Molière, L'École des femmes, II, 5

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Molière, L’École des femmes – Comédie et satire (bac 2020) - Molière, L’École des femmes – Comédie et satire
Type : Sujet d'oral | Année : 2019 | Académie : Inédit

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Sujet d’oral • Explication & entretien

Molière, L’École des femmes, acte II, scène 5

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.

Puis expliquez-le.

DOCUMENT

Arnolphe

Non. Mais de cette vue apprenez-moi les suites,

Et comme le jeune homme a passé ses visites.

Agnès

Hélas ! si vous saviez comme il était ravi,

Comme il perdit son mal sitôt que je le vis,

Le présent qu’il m’a fait d’une belle cassette,

Et l’argent qu’en ont eu notre Alain et Georgette,

Vous l’aimeriez sans doute et diriez comme nous…

Arnolphe

Oui. Mais que faisait-il étant seul avec vous ?

Agnès

Il jurait qu’il m’aimait d’une amour sans seconde,

Et me disait des mots les plus gentils du monde,

Des choses que jamais rien ne peut égaler,

Et dont, toutes les fois que je l’entends parler,

La douceur me chatouille et là-dedans remue

Certain je ne sais quoi dont je suis toute émue.

Arnolphe, à part.

Ô fâcheux examen d’un mystère fatal,

Où l’examinateur souffre seul tout le mal !

À Agnès.

Outre tous ces discours, toutes ces gentillesses,

Ne vous faisait-il point aussi quelques caresses ?

Agnès

Oh tant ! Il me prenait et les mains et les bras,

Et de me les baiser il n’était jamais las.

Arnolphe

Ne vous a-t-il point pris, Agnès, quelque autre chose ?

La voyant interdite.

Ouf !

Agnès

Hé ! il m’a…

Arnolphe

Quoi ?

Agnès

Pris…

Arnolphe

Euh !

Agnès

Le…

Arnolphe

Plaît-il ?

Agnès

Je n’ose,

Et vous vous fâcherez peut-être contre moi.

Arnolphe

Non.

Agnès

Si fait.

Arnolphe

Mon Dieu, non !

Agnès

Jurez donc votre foi.

Arnolphe

Ma foi, soit.

Agnès

Il m’a pris… Vous serez en colère.

Arnolphe

Non.

Agnès

Si.

Arnolphe

Non, non, non, non. Diantre, que de mystère !

Qu’est-ce qu’il vous a pris ?

Agnès

Il…

Arnolphe, à part.

Je souffre en damné.

Agnès

Il m’a pris le ruban que vous m’aviez donné.

À vous dire le vrai, je n’ai pu m’en défendre.

Arnolphe, reprenant haleine

Passe pour le ruban. Mais je voulais apprendre

S’il ne vous a rien fait que vous baiser les bras.

Molière, L’École des femmes, acte II, scène 5, 1662.

2. question de grammaire.

Repérez le sujet du vers 6 : « Et l’argent qu’en ont eu notre Alain et Georgette » et justifiez sa position.

CONSEILS

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Avant de lire, rappelez-vous bien quelles sont les caractéristiques des personnages : l’extrême naïveté d’Agnès, la jalousie d’Arnolphe.

Respecter la ponctuation et notamment les points de suspension.

Situer le texte, en dégager les enjeux

Ces vers font-ils progresser l’intrigue ?

Que nous révèlent-ils sur les personnages ?

Quel est le principal ressort comique ici ?

2. La question de grammaire

Repérez d’abord le verbe puis posez-vous la question : « Qui est-ce qui ? » pour trouver le sujet.

Corrigé

Présentation

1. L’explication de texte

Introduction

[Présenter le contexte] Avec L’École des femmes (1662), Molière propose sa première « grande comédie », dans laquelle il utilise les procédés comiques de la farce mais donne aux personnages une profondeur psychologique nouvelle.

[Situer le texte] Arnolphe, homme déjà âgé veut épouser sa jeune et naïve pupille, Agnès, qu’il a élevée loin du monde. À la fin de l’acte I, Horace, le fils d’un de ses amis lui a avoué en toute innocence qu’il était amoureux de la jeune fille et qu’il lui avait rendu visite. Arnolphe, sans se dévoiler mais fou de jalousie, interroge Agnès pour en savoir plus.

[En dégager les enjeux] Cet extrait de la scène 5 de l’acte II permet de faire progresser l’intrigue, d’approfondir notre connaissance des personnages et donne à voir la diversité des procédés comiques utilisés par Molière.

Explication au fil du texte

Un début d’aveu (v. 1-14)

Arnolphe répond brièvement à la question d’Agnès. Ce n’est pas ce qu’a dit la jeune fille qui l’inquiète, mais ce qu’elle n’a pas dit. Il veut tout connaître des circonstances : « les suites », c’est-à-dire les actions qui suivent mais aussi les conséquences, et la manière : « comme ».

La réponse naïve d’Agnès est de nature à augmenter encore l’angoisse d’Arnolphe. Elle emploie ainsi sans le savoir, en reprenant les mots d’Horace, le vocabulaire du registre amoureux : « ravi », « mal » qu’Arnolphe et le spectateur traduisent par « séduit » et « mal d’amour ». Elle décrit aussi un coup de foudre : « sitôt que je le vis ». Et la cassette est un objet dont l’usage est de conserver ce qui est précieux : allusion grivoise à la virginité d’Agnès.

L’affaire par ailleurs semble bien avancée : les valets ont été soudoyés (« l’argent qu’en ont eu notre Alain… ») et sont désormais complices, Agnès parle d’eux à la première personne du pluriel (« comme nous » v. 7).

Au vers 8, Arnolphe interrompt Agnès. Il pose une question directe, presque brutale « que faisait-il ». La fin de la question est un reproche : « seul avec vous » (v. 8).

La réponse d’Agnès est comique par contraste. En toute innocence, la jeune fille alimente la jalousie d’Arnolphe. Il lui demande une description factuelle, elle répond par un discours enthousiaste, lyrique et hyperbolique : « une amour sans seconde » (v. 9), « les plus gentils du monde » (v. 10), « que jamais rien ne peut égaler » (v. 11).

Mieux, elle évoque le plaisir que lui procurent les discours d’Horace : « douceur », « chatouille » (employé fréquemment au xvie siècle avec un sens érotique), « là-dedans remue ». On n’est pas dans la raison et l’explication mais au contraire dans l’instinct : « toute émue » et l’inexprimable, le « je ne sais quoi ». Ce qui conduit Arnolphe à aller plus loin dans son investigation (v. 13-14).

Un interrogatoire plus poussé (v. 15-22)

L’aparté d’Arnolphe fait écho à la scène 7 de l’acte I dans laquelle il dit à la fois sa volonté et sa crainte de savoir la vérité. Mais le besoin de savoir précisément les choses l’emporte : « examen », (v. 15) « examinateur » (v. 16) renvoient à l’idée d’une recherche exacte. Des mots appartenant au champ lexical du malheur les accompagnent : « fâcheux », « fatal », « souffre », « mal ».

Arnolphe pousse donc son enquête dans la direction qu’il redoute, avec une gradation explicite : « discours », « gentillesses », « caresses » (v. 17). La forme interro-négative est faite pour pousser Agnès à l’aveu.

La réponse d’Agnès va au-delà des craintes d’Arnolphe. « Tant » (v. 19) est un adverbe d’intensité. La suite développe l’idée : énumération des faits avec la répétition de la conjonction « et », utilisation du vocabulaire de la sensualité : « mains », « bras », « baiser » (v. 19, 20) Agnès insiste sur la durée et la répétition des faits avec la litote : « Il n’était jamais las », et l’utilisation de l’imparfait : « était ».

L’interrogatoire se poursuit avec une nouvelle utilisation et de la forme interro-négative, avec le même effet attendu (v. 21). Le verbe « pris » est explicite mais la bienséance et la crainte de la vérité obligent Arnolphe à rester dans le flou. La tension atteint son apogée.

La réaction d’Agnès, ou plutôt son absence de réaction semble mettre provisoirement fin à l’angoisse d’Arnolphe : « ouf ! », tout en ajoutant encore, par le comique de geste (« interdite »), à la puissance comique de la scène : comique de situation, comique de caractère (jalousie d’Arnolphe, innocence d’Agnès), comique de mots (double sens).

Le supplice du ruban (v. 22-31)

Le dialogue haché, les points de suspension traduisent la crainte d’Agnès et l’état de fébrilité d’Arnolphe.

des points en +

Jugé contraire à la morale, ce « le » est commenté dans La Critique de L’École des femmes, pièce dans laquelle Molière met en scène avec malice les détracteurs de sa pièce : « obscénité » pour Climène, simple ruban pour Uranie qui accuse son amie d’avoir l’esprit mal tourné.

Un simple mot, le pronom « le », (v. 22) provoque à lui seul en effet extraordinaire. C’est le point de départ du quiproquo grivois sur lequel se fondent les vers suivants.

Le comique se nourrit ici de l’opposition entre les enjeux des deux personnages. Agnès est une enfant qui a peur de se faire gronder : « vous vous fâcherez (v. 24), « vous serez en colère » (v. 25) Arnolphe veut savoir, lui, si elle a perdu sa virginité.

Les vers 22 à 28, par la brièveté des répliques, marquent une accélération du rythme, épuisant moralement et même physiquement pour Arnolphe : « reprenant haleine ».

C’est qu’Agnès a enfin fini, au vers 18, la phrase commencée dix-huit répliques plus haut ! Les phrases s’allongent, les points de suspension disparaissent et Arnolphe reprend là où il avait laissé la conversation : le vers 31 fait écho au début d’aveu du vers 19 (« baiser les bras »).

Conclusion

[Faire le bilan de l’explication] À la fin la scène, Arnolphe est un peu rassuré et l’intrigue peut reprendre son cours. Il n’a pas perçu qu’Agnès est déjà amoureuse, que son cœur est pris, ce que symbolise le ruban dérobé par Horace. Agnès quant à elle, met à mal les théories de son tuteur sur la sottise des femmes et semble avoir compris sans l’avoir étudié, ce qu’est l’amour. L’équivoque grivois du ruban met en jeu tous les ressorts du comique : mots, geste, situation et caractère.

[Mettre l’extrait en perspective] Ces quelques vers sont particulièrement caractéristiques de la « grande comédie » classique : la bienséance est respectée sans que la farce soit absente.

2. La question de grammaire

Le sujet du verbe « ont eu » est « notre Alain et Georgette ». C’est un sujet inversé.

L’inversion du sujet n’est pas obligatoire ici. C’est un effet de style, une possibilité dont se sert Molière pour mettre en valeur les personnages d’Alain et Georgette.

Des questions pour l’entretien

Lors de l’entretien, vous devrez présenter une autre œuvre que vous avez lue au cours de l’année et expliquer les raisons de votre choix. L’examinateur vous posera des questions sous forme de relances. Les questions ci-dessous ont été conçues à titre d’exemples.

1 Vous avez choisi pour l’entretien une autre pièce de Molière, L’Avare : comment pourriez-vous résumer l’intrigue ?

2 En quoi peut-on dire que L’Avare respecte les codes du classicisme ?

3 Qui est le personnage principal ? Comparez-le avec Arnolphe.