Pensez-vous que le héros de roman doit instruire le lecteur ou bien qu’il doit le divertir ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - La dissertation littéraire
Type : Dissertation | Année : 2012 | Académie : Antilles, Guyane
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Mieux nous connaître ?
 
 

Mieux nous connaître ? • Dissertation

Le roman

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Antilles • Juin 2012

Le personnage de roman • 14 points

Dissertation

> Dans Le Romancier et ses personnages, François Mauriac affirme que les héros de roman « ont toujours une signification, leur destinée comporte une leçon, une morale s’en dégage ».

Pensez-vous que le héros de roman doit instruire le lecteur ou bien qu’il doit le divertir ? Vous développerez votre argumentation en vous fondant sur les documents du corpus ainsi que sur les œuvres que vous avez pu étudier ou lire.

Comprendre le sujet

  • Le sujet est axé sur les fonctions du personnage de roman.
  • Analysez la citation. On peut traduire ainsi la thèse de Mauriac : « le personnage de roman doit reproduire le réel, permettre de mieux connaître l’homme et la réalité et éclairer notre vision du monde. À travers lui, l’auteur donne une leçon. »
  • La consigne indique qu’il faut parler des fonctions du personnage.
  • À travers « ou bien… », la consigne laisse entendre qu’il y a une deuxième thèse, opposée à celle de Mauriac : « le personnage romanesque doit divertir, faire oublier le monde réel, faire rêver. »
  • La formulation « Pensez-vous que… » suggère une discussion possible et un plan dialectique qui dépasse cette apparente contradiction.
  • Reformulez le sujet avec vos propres mots : « Quelle est la fonction du personnage de roman : nous donner une leçon ou nous distraire du réel ? »

Chercher des idées

  • Subdivisez cette question en sous-questions, variez les mots interrogatifs : « En quoi le personnage permet-il de mieux nous connaître ? » ; « Comment le personnage nous instruit-il ? » ; « Pourquoi le personnage permet-il de s’évader ? » ; « Quel est le type d’évasion ? » ; « Comment le roman permet-il de fuir la réalité ? » ; « Instruction ou évasion : ces deux fonctions sont-elles incompatibles ? » ; « Le personnage de roman n’a-t-il pas d’autres fonctions ? »
  • Faites-vous une liste d’exemples :
  • romans proposant une évasion, notamment à travers un voyage dans le temps (passé : Quatrevingt-treize, Hugo) ou dans l’espace (La Condition humaine ou L’Espoir, Malraux) ; une fantaisie (Les Fleurs bleues, Queneau ; L’Écume des jours, Vian) ;
  • romans qui donnent une leçon sur l’homme : romans réalistes (La Comédie humaine, Balzac) ; romans qui étudient les fluctuations de l’âme humaine (La Princesse de Clèves, Mme de Lafayette ; Madame Bovary, Flaubert) ou qui analysent les hommes et le monde de façon expérimentale (romans naturalistes de Zola).
  • Pour ne pas vous répéter, constituez-vous une liste de mots autour des notions-clés du sujet, « doit », « divertir » et « instruire » :
  • pour « doit » : but ; viser à ; tâche ; charger de ; mission ; servir à… ;
  • pour « divertir » : divertissement ; faire évader ; amuser ; transporter ; échapper à la réalité ; rêve, rêverie, faire rêver ; imaginaire, imaginer, imagination ; nouveau, nouveauté ; dépayser… ;
  • pour « instruire » : étudier ; faire voir ; dévoiler ; mieux percevoir ; éclairer ; traduire ; ouvrir les yeux sur ; voir plus clair ; mettre à nu ; percer (les mystères de) ; pénétrer à l’intérieur de ; explorer, exploration, explorateur ; réfléchir, réflexion ; mieux comprendre ; lucidité ; signification ; leçon ; morale ; prouver ; démontrer ; didactique…

>Réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

> Choix et exploitation des exemples : voir guide méthodologique.

Corrigé

Voici un plan détaillé auquel vous devez ajouter des exemples en fonction de votre expérience personnelle.

Introduction

[Amorce] Le genre du roman est protéiforme et offre une grande variété de personnages. François Mauriac, dans son essai Le Romancier et ses personnages, s’interroge sur le héros romanesque et sur son rôle. [Problématique] Quelles peuvent être les fonctions du personnage de roman ? [Annonce du plan] Le personnage est un miroir qui reflète les hommes et la vie [I]. Mais ne nous permet-il pas aussi de nous échapper du réel [II] ? Il faut dépasser cette apparente opposition entre le personnage qui guide le lecteur dans sa connaissance de soi et du monde et celui qui le divertit : la spécificité du personnage de roman est dans sa complexité [III].

