Mumbai: modernité, inégalités

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : L'Asie du Sud et de l'Est : les enjeux de la croissance
Type : Composition | Année : 2015 | Académie : Inédit


Sujet inédit

composition

Mumbai : modernité, inégalités

Les clés du sujet

Analysez le sujet

Les termes du sujet

Terme

Définition

Mumbai

Symbole de l’Inde émergente, Mumbai est ici envisagée au titre d’étude de cas. Mégapole, il s’agit aussi d’une ville mondiale.

modernité

Le terme renvoie au phénomène de l’émergence. C’est l’enrichissement qui permet la modernité, en lien avec la mondialisation.

inégalités

Les inégalités dans l’espace urbain sont socio-spatiales : on vit et on travaille dans tel lieu parce qu’on est riche… ou pauvre. Toujours plus manifestes dans un tel espace, où elles se côtoient plus visiblement, les inégalités accompagnent l’émergence.

La problématique

En quoi le cas de Mumbai est-il révélateur à la fois du dynamisme économique de l’Asie du Sud et de l’Est et des profondes inégalités qui affectent cette région du monde ? En quoi l’espace urbain de Mumbai rend-il compte de l’émergence indienne et des inégalités qui l’accompagnent ?

Utilisez les mots clés

hgeT_1500_00_72C_N1

Évitez les pièges

Attention à ne pas traiter l’émergence indienne dans la mondialisation ou les inégalités de développement. C’est bien l’exemple de Mumbai qu’il faut analyser et dans lequel il faut retrouver l’émergence et les inégalités qui l’accompagnent.

À l’inverse, vous ne devez pas analyser l’exemple de Mumbai sans faire le lien avec la mondialisation, l’émergence et les inégalités ainsi générées. Votre propos doit donc être équilibré.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] En 2008, des attaques terroristes islamistes ont ensanglanté Mumbai, faisant 173 morts. Les terroristes ont visé la gare centrale et des hôtels de luxe du sud de la ville, lieux emblématiques de la réussite indienne.

[Problématique] Mumbai est en effet la vitrine de la Shining India, celle qui réussit. Pourtant, derrière la vitrine, il y a une réalité peut-être moins reluisante : l’Inde des slums, de la misère crasse. Mumbai est ainsi un concentré de l’avers et du revers de l’émergence indienne. En quoi cet espace urbain rend-il compte de l’émergence indienne et des inégalités qui l’accompagnent ?

[Annonce du plan] Mumbai est une mégapole et une ville mondiale, phare de la mondialisation à l’indienne. Son espace urbain est le reflet des dynamiques de l’émergence du pays. Des dynamiques qui produisent un espace contrasté, où se lisent les inégalités de l’Inde nouvelle.

I. Mumbai, mégapole et métropole

1. Une mégapole toujours en croissance

La croissance de l’agglomération est foudroyante. De 180 000 habitants en 1814, le Greater Bombay passe à 1 million en 1911, plus de 25 millions aujourd’hui et il sera l’espace urbain le plus peuplé du monde d’ici 2020.

Le site est cependant fort peu commode : à l’origine, il s’agit d’un ensemble d’îlots, reliés les uns aux autres par d’immenses travaux de remblaiement et d’assèchement, qui créent la island city. Ces contraintes expliquent un développement spatial très étendu, sur plus de 60 kilomètres du sud au nord.

2. Une métropole majeure

Capitale de l’État géant du Mahārāshtra, Mumbai est la métropole la plus riche du pays. Elle représente à elle seule environ 5 % du produit intérieur brut (PIB) indien, 25 % de l’industrie, 40 % du trafic portuaire international, 60 % de celui des conteneurs, 70 % des flux de capitaux.

Son influence sur l’économie indienne se mesure au degré de contrôle du capitalisme local qu’elle exerce sur le reste du pays. Mumbai domine ainsi l’économie du Mahārāshtra mais aussi celle du Gujarat voisin.

3. Une ville mondiale ?

Info

Bombay est le premier nom de la ville, rebaptisée Mumbai en 1996. Il est habituel d’utiliser Bombay quand on parle de l’histoire de la ville, Mumbai quand on parle de sa géographie actuelle.

Bombay fut dès l’origine une ville de la mondialisation. Sa situation privilégiée en mer d’Oman, sur l’océan Indien, explique son succès : elle fut l’interface privilégiée entre la métropole britannique et l’empire des Indes.

C’est aujourd’hui une métropole de niveau mondial. Son produit urbain brut est le premier de l’Asie du Sud. Elle concentre les sièges sociaux des multi­nationales et la plus grande bourse régionale. La ville est reliée à l’archipel mégalopolitain mondial par un aéroport international. Bollywood, capitale du cinéma indien, y produit plus de films qu’Hollywood.

[Transition] Mumbai est bien la ville-phare de la mondialisation indienne. Les dynamiques urbaines le traduisent dans l’espace.

II. Les dynamiques urbaines de l’émergence

1. Gentrification et métropolisation

L’agglomération est aujourd’hui totalement engorgée par une croissance hors norme. Ses mutations spatiales sont rendues nécessaires par son accession au rang de ville mondiale.

Les classes populaires sont chassées du centre d’affaires et repoussées vers des banlieues sans cesse plus lointaines, selon un processus de gentrification commun à toutes les métropoles mondiales.

2. L’industrie repoussée en périphérie

Bombay fut la capitale du coton, exporté vers la Grande-Bretagne via le canal de Suez ouvert en 1869. Mumbai reste une grande ville industrielle, bien servie par un port en eau profonde.

Mais la métropolisation en cours oblige les ateliers de confection à la fermeture et repousse l’industrie vers la banlieue nord. Le corridor industriel se prolonge jusqu’à la capitale du pays, New Delhi.

3. Aménagement et desserrement du Greater Mumbai

L’engorgement demeure un souci majeur. Les lignes de chemin de fer Western Railways et Central Railways, aux heures de pointe, déversent dans le centre de Mumbai 2 000 voyageurs par minute. Et la ville est l’une des plus polluées au monde.

Les projets d’aménagement se succèdent dans le Greater Mumbai. Les banlieues nord poursuivent leur urbanisation et une ville jumelle a été implantée de l’autre côté de la baie : Navi Mumbai. D’autres projets améliorent et modernisent les infrastructures de communication : métro, monorail aérien, etc.

[Transition] Ces dynamiques produisent un espace urbain caractérisé par les inégalités socio-spatiales.

III. Une ville d’inégalités et de contrastes

1. Une ville cosmopolite et contrastée

Le revenu moyen à Mumbai est le triple du revenu national, et la ville est le laboratoire où s’élaborent les standards de vie d’une classe moyenne indienne qui symbolise l’émergence du pays. Mumbai compte plus de millionnaires que le reste de l’Inde.

Mais elle abrite aussi les populations les plus pauvres d’Asie dans des bidonvilles géants.

Ces contrastes sociaux se traduisent dans l’espace urbain. Une véritable ségrégation sociale se lit dans la géographie de la ville mondiale.

2. Mumbai la riche : la ville de l’émergence

Conseil

N’hésitez pas à accompagner les deux paragraphes suivants d’un schéma rapide, d’autant plus facile que vous devez avoir mémorisé le croquis de Mumbai (voir en fin d’ouvrage).

Au sud de la ville se concentrent les quartiers de standing : Malabar Hill, d’époque coloniale, où réside l’élite politique, économique et artistique de la ville, Nariman Point ou encore Marine Drive et ses hôtels de luxe.

De nouveaux centres d’affaires ont été créés au nord, en complément du cœur historique : les quartiers de Worli et Parel se transforment ainsi en centres décisionnels, avec immeubles de bureaux et gratte-ciel. Un troisième se dessine à Bandra-Kurla, près de l’aéroport.

Mais l’espace manque et les slums sont désormais fortement convoités par les promoteurs.

3. Mumbai la pauvre : la ville des slums

Les slums (bidonvilles en anglais) abritent la moitié de la population et comblent les espaces interstitiels, souvent marécageux, proches des anciens quartiers industriels.

Parmi ces slums, Dharavi, le plus grand bidonville d’Asie, compte 1 million d’habitants. Zone d’activité économique informelle, ce slum représente aujourd’hui un espace convoité. La tentation est grande d’en expulser les pauvres pour y réaliser des opérations immobilières fructueuses.

Conclusion

[Reprise] Mumbai est ainsi une ville mondiale, dont les dynamiques urbaines – métropolisation et gentrification – sont celles de toutes les métropoles semblables. Dans un pays émergent, ces dynamiques produisent un espace marqué par des inégalités sociales très visibles.

[Réponse] L’espace urbain de Mumbai rend compte de la dualité de la notion d’émergence. Le dynamisme économique et démographique, lié aux phénomènes de mondialisation, produit des inégalités, ou du moins les perpétue.

[Remise en perspective] La ville a toujours été le laboratoire du progrès. À Mumbai, celui-ci illustre parfaitement la Shining India… et fait de la ville une cible symbolique parfaite pour tous ceux qui s’y opposent.