Objets quotidiens (texte de F. Ponge, assemblage de Picasso)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Visions poétiques du monde
Type : Sujet complet | Année : 2016 | Académie : Inédit

 

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Sujet inédit • Visions poétiques du monde

50 points

Objets quotidiens

Ce sujet regroupe tous les exercices de français de la 2de épreuve écrite.

1re partie • Analyse et interprétation de textes et de documents (1 heure)

Document A Texte littéraire

Ponge fait ici la description d’un objet familier de notre quotidien, le pain.

Le pain

La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.

Ainsi donc une masse amorphe1 en train d’éructer2 fut glissée pour nous dans le four stellaire3, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, – sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.

Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable…

Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942, © Éditions Gallimard.

1. Amorphe : qui n’a pas une forme, une structure bien définie.

2 Éructer : rejeter des gaz par la bouche, roter.

3 Stellaire : relatif aux étoiles, astral.

Document B Pablo Picasso, Tête de taureau (1942)

Cette œuvre de Pablo Picasso est constituée de l’assemblage d’une selle et d’un guidon de vélo.

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© Succession Picasso, 2016-ph © Béatrice Hatala/RMN-Grand Palais

(musée Picasso de Paris)

questions 20 points

Les réponses doivent être entièrement rédigées.

Sur le texte littéraire (document A)

▶ 1. Quelle forme de discours trouve-t-on essentiellement dans ce texte ? (1 point)

La forme narrative.

La forme descriptive.

La forme argumentative.

▶ 2. Quel est la valeur du présent employé dans ce poème ? (1 point)

▶ 3. a) Quelles sont les différentes parties du pain présentées successivement dans ce poème ? (1 point)

b) Sont-elles, selon vous, décrites de la même façon ? Justifiez votre réponse. (1 point)

c) Quelles différences peut-on trouver entre elles ? (1 point)

▶ 4. a) Quel est le champ lexical employé par Ponge au début du texte (lignes 1 à 7) ? (1 point)

b) Relevez tous les mots appartenant à ce champ lexical. (2 points)

c) Pourquoi, selon vous, l’auteur a-t-il choisi ce champ lexical ? (1 point)

▶ 5. « feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. » (lignes 10-11)

a) Observez les jeux de sonorités dans cette phrase. Que remarquez-vous ? Quels sont les sons qui se répètent ? (2 points)

b) Quel est, selon vous, l’effet recherché ? (1 point)

▶ 6. Relevez deux comparaisons et deux métaphores (lignes 9 à 11) (2 points)

▶ 7. En vous appuyant sur vos réponses aux questions précédentes, dites pourquoi on peut dire que ce texte est un poème en prose. (3 points)

Sur le texte et l’image (documents A et B)

 8. Quelles réflexions l’œuvre de Picasso vous inspire-t-elle ? (1,5 point)

▶ 9. Quelles ressemblances ou dissemblances pouvez-vous repérer entre les procédés employés d’une part par Ponge, d’autre part par Picasso ? (1,5 point)

2de partie • Rédaction et maîtrise de la langue (2 heures)

dictée 5 points

Le titre, la source de l’extrait ainsi que « évanescent » et « suspens » sont écrits au tableau au début de la dictée.

Philippe Delerm

La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, 1997

© Éditions Gallimard

Les boules en verre

C’est l’hiver pour toujours, dans l’eau des boules de verre. On en prend une dans ses mains. La neige flotte au ralenti, dans un tourbillon né du sol, d’abord opaque, évanescent ; puis les flocons s’espacent, et le ciel bleu turquoise reprend sa fixité mélancolique. Les derniers oiseaux de papier restent en suspens quelques secondes avant de retomber. […] On prend le monde dans ses mains, la boule est vite presque chaude. Une avalanche de flocons efface d’un seul coup cette angoisse latente des courants. Il neige au fond de soi, dans un hiver inaccessible où le léger l’emporte sur le lourd. La neige est douce au fond de l’eau.

réécriture 5 points

« Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… »

Réécrivez ces lignes en mettant « une masse amorphe en train d’éructer » au pluriel et en procédant à toutes les modifications nécessaires.

travail d’écriture 20 points

Vous traiterez au choix le sujet A ou le sujet B.

Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ).

Sujet A

À la manière de Francis Ponge, décrivez un objet que vous aimez. Vous n’oublierez aucun aspect : formes, matières, usages… Vous emploierez des comparaisons et des métaphores.

Sujet B

Une œuvre vous a particulièrement marqué(e) : un film, un livre, une photographie, une peinture, une sculpture… En quoi cette œuvre vous a-t-elle aidé(e) à porter un regard nouveau sur le monde ou les objets qui vous entourent ? Vous organiserez votre texte de façon argumentée.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

Ce texte est extrait du recueil de poèmes intitulé Le Parti pris des choses, paru en 1942, dans lequel Ponge s’applique à décrire avec précision et minutie des objets quotidiens, des animaux… Il s’agit de poèmes en prose.

L’image (document B)

Le taureau est un thème cher à Picasso. L’idée de cette œuvre lui est venue alors qu’il rangeait son atelier, en découvrant une selle et un guidon de bicyclette. Aussitôt, il décida de les réunir pour créer un assemblage : cette tête de taureau. On peut parler de surréalisme, mais aussi de primitivisme : par sa simplicité, cette œuvre évoque les peintures rupestres de la préhistoire.

Travail d’écriture (Sujet A)

Recherche d’idées

Choisis un objet que tu aimes : tu auras d’autant plus de plaisir à le décrire. Évite cependant ceux qui sont trop compliqués, trop complexes.

Imagine ton objet, visualise-le bien puis décris sa forme, sa structure, la ou les matières dont il est constitué, sa ou ses couleurs, sa fonction, etc.

Conseils de rédaction

Pour décrire avec précision, tu vas employer de nombreux adjectifs. Cherche ceux qui correspondent le mieux à ton objet. Par exemple, un objet peut être lisse, doux, soyeux, velouté, délicat au toucher ou au contraire rugueux, râpeux, granuleux, grumeleux, plein d’aspérités… Ce ne sont pas les adjectifs qui manquent !

Travail d’écriture (Sujet B)

Recherche d’idées

Commence par choisir une œuvre qui t’a marqué, inspiré et a changé le regard que tu portes sur le monde qui t’entoure (film, livre, photographie, peinture, sculpture…).

Certaines œuvres peuvent aussi t’avoir ouvert les yeux sur des réalités historiques ou sociales qui t’ont choqué et que tu ne veux plus voir se reproduire, comme le tableau de Picasso, Guernica, qui symbolise toute l’horreur de la guerre.

Conseils de rédaction

Tu dois d’abord présenter l’œuvre, en préciser l’auteur et la décrire succinctement (évite les œuvres que tu connais mal).

Explique ensuite l’effet qu’elle a produit sur toi : étonnement, plaisir, choc émotionnel…

Enfin, explique en quoi elle a changé ta façon de voir les objets qui t’entourent, le monde ou les hommes.

Corrigé

Corrigé

1re partie • Analyse et interprétation de textes et de documents

questions

▶ 1. Il s’agit du discours descriptif.

▶ 2. C’est un présent de vérité générale.

▶ 3. a) Ponge commence par décrire la croûte, puis la mie, l’extérieur puis l’intérieur.

b) Il emploie un lexique mélioratif pour décrire la croûte (« La surface du pain est merveilleuse », « ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux ») et un lexique péjoratif pour décrire la mie (« mollesse ignoble », « lâche et froid sous-sol »).

c) La croûte est dure et purifiée par le feu alors que la mie du pain est molle, humide et froide.

▶ 4. a) Ponge emploie un vocabulaire emprunté au champ lexical de la géographie, de la géologie.

b) Voici les mots appartenant à ces champs lexicaux : panoramique, les Alpes, le Taurus, la Cordillère des Andes, vallées, crêtes, ondulations, crevasses, dalles, sous-sol.

c) Ponge utilise ce champ lexical dans le but de comparer le pain à la terre : comme elle, il présente un relief particulier fait de creux et de crêtes.