I. Le personnage de roman nous permet de mieux comprendre l’homme et le monde

Le romancier s’investit d’une mission de guide.

1. Comment le personnage permet-il de mieux connaître notre identité et celle des autres ?

  • Le personnage permet de découvrir les complexités de l’âme humaine, de s’interroger et, ainsi, de mieux comprendre nos comportements et ceux des autres (L’Étranger de Camus), voire de connaître notre identité, d’explorer les tourments de l’amour (Le Rouge et le Noir de Stendhal, Madame Bovary de Flaubert) comme les rapports familiaux (Le Père Goriot de Balzac).
  • Le personnage permet de comprendre ceux qui sont différents de nous : les autres milieux (la mine dans Germinal de Zola), les autres pays (Balzac et la Petite Tailleuse chinoise de Dai Sijie).

Conseil

Constituez-vous une petite réserve de citations d’auteurs ou de critiques en relation avec l’objet d’étude (ici, le roman) qui vous serviront d’arguments pour vos dissertations ou votre entretien à l’oral.

  • Le personnage offre une réflexion philosophique sur la vie (La Peste de Camus). Zola affirme ainsi : « toute l’opération consiste à prendre des faits dans la nature, puis à étudier le mécanisme des faits […]. Au bout, il y a la connaissance de l’homme, la connaissance scientifique, dans son action individuelle et sociale ».

2. Comment le personnage permet-il de mieux nous connaître ?

  • Par sa nature et son identité : il prend ses racines dans le réel ; il est imitation du réel (« Un roman, c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin », Stendhal). Ces personnages sont souvent des êtres bien communs, ordinaires que l’on pourrait rencontrer dans la vie.
  • Par sa variété : il permet de multiplier les perspectives, les expériences, les réalités, laissant ainsi voir les bons et les mauvais côtés de la vie. « Souvent il est nécessaire de prendre plusieurs caractères semblables pour arriver à en composer un seul […]. La littérature se sert du procédé qu’emploie le peintre, qui […] prend les mains de tel modèle, le pied de tel autre, la poitrine à celui-ci, les épaules de celui-là » (avant-propos de La Comédie humaine de Balzac). [Exemples personnels]
  • Par le cadre dans lequel il s’inscrit : il se situe dans un cadre vaste et s’inscrit dans la durée, il fait partie de tout un monde. Il permet alors de comprendre et de critiquer les rouages et les dérives de la société, les relations entre les personnes, les défauts humains [documents A, C et D]. Le lecteur se reconnaît alors dans les personnages [exemples personnels].

3. Quel est le rôle du romancier dans cette entreprise ­didactique ?

  • « Hypertrophier » un sentiment, une passion pour mieux les mettre en valeur, en donnant au personnage la stature d’un « type », donc transformer la réalité par un travail d’artiste (Vautrin est le type de l’ambitieux sans foi ni loi ; Goriot, celui de l’amour paternel excessif).
  • Suivre un personnage pour mieux en comprendre l’évolution et les composantes à travers le temps, notamment dans les romans d’apprentissage (Le Rouge et le Noir de Stendhal) qui ouvrent les yeux du personnage mais aussi ceux du lecteur.
  • Proposer une vision du monde : à travers les personnages, le romancier donne une vision du monde que le lecteur appréhende par le regard d’un autre. Il produit un modèle à imiter ou un contre-modèle à éviter. [Exemples personnels]

[Transition] Une des fonctions du personnage de roman est donc bien de donner des leçons, de « connaître le sens de notre vie et des vies de ceux qui nous entourent et que l’hébétude du quotidien nous masque » (Jean Guitton). Mais est-ce uniquement cela que les lecteurs recherchent dans le roman ?

II. Le personnage de roman divertit

Parce qu’il est fiction, le roman satisfait un désir de rêve et d’évasion.

1. Comment le personnage romanesque nous permet-il l’évasion ?

  • Par le processus de l’identification : il permet d’acquérir au lecteur une nouvelle identité, de vivre une vie par substitution, de rêver et ainsi de prendre une sorte de revanche sur la vie. Le lecteur peut même prendre plusieurs identités, vivre de multiples expériences à travers la diversité des personnages. [Exemples personnels]
  • Par l’admiration qu’il suscite chez le lecteur : les héros hors du commun (personnages qui accomplissent des exploits ou ont des qualités extraordinaires) suscitent l’admiration. [Exemples personnels]
  • Par le cadre spatio-temporel très éloigné de la réalité du lecteur (romans historiques qui emmènent dans un autre monde) ou la fantaisie : le personