Molière, Le Bourgeois gentilhomme, acte III, scène 3

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation - Le commentaire littéraire
Type : Commentaire littéraire | Année : 2011 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Dispute et comique
 
 

Dispute et comique

Corrigé

14

Le théâtre

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Sujet inédit

le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Commentaire

> Vous ferez le commentaire du texte de Molière en vous aidant du parcours de lecture suivant :

a) Étudiez comment est présenté l’affrontement entre les trois personnages.

b) Montrez comment M. Jourdain est ridiculisé dans cette scène ?

Trouver les idées directrices

  • Appuyez-vous sur les pistes données dans le sujet.
  • Pour alimenter vos axes, faites aussi la « définition » du texte.

Scène de comédie de caractère (genre), qui oppose un bourgeois à sa femme et sa servante (thème), comique, satirique (registres), contrastée (adjectif) pour faire rire le public et caricaturer un bourgeois qui veut faire le gentilhomme (buts).

Pistes de recherche

Première piste : un vif affrontement

  • Identifiez les « camps » en présence et les acteurs de cet affrontement.
  • Comparez, sur ces différents points, les partis en présence, dites ce qui les oppose.
  • Vous devez, pour cela, identifier et commenter les différents procédés dramatiques (= propres au théâtre) auxquels recourt Molière pour donner de la vivacité à cet affrontement (modalités des phrases, succession et longueur des répliques, vocabulaire, etc.).
  • Vous pouvez conclure sur la portée comique de l’affrontement, de façon à ménager une transition vers la deuxième question qui porte sur un aspect précis de ce comique.

Deuxième piste : la caricature de M. Jourdain
et la visée satirique de la scène

  • La question porte sur la caricature du personnage principal.
  • Cherchez quels sont les travers de M. Jourdain mis en relief.
  • Identifiez les procédés par lesquels Molière accentue ces traits pour les rendre risibles (effets de décalage, vocabulaire péjoratif, effets de contraste, types et longueur des interventions de M. Jourdain, etc.).
  • Imaginez que vous assistez à la représentation : quelles seraient vos réactions ?

> Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

> Le théâtre : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] L’affrontement, et plus spécialement la scène de ménage, est un ressort traditionnel de la comédie, dont Molière, dès ses premières farces (comme Le Médecin malgré lui, par exemple), a tiré profit.

[Présentation du texte] Plus tard, dans ses comédies d’une plus grande ampleur, il continue d’utiliser cet ingrédient dramatique infaillible pour faire rire son public. Ainsi, dans Le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet en cinq actes, il met en scène un riche bourgeois qui s’est mis en tête d’imiter les aristocrates et, pour cela, prend des « leçons » de philosophie, de musique, de danse, d’armes. Dans la scène 3 de l’acte III, M. Jourdain doit faire face aux reproches exaspérés de sa femme et de sa servante Nicole.

[Annonce des axes] La scène prend toute son efficacité d’abord par la vivacité de l’affrontement, mais aussi par son comique de caractère.

Un vif affrontement

La scène est dynamisée par la confrontation de personnalités tranchées et des manières de parler contrastées.

1. Une scène de ménage : mari et femme

La scène présente le schéma traditionnel de la scène de ménage qui oppose un couple : les deux personnages prennent d’ailleurs le soin de préciser eux-mêmes, au détour des répliques, leur statut de « mari » (« Qu’est-ce donc, mon mari que cet équipage-là ? », l. 1) et de « femme » (« Taisez-vous, […], ma femme », l. 31). Leurs rapports conflictuels se traduisent par divers procédés dramatiques propres au dialogue.

  • La modalité des phrases et la longueur des répliques révèlent la supériorité de Mme Jourdain. Dès sa première réplique, sur un ton très vif dont témoignent la double interjection « ah ! ah ! » (l. 1) et le vif présentatif « voici », elle assaille son mari de questions, sans lui laisser le temps de répondre. À la fin de l’extrait, c’est encore elle qui pose les questions, mais cette fois-ci sur un ton particulièrement ironique : « Est-ce que vous voulez apprendre à danser pour quand vous n’aurez plus de jambes ? » (l. 32). Avec fermeté, Mme Jourdain affirme son ascendant : ses répliques deviennent de plus en plus longues, celles de M. Jourdain s’amenuisent.
  • Mme Jourdain recourt à des termes péjoratifs pour qualifier le comportement de son mari : elle parle de « vacarmes » pour désigner la musique, affirme qu’on « se raille partout » (l. 4) de lui, que « le voisinage se trouve incommodé » (l.16). Certaines de ses images pittoresques sont dégradantes pour son mari : le voici « enharnach[é] » comme un cheval d’ « équipage » ! Enfin elle lui reproche son âge (« à l’âge que vous avez », l. 27).

2. Deux camps déséquilibrés : un homme contre deux femmes

Dans cet affrontement, le déséquilibre entre les deux camps s’intensifie au cours de la scène, du fait de la présence de la servante Nicole.