Zoom

Une assonance est la reprise d’un même son voyelle ; une allitération est la reprise d’un même son consonne.

▶ 5. a) Ponge joue sur les sonorités avec des assonances en eu, œu, ou, et des allitérations en f et s : « feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. »

b) Ce jeu sur les sonorités permet à Ponge d’insister sur l’unité, l’homogénéité, la solidarité de chacune des petites alvéoles qui constituent la mie.

▶ 6. Le poète emploie deux comparaisons : « son tissu pareil à celui des éponges » et « comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois ». S’y mêlent des métaphores : la mie rappelle un sous-sol, et les alvéoles, des fleurs et des feuilles.

Zoom

On appelle prose tout texte qui n’est pas en vers. Il existe une poésie en prose.

▶ 7. Ce texte est un poème en prose. Tout d’abord, il s’agit d’un texte court. Ensuite Ponge s’appuie sur de nombreuses images – comparaisons et métaphores – pour décrire le pain. Pour finir, il y a dans ce texte la musicalité particulière des poèmes : des effets de rythme, des jeux de sonorités avec de nombreuses allitérations et assonances. Il n’y a pas de rimes mais des procédés de reprises sonores qui créent comme des échos à l’intérieur du texte.

▶ 8. Picasso a employé des objets du quotidien qu’il a détournés de leur usage propre : une selle et un guidon de bicyclette. Ce faisant, il donne naissance à une œuvre d’art : une sculpture ou plutôt un assemblage représentant une tête de taureau. L’imagination de l’artiste a su transposer la réalité en une autre réalité poétique, artistique. Cette tête de taureau s’impose à nous avec autant sinon plus de puissance que si l’artiste avait créé une œuvre figurative.

▶ 9. Ponge et Picasso s’emploient tous deux à représenter une réalité quotidienne : le premier, le pain, le second, une tête de taureau. Bien sûr, l’un part des mots, l’autre d’objets ordinaires. Mais cependant, des similitudes apparaissent entre les deux démarches : Ponge emploie des images, des comparaisons et des métaphores ; Picasso détourne les objets de leur usage habituel : la selle et le guidon de bicyclette deviennent en quelque sorte des métaphores entre ses mains pour évoquer le mufle, les cornes du taureau. On peut donc dire que les deux démarches se ressemblent sur ce point, qu’elles sont toutes deux métaphoriques.

2de partie • Rédaction et maîtrise de la langue

dictée

POINT MÉTHODE

1 Attention à l’accord des compléments du nom : verre et papier sont au singulier (en verre, en papier) alors que flocons est au pluriel (il y a de nombreux flocons dans une avalanche).

2 Attention à l’orthographe des noms féminins terminés par le son -té ou -tié : ils s’écrivent -té ou -tié (sans e) sauf ceux qui expriment un contenu (une assiettée, une charretée) et les mots usuels suivants : dictée, portée, pâtée, jetée, montée.

C’est l’hiver pour toujours, dans l’eau des boules de verre. On en prend une dans ses mains. La neige flotte au ralenti, dans un tourbillon né du sol, d’abord opaque, évanescent ; puis les flocons s’espacent, et le ciel bleu turquoise reprend sa fixité mélancolique. Les derniers oiseaux de papier restent en suspens quelques secondes avant de retomber. […] On prend le monde dans ses mains, la boule est vite presque chaude. Une avalanche de flocons efface d’un seul coup cette angoisse latente des courants. Il neige au fond de soi, dans un hiver inaccessible où le léger l’emporte sur le lourd. La neige est douce au fond de l’eau.

réécriture

Les modifications sont mises en couleur.

Attention !

Ne mets pas durcissant au pluriel : c’est un participe présent et non un adjectif verbal. Il est donc invariable.

