réclame3 ?

Non, non, je ne veux point d’un esprit qui soit haut ;

Et femme qui compose en sait plus qu’il ne faut.

Je prétends que la mienne, en clartés4 peu sublime,

Même ne sache pas ce que c’est qu’une rime ;

Et s’il faut qu’avec elle on joue au corbillon5

Et qu’on vienne à lui dire à son tour : « Qu’y met-on ? »

Je veux qu’elle réponde : « Une tarte à la crème » ;

En un mot, qu’elle soit d’une ignorance extrême ;

Et c’est assez pour elle, à vous en bien parler,

De savoir prier Dieu, m’aimer, coudre et filer.

Chrysalde

Une femme stupide est donc votre marotte6 ?

Arnolphe

Tant, que j’aimerais mieux une laide bien sotte

Qu’une femme fort belle avec beaucoup d’esprit.

Molière, L’École des femmes, acte I, scène 1, 1662.

1. Cercle : réunion mondaine

2. Ruelle : 1. espace entre le lit et le mur – 2. réunion littéraire chez une femme.

3. Personne ne ferait attention à moi (littéralement : « Je serais comme un Saint qui ne guérit de rien et que personne ne prie »).

4. Clartés de l’esprit : ensemble de connaissances, science.

5. Corbillon : jeu de société où, à la phrase « Je vous passe mon corbillon », suivie de la question « Qu’y met-on ? » les joueurs doivent répondre par des mots terminés en -on.

6. Avoir une marotte (au sens fig.) : avoir une obsession, une idée fixe.

2. question de grammaire. Vers 87 à 92 : analysez le temps et le mode des verbes conjugués et indiquez-en la valeur.

CONSEILS

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Ayez les caractéristiques des deux personnages bien à l’esprit : Arnolphe est un vieux barbon jaloux ; Chrysalde, un ami clairvoyant.

Faites également attention à bien dire les vers :

vous devez faire entendre les 12 syllabes composant chaque alexandrin : pensez à prononcer le e quand il compte dans la mesure du vers, en fin de mot (v. 83 être/v. 86 : « à de certaines gens ») ;

au vers 88, attention à la diérèse (on prononce deux syllabes au lieu d’une) : spi/ri/tu/elle ;

veillez également à bien faire les liaisons (« Épouser une sotte... », « Mais une femme habile est un mauvais présage », etc.) Notez-les au crayon sur votre texte.

Dégager l’enjeu du texte

L’extrait consiste principalement en une tirade d’Arnolphe : retrouvez-en les deux moments principaux : une critique de femmes d’esprit puis l’éloge de la femme sotte. Montrez comment Chrysalde pousse Arnolphe jusqu’au bout de son raisonnement.

Que cherche Arnolphe en se mariant ? Que redoute-t-il le plus ? Tout au long de votre explication, vous devez vous efforcer de montrer comment cette tirade contribue à faire d’Arnolphe un personnage de comédie.

2. La question de grammaire

Dans cette phrase complexe, faites d’abord un relevé de tous les verbes. Après avoir donné leur mode et leur temps, réfléchissez bien à leur valeur, c’est-à-dire à ce qu’ils expriment.

Corrigé

PRÉSENTATION

1. L’explication de texte

Introduction

[Présenter le contexte] Avec L’École des femmes, Molière propose sa première « grande comédie » : il y utilise les procédés comiques de la farce mais donne aux personnages une profondeur psychologique nouvelle.

[Situer le texte] Arnolphe, homme déjà âgé, vient d’annoncer à son ami Chrysalde qu’il compte épouser une très jeune fille qu’il a élevée sans instruction, à l’écart du monde, pour la préserver, selon lui, de toute tentation. Chrysalde lui explique qu’il vaut mieux faire confiance à l’intelligence des femmes.

[En dégager l’enjeu] Cet extrait de la scène d’exposition permet de mieux faire connaissance avec Arnolphe, d’appréhender sa vision de l’éducation des femmes, thème majeur de la pièce. Ces quelques vers donnent aussi le ton de la pièce : une comédie qui emprunte à la farce et à la comédie de caractère.

Explication au fil du texte

Une critique des femmes d’esprit (v. 1-13)

« Épouser une sotte est pour n’être point sot » : l’adjectif « sot » a déjà été employé deux fois dans les vers qui précèdent avec le sens de « naïf » : Chrysalde considère comme « sot » de vouloir surveiller une femme, Arnolphe appelle « sots » les maris trop conciliants. Ici l’adjectif est aussi employé avec une autre acception : est « sotte » une femme qui n’a pas eu d’instruction. Le parallélisme crée un effet comique et introduit le thème de l’éducation des femmes.

À la femme sotte s’oppose la femme « habile ». Celle-ci se définit par son esprit (« une spirituelle »), perçu comme un poids par Arnolphe (« me charger »). Le comique de caractère est construit sur la peur qu’a ce vieillard jaloux d’être dominé par une femme éduquée, maîtrisant à la fois « prose » et « vers », mais aussi l’art de plaire par ses « doux écrits ».