  • Nicole prend le relais dans les hostilités : elle aussi pose des questions, recourt à des termes péjoratifs, mais sur le mode familier : tout un « attirail de gens » (l. 18) lui « crotte » (l. 21) son ménage, elle s’apitoie sur la femme de ménage, Françoise, qui est « sur les dents » (l. 20) à force de frotter. La longueur de ses interventions dépasse de loin celle de M. Jourdain, qui est pourtant son maître.
  • Et les deux femmes font front commun et se soutiennent l’une l’autre : « Madame parle bien » (l. 17), « Nicole a raison » (l. 25). À la fin de la scène, leurs répliques se complètent (Mme Jourdain : « ce que vous pensez faire d’un maître à danser », Nicole : « et d’un grand maître tireur d’armes » l. 26 et 28) ou se font écho (« Est-ce que vous voulez apprendre à danser ? », l. 32 ; « Est-ce que vous avez envie de tuer quelqu’un ? », l. 34), le plus souvent sur le même mode ironique.
  • On assiste ici à la victoire de la femme sur son mari mais aussi de la servante sur son maître.La défaite de M. Jourdain dans cet affrontement se marque par le fait qu’il ne peut plus parler et que sa seule défense, bien peu convaincante, est d’imposer le silence pour couper court à toute discussion et de rappeler qu’il est, arbitrairement, le maître dans le couple et dans le groupe social (« Taisez-vous, ma servante, et ma femme », l. 31).

II. La caricature d’un personnage ridicule

Un affrontement en soi ne prête pas à rire, surtout s’il est tendu. Pourtant la scène est amusante : c’est en fait M. Jourdain, qui est le personnage comique de cette confrontation. Comment Molière ridiculise-t-il son personnage et dans quel but ?

1. Comique de décalage et effets de contraste

  • Mme Jourdain et Nicole se moquent de M. Jourdain en mettant en évidence le décalage entre ses prétentions aristocratiques d’une part (apprentissage de la danse, de la musique, des armes, habillement extravagant et chargé) et, d’autre part, son fond résolument bourgeois et son âge avancé.
  • Pour mieux souligner l’excentricité du personnage, Mme Jourdain oppose les excès de son mari à la sagesse de gens « normaux » de son voisinage « qui a raison et qui est plus sage » ou encore de sa simple servante, qui elle aussi « a raison », dont le « sens est meilleur » et dont elle fait l’éloge. Ces tableaux en contraste mettent en relief la folie du bourgeois.
  • De même l’opposition entre l’aspiration à la « culture » de M. Jourdain et les préoccupations domestiques terre-à-terre et réalistes de Nicole renforce encore le ridicule du personnage.

2. Le regard des autres

Molière fait percevoir et mesurer le ridicule de M. Jourdain de façon indirecte, à travers ce que sa femme révèle du regard que les autres portent sur lui, comme un miroir qu’elle lui tend. Elle souligne ainsi que sa folie est la risée de tous (« on se raille partout de vous », « vos façons de faire donnent à rire à tout le monde » l. 4 et 8).

3. Le comique de caractère :
excès, faiblesse et ambition ridicules

Enfin, le portrait de M. Jourdain dressé par les deux femmes comme ses répliques font de lui un personnage caricatural risible.

  • Cheval de parade « enharnach[é] » (l. 3), personnage de carnaval, ou vieillard (« à l’âge que vous avez », l. 27) futur cul de jatte, ou encore futur assassin (« tuer quelqu’un », l. 34), le personnage se transforme de façon pittoresque tout au long de la scène.
  • Son incapacité à se défendre face à ses interlocutrices révèle, sous ses dehors autoritaires, sa faiblesse. Ses répliques sont courtes, répétitives et ses accès d’autorité inopérants : (il multiplie les impératifs et notamment « taisez-vous » (l. 31 et 35), ce qui n’empêche pas les deux femmes de parler ; son agressivité croissante se traduit par des injures stériles (« sots, sottes », « ignorantes », l. 5 et 35).
  • Derrière ce portrait, Molière fait la satire de certains personnages ambitieux de son siècle qui, désireux de sortir de leur condition, renient leur rang social, aspirent à devenir « gentilshommes » grâce à de « biaux maîtres » (l. 21), et en viennent à mépriser leur entourage, alors même qu’ils manquent de finesse (M. Jourdain utilise lui aussi des expressions familières comme « caquet bien affilé », l. 23).

Conclusion

Si le lecteur perçoit la portée comique de cette scène de ménage, il ne faut pas oublier que son efficacité tient aussi à la représentation qui ajoute au comique du texte les effets visuels scéniques : l’accoutrement de M. Jourdain chargé de rubans et d’ornements, sa silhouette pataude, ses mimiques, en contraste avec l’allure fruste de Nicole, rendent le personnage encore plus ridicule et l’affrontement plus divertissant. Car, comme le dit Molière, « les comédies ne sont faites que pour être jouées ».