« Ainsi donc des masses amorphes en train d’éructer furent glissées pour nous dans le four stellaire, où durcissant elles se sont façonnées en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… »

travail d’écriture

Voici un exemple de rédaction sur chacun des deux sujets.

Attention les titres en couleur ne doivent pas figurer sur ta copie.

Sujet A

Conseil

Tu peux donner un titre qui nommera l’objet décrit.

L’oreiller

[Matière] Deux carrés de coton blanc cousus ensemble sur leurs quatre côtés pour former une enveloppe. Le tissu est doux au toucher. L’ensemble est d’une grande sobriété, d’une parfaite simplicité. À l’intérieur, on sent comme un fin duvet, une matière légère et aérienne comme de la ouate qui se déplace librement sous la pression des doigts. Appuyez-y votre tête, vous aurez l’impression de vous enfoncer dans un moelleux nuage, un nid douillet.

[Couleurs, motifs et odeurs] Il est souvent habillé, enfoui dans des taies de couleurs vives à carreaux, à pois, à rayures, à fleurs, parfois parfumé avec de l’essence de lavande ou autre senteur apaisante. S’y blottir, c’est comme se lover dans un jardin secret.

Conseil

N’oublie pas d’employer des comparaisons et des métaphores. Cherche à varier les outils de comparaison : comme, tel que, semblable à… La métaphore, elle, n’est pas introduite par un outil de comparaison.

[Formes et métamorphoses] Il se déforme au gré des événements et épouse la forme de ce qui s’y appuie. Au coucher, il est aérien telle une voile blanche gonflée par le vent ; au réveil, il garde l’empreinte du dormeur, la forme de son crâne ; il a été serré, travaillé, sculpté semblable à l’argile sous les doigts de l’artiste ; il n’est plus que creux, replis, failles et crêtes, recoins secrets… Il suffit alors de le secouer, de le tapoter pour qu’il retrouve sa forme originelle. Parfois, il s’en échappe une plume, un flocon solitaire qui voltige comme en suspens dans la chambre avant de se poser délicatement sur le sol. Parfois aussi, lors de quelque bataille de polochons, l’oreiller explose sous les coups répétés : c’est alors une véritable tempête de neige qui obscurcit le ciel de la pièce sous les rires des enfants.

Sujet B

[Présentation de l’œuvre artistique qui a servi de déclencheur] Une série de tableaux m’a amenée à regarder le monde avec des yeux neufs et à découvrir toute la poésie qu’il recèle : il s’agit de celle que Monet a consacrée à la cathédrale de Rouen. En effet, il a su voir et montrer combien la lumière transfigure, transforme, modifie les paysages, les monuments, les choses, combien le spectacle est différent selon le moment de la journée et les conditions météorologiques – aube ou crépuscule, temps brumeux ou clair, ciels couverts ou dégagés, sombres ou lumineux…

[Un regard neuf sur le monde] C’est pourquoi, il n’y a pas un jour où je ne prends le temps de m’installer devant ma fenêtre donnant sur les toits de la ville pour observer les variations de la couleur du ciel et toutes ses déclinaisons : gris tourterelle, gris anthracite, noir d’encre, bleu nuit, bleu très pâle, violet, violine, rose, orangé, jaune paille, jaune citron… Les pierres des murs, les ardoises du toit prennent des teintes si différentes sous le soleil ou sous la pluie. J’ai appris à regarder autrement ce petit bout de paysage familier. Je pense alors à tous les tableaux que Monet aurait pu peindre de cette vue toujours changeante bien que restant la même.

[Une envie de création artistique] Comme je n’ai aucun talent pour le dessin et la peinture, j’ai choisi d’avoir toujours un appareil photo à portée de main pour capter orage, arc-en-ciel, lever ou coucher du soleil, moment où ce dernier fait flamboyer les vitres des fenêtres et les cheminées. Chacun de ces instants est unique. Il s’agit toujours du même lieu, mais à chaque fois réinventé par la magie de la lumière.

[Conclusion] J’aimerais constituer un album de toutes les photographies de ces moments privilégiés que j’ai su capter de ma fenêtre.