Arnolphe craint par-dessus tout d’être cocu. Les mots de « cercle » et surtout de « ruelle » renvoient au monde de la galanterie auxquels font écho les « marquis » et les « beaux esprits » (v. 9). À cette crainte s’ajoute celle du ridicule social : « le mari de Madame », et même de l’effacement complet « un saint que pas un ne réclame ».

Le type interrogatif et l’utilisation du conditionnel (v. 6-11) traduisent chez Arnolphe le refus et l’indignation à l’idée d’une telle situation.

Les deux vers qui concluent sa critique des femmes d’esprit sont explicites. L’adverbe de négation « non », mis en valeur par sa position en début de vers, est répété. Arnolphe passe du conditionnel à l’indicatif, de l’interrogation à l’affirmation : « je ne veux point ». Son choix personnel devient une vérité générale.

L’éloge de la femme sotte (v. 14-21)

Après avoir longuement expliqué ce qu’il ne veut pas, Arnophe fait ensuite à Chrysalde l’éloge de la femme sotte. Sa démonstration reprend les éléments de la critique qui précède : « une rime » fait écho aux « doux écrits ».

Le premier critère d’Arnolphe pour choisir une femme est son ignorance : « même ne sache pas ». Le comique est fondé ici sur l’exagération : « en clartés peu sublime » est une litote.

Arnolphe choisit ensuite un exemple très quotidien, le corbillon, qui montre comme idéal une femme complètement idiote. Le procédé comique est double : le spectateur rit de l’énormité de la situation décrite – une femme suffisamment stupide pour ne pas comprendre la consigne la plus simple. Il rit aussi de la folie d’Arnolphe qui propose cet exemple.

des points en +

Dans La Critique de l’École des femmes, Molière met en scène, pour s’en moquer, les détracteurs de la pièce. Parmi les reproches, il y a celui d’utiliser des mots trop peu littéraires et « tarte à la crème » est cité comme exemple.

Au vers 21, Arnolphe rappelle ensuite les devoirs des jeunes filles au XVIIe siècle : leur éducation les prépare à « savoir prier Dieu, m’aimer, coudre et filer ». En mettant ces mots dans la bouche d’un barbon jaloux et en en dénonçant le ridicule, Molière adopte le point de vue d’un « honnête homme » ennemi des excès qui ne peut souffrir que l’on réduise une femme (« et c’est assez pour elle ») à l’« une ignorance extrême ».

L’épouse idéale selon Arnolphe (v. 22-24)

Par la question qu’il pose, Chrysalde, le personnage qui, dans la pièce, incarne la mesure et le bon sens de l’honnête homme, jette une lumière crue sur le personnage d’Arnolphe. Il le rejette du côté de l’extravagance, à travers le mot « marotte », qui désigne un attribut des bouffons.

La réponse d’Arnolphe confirme cet avis. Il répète sa détestation des femmes instruites, avec deux adverbes d’intensité : « bien sotte » et « beaucoup d’esprit ». Et sa peur du cocuage l’amène à éliminer dans le choix d’une future femme tout jeu de séduction : cette conclusion absurde nourrit le comique de caractère.

Conclusion

[Faire le bilan de l’explication] Dans cet extrait de la scène d’exposition, Molière commence à dessiner le personnage, emprunté au monde de la farce, du vieux barbon jaloux et ridicule qu’est Arnolphe. Il introduit également le thème de l’éducation des femmes, en débat dans la société mondaine de son temps.

[Mettre l’extrait en perspective] Cette comédie en cinq actes et en alexandrins subit des critiques, notamment en raison de cette alliance d’une forme très littéraire avec un contenu parfois proche de la farce. Mais pour Molière, soutenu par Louis XIV, c’est le véritable début d’un succès qui ne s’est jamais démenti.

2. La question de grammaire

« Moi, j’irais me charger d’une spirituelle

Qui ne parlerait rien que cercle et que ruelle,

Qui de prose et de vers ferait de doux écrits,

Et que visiteraient marquis et beaux esprits,

Tandis que, sous le nom du mari de Madame,

Je serais comme un saint que pas un ne réclame ? »

des points en +

Le conditionnel présent permet aussi ici pour Arnolphe d’exprimer son indignation à l’idée d’être marié à une femme instruite.

Les verbes « irais », « parlerait » « ferait » « visiteraient » et « serais » sont au conditionnel présent. Ils expriment un fait hypothétique.

Le verbe « réclame » est au présent de l’indicatif. Il exprime une vérité générale.

Des questions pour l’entretien

Lors de l’entretien, vous devrez présenter une autre œuvre que vous avez lue au cours de l’année et expliquer les raisons de votre choix. L’examinateur vous posera des questions sous forme de relances. Les questions ci-dessous ont été conçues à titre d’exemples.

1 Vous avez choisi pour l’entretien une autre pièce de théâtre : Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais. Quels arguments donneriez-vous à un ami pour l’inciter à lire cette œuvre ?

2 Comment expliquez-vous le titre complet de la pièce : La Folle Journée ou le Mariage de Figaro ?

3 Comment le thème de la condition de la femme y apparaît-il ? Quels rapprochements pourriez-vous faire avec L’École des femmes ?