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Dissertation
Intérêt du sujet • Le sujet invite à réfléchir à la relation amoureuse conflictuelle : les personnages jouent-ils à s’affronter, en sachant qu’au fond ils s’aiment, ou existe-t-il une véritable hostilité entre eux ?
Les personnages s’affrontent-ils sérieusement dans On ne badine pas avec l’amour ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en prenant appui sur On ne badine pas avec l’amour, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé, et sur votre culture personnelle.
Les clés du sujet
Analyser le sujet

Formuler la problématique
Les protagonistes d’On ne badine pas avec l’amour prennent-ils trop au sérieux les conflits qui les opposent ou, au contraire, les considèrent-ils avec trop peu d’importance ?
Construire le plan
1. Des personnages qui semblent ne pas prendre leur conflit au sérieux | Montrez que Camille et Perdican « badinent », que leurs affrontements ne sont que des querelles d’amoureux. Observez les formes que prend l’affrontement. En quoi relèvent-elles du jeu (jeux avec les mots, traits d’esprit, grandes tirades…) ? Intéressez-vous à la manière dont la pièce bascule de la comédie au drame parce que Camille et Perdican sont inconscients des conséquences de leurs querelles. |
2. Des personnages qui en réalité prennent leur conflit trop au sérieux | Comment chacun des jeunes amoureux réagit-il face aux actions de l’autre ? Montrez que les sentiments qu’ils éprouvent démontrent leur sérieux. Demandez-vous toutefois si la gravité de l’affrontement ne tient qu’à des défauts moraux (orgueil, jalousie…). Qu’indiquent-ils aussi de la puissance de l’amour éprouvé ? |
Les titres en couleur ou entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.
Introduction
[Accroche] Les pièces de Marivaux présentent souvent des personnages qui ne cessent de nier leurs sentiments et de se quereller jusqu’au dénouement heureux où chacun finit par avouer à l’être aimé son amour. [Explication du sujet] On ne badine pas avec l’amour illustre ce même type de conflit entre les deux personnages principaux qui, comme le titre l’indique, « badinent », en affectant de ne pas s’aimer. Le dénouement est ici cependant très différent, puisque la comédie tourne au drame. On pourrait donc penser que la pièce de Musset met en scène des personnages qui jouent à s’affronter sans être conscients des conséquences sérieuses de leurs paroles. Est-ce cependant si simple et si réducteur ? [Problématique] Les protagonistes d’On ne badine pas avec l’amour prennent-ils trop au sérieux les conflits qui les opposent ou, au contraire, les considèrent-ils avec trop peu d’importance ? [Annonce du plan] Nous verrons d’abord que les personnages de la pièce semblent
I. Des personnages qui semblent ne pas prendre leur conflit au sérieux
1. L’affrontement de Camille et Perdican : un badinage dépourvu de sérieux
Camille et Perdican font semblant de s’affronter car ils n’ont jamais cessé de s’aimer, même s’ils ne se l’avouent qu’à la fin de la pièce. L’affrontement débute tôt, lorsque Camille refuse d’embrasser son cousin (i, 2). Elle souhaite rentrer le plus vite possible dans son couvent qu’elle vient de quitter, effrayée par l’inconstance des hommes. Elle n’est donc pas sérieusement hostile à Perdican, sa froideur à son égard ne fait que dissimuler son amour.
Ce badinage dépourvu de sérieux se traduit par des scènes de séduction où chacun tente de faire tomber l’autre dans un piège, mais dont le but réel est de découvrir si on est aimé de l’autre. Ainsi Camille, en robe neuve, propose-t-elle à Perdican d’aller s’amuser au village (iii, 6). De même, Perdican se plaît à courtiser Rosette (à partir de l’acte iii, scène 3) pour rendre Camille jalouse, ce qui relève encore de la querelle d’amoureux.
2. Un affrontement sous forme de jeu verbal, mêlant sarcasmes et sermons
Quand Perdican s’obstine à épouser Rosette, Camille s’agace : « Combien de temps durera cette plaisanterie ? » (iii, 7) Elle ne prend pas cette histoire au sérieux et sait pertinemment que Perdican non plus. C’est pourquoi leur affrontement prend la forme de sarcasmes et de traits d’esprit ironiques. Perdican reproche à Camille son « ton de persiflage » (iii, 7) : les amoureux s’affrontent verbalement, mais pas sérieusement.
