Annale corrigée Ecriture d'invention Ancien programme

Momo retourne explorer la cave de Madame Rosa

LE ROMAN

Les lieux, miroirs des sentiments… • Invention

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8

Afrique • Juin 2017

Le personnage de roman • 14 points

Les lieux, miroirs des sentiments des personnages

Écriture d'invention

Momo retourne explorer la cave de Madame Rosa. Il raconte dans son journal intime ce qu'il y a découvert en exprimant ses sensations et ses sentiments. Votre texte comportera au moins une quarantaine de lignes.

Le candidat peut s'appuyer sur les textes du corpus.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre du texte : « journal intime ».

Respectez-en les caractéristiques formelles (date précise, 1re personne du singulier, vocabulaire affectif ou exprimant la réflexion).

Sujet : « ce qu'il y [dans la cave] a découvert », « ses sensations, ses sentiments »

Type de texte : « raconte », « il y a découvert » le texte sera narratif.

Situation d'énonciation : qui ? « Momo » ; à qui ? à lui-même.

Niveau de langue : celui de Momo dans le texte de Romain Gary.

Registre : non précisé, donc au choix ; il peut être lyrique ou pathétique.

Caractéristiques du texte à produire, définies à partir de la consigne.

Extrait de journal intime (genre) de Momo (situation d'énonciation/auteur) qui raconte (type de texte) la découverte d'un lieu secret (thème), qui rend compte (type de texte) de ses sensations/sentiments (thème) pour garder le souvenir de son séjour et réfléchir sur l'homme (buts).

Chercher des idées

Les contraintes

Vous devez respecter :

le nom, l'identité des personnages, leurs relations ;

les circonstances spatio-temporelles, autrement dit le lieu (situation, configuration, mobilier) et l'époque, après la Seconde Guerre mondiale (« Auschwitz ») et avant 1976 (date de parution du roman) ;

la façon de s'exprimer et la personnalité de Momo telles qu'elles apparaissent dans le texte (Momo est « jeune », il a donc entre 11 et 14 ans).

Il vous reste ensuite des choix à faire sur le fond et la forme.

Le fond

Chaque élément choisi peut être le départ d'une analyse de soi, d'une réflexion sur Madame Rosa ou sur les hommes en général. Les sentiments de Momo (curiosité, peur, perplexité, tristesse, admiration, solitude), son respect de la promesse faite à Madame Rosa, sa sollicitude envers elle traduisent sa personnalité. Des notations sensorielles (froid, bruits, odeurs) peuvent refléter les sensations de Momo.

La forme

Analysez précisément la façon de parler de Momo. Son niveau de langue est familier : « Pourquoi vous y venez des fois… », « Ah bon, ça va », « des trucs ». Il oublie des négations : « Ça, j'ai jamais oublié ». Son expression est vive et imagée : « des pierres qui montraient les dents »…

Corrigé

Vendredi 14 mai 1971

J'ai promis à Madame Rosa de jamais en parler à personne. Khaïrem. Donc j'en parle pas, et j'en parlerai jamais. Et puis, c'est pas comme si je le disais à quelqu'un : si c'est à moi que je parle, alors j'en parle pas vraiment. J'écris, c'est tout.

Tout à l'heure, je suis redescendu dans la cave de Madame Rosa. Enfin, dans le « trou juif ». Je sais pas ce que c'est, un « trou juif ». Je suis même pas sûr que ça ait vraiment un sens, et de toute façon, c'est pas par pure curiosité que j'y suis allé. Si c'est là où Madame Rosa va se cacher quand elle a peur, il fallait que je vérifie qu'elle y est bien, c'est tout. Elle aura jamais l'ascenseur qu'elle mérite, c'est sûr ; mais je voulais être certain qu'elle avait au moins un bon endroit où se réfugier.

Cette fois-ci, j'ai attendu qu'elle soit partie pour un bout de temps, histoire qu'elle m'attrape pas. Dix minutes après qu'elle est partie, j'ai pris la clef de la cave et puis je suis descendu. Quand j'ai ouvert la porte, elle a un peu craqué, donc j'avais peur que quelqu'un m'entende, mais personne n'est venu. Alors j'ai refait le tour de la cave.

J'avais rien trouvé hier, j'ai rien trouvé ce soir. En tout cas, rien qui me fasse comprendre ce que ça veut dire « trou juif ». Mais comme je disais, j'étais pas seulement curieux. D'abord, j'ai examiné les meubles, il n'y avait pas de poussière dessus. Je me suis allongé sur le petit lit de camp au fond, il était même pas trop dur. Le pot de chambre était bien propre. Les sardines avaient l'air encore bonnes (de toute façon, les conserves, comme dit Madame Rosa, c'est fait pour conserver). Il y avait assez de bougies pour tenir trois jours. Je crois que c'est elles qui laissaient traîner une odeur un peu mystérieuse, énigmatique : on aurait dit comme de l'encens, un peu comme dans une église, enfin comme dans une mosquée, ou, je sais pas moi, une synagogue… J'étais pas trop rassuré… Et puis, je crois pas qu'on puisse avoir peur pendant trois jours, sinon c'est trop dur. Il y avait même des livres, et des gros : avec ça, elle ne risquait pas de s'ennuyer. Il n'y avait qu'une chose qui manquait : une deuxième boîte d'allumettes. Celle qui était sur la table de nuit était bientôt finie et je n'en avais pas vu d'autre, même au fond de la petite armoire près de la porte. J'irai en mettre une dans trois jours, quand Madame Rosa ira refaire des courses : à quoi ça sert, un endroit où on se cache quand on a peur, si on est dans le noir, entre des murs avec des pierres qui « montrent les dents » ?

Je suis retourné m'allonger sur le lit de camp pour réfléchir. Je ne savais pas trop quoi penser de tout ça. D'un côté, j'étais triste : tout était propre, c'est sûr. Tout était bien rangé. On aurait même pu dire que c'était assez confortable. Mais devoir se cacher là, dans une salle sans fenêtre, oui, c'était trop triste. Madame Rosa méritait mieux que ça, que ce trou. Mais d'un autre côté, j'étais fier. C'était sans doute un peu bizarre : je ne comprenais toujours pas exactement à quoi il servait, ce trou. Mais déjà, c'est pas nécessaire de comprendre pour être fier. Et puis j'en connais pas beaucoup, moi, des gens qui s'enferment dans une cave quand ils ont peur. Être dans le noir, être sous la terre, moi, ça me fait peur. C'est s'enterrer tout vivant. C'est être tout seul. Je deviendrais fou, c'est sûr.

J'ai frissonné et je me suis relevé. Je suis vite sorti en prenant bien soin de fermer doucement la porte de la cave. Elle a pas craqué, cette fois et j'ai croisé personne en remontant les six étages. J'ai bien remis la clef à sa place : Madame Rosa se doutera que j'y suis retourné, c'est sûr, mais elle ne pourra rien me dire. En tout cas, pas tant qu'elle n'aura pas trouvé la boîte d'allumettes que j'irai mettre, et c'est pas pour tout de suite.

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