Le célèbre sermon de Perdican sur l’amour, « chose sainte et sublime », peut paraître très sérieux, mais en réalité c’est encore un moyen de dire à Camille qu’il l’aime de façon détournée (ii, 5). De même, Camille ne cesse de demander à Perdican s’il existe un moyen d’être sûre de la constance de celui qu’elle aimerait. Cet affrontement rhétorique est en fait une déclaration mutuelle. Ce n’est nullement un véritable affrontement.
mot clé
Le mot « sermon » désigne à l’origine un discours religieux. Ici, il désigne un long discours dans lequel Perdican s’efforce d’expliquer de grandes vérités à Camille. Mais cette apparente impersonnalité masque un aveu personnel.
3. Les conséquences sérieuses d’une simple querelle d’amoureux
En revanche, l’affrontement engendre de sérieuses conséquences puisque Rosette en paie le prix par sa mort (iii, 8). Si le conflit avait été sérieux tout au long de la pièce, la tragédie aurait été prévisible, nuisant ainsi au tragique coup de théâtre. C’est le contraste entre l’absence de sérieux des amoureux et l’effroyable sort de Rosette qui produit un dénouement saisissant.
La pièce raconte ainsi un apprentissage tragique du sérieux de l’amour. On ne doit pas s’affronter pour jouer. Dans la dernière scène, ce thème du jeu revient dans la bouche de Perdican, quand il parle du bonheur possible avec Camille (« comme des enfants gâtés que nous sommes, nous en avons fait un jouet ») ou de la mort de Rosette (« nous avons joué avec la vie et la mort », iii, 8).
[Transition] Mais la réalité est-elle aussi simple ? Avons-nous simplement affaire à deux jeunes étourdis qui sèment le malheur par leur insouciance ? Ne faut-il pas prendre plus au sérieux l’amour entre Camille et Perdican et considérer qu’ils s’affrontent réellement ?
II. Des personnages qui en réalité prennent leur conflit trop au sérieux
1. Le badinage léger transformé en réel affrontement par l’orgueil
La jalousie et l’orgueil transforment cette querelle d’amoureux en affrontement sérieux. La découverte de la lettre que Camille adresse à sa compagne de couvent, la sœur Louise, met le feu aux poudres. Perdican décide de se venger de Camille, donne sa chaîne en or à Rosette et jette la bague offerte par Camille dans le puits : autant de gestes symboliques de son union avec la paysanne et de son rejet de la sœur de lait de celle-ci (iii, 3).
Au fil de la pièce, Perdican est ainsi conduit à agir de manière insensible pour se venger de ce qu’il croit être un affront de Camille, et n’hésite pas à utiliser Rosette en lui promettant le mariage et l’amour éternel. C’est cette insensibilité qui fait que l’affrontement devient sérieux : Perdican perd toute humanité. Camille, elle, sous l’influence des sœurs du couvent, a perdu, dès le début de la pièce, toute capacité à accepter et exprimer l’amour qu’elle ressent pourtant. Elle ne l’extériorise que par la jalousie. Les deux jeunes gens ne semblent ainsi animés que par l’orgueil et paraissent perdre de vue l’amour, rendant ainsi leur affrontement réel.
2. Le sérieux de l’affrontement, signe de l’intensité de l’amour
Cependant, cette analyse peut être nuancée car l’affrontement entre les deux protagonistes est d’autant plus sérieux qu’il exprime l’intensité d’un amour véritable et douloureux. On peut voir en eux, non des enfants qui s’amusent à se quereller, mais des amoureux qui ne savent pas exprimer leur souffrance. De ce point de vue, les amoureux peuvent s’affronter sérieusement tout en s’aimant.
à noter
Dans cette partie II, deux sous-parties se répondent : il faut donc inclure un connecteur ou une phrase qui précise que la seconde sous-partie nuance la première, comme vous le faites pour les grandes parties.
Camille et Perdican ont ainsi une conception très sérieuse de l’amour. La tirade de la fin de l’acte ii le prouve notamment pour Perdican, mais aussi pour Camille qui rejette l’amour humain car elle rêve d’un amour absolu, que seul l’amour divin peut contenter. Elle reproche notamment à Perdican de ne pas prendre l’amour au sérieux, lui qui ne croit pas « qu’on puisse mourir d’amour » (ii, 5). Leur orgueil à l’acte iii n’est que le symptôme de cette vision extrême de l’amour.
Conclusion
[Synthèse] Partis de l’idée que Camille et Perdican ne sauraient s’affronter sérieusement parce qu’ils s’aiment et ne font que s’amuser à se quereller, nous avons fini par montrer au contraire que c’est précisément parce qu’ils s’aiment d’un amour extrême et intransigeant que leur affrontement est sérieux. [Ouverture] Nous sommes donc bien loin des comédies de Marivaux où la joie d’aimer et d’être aimé est célébrée à travers les méandres d’un badinage amusant. Ici, c’est la souffrance amoureuse qui est au cœur d’un badinage amer, où se dit la hantise de ne pas être aimé autant qu’on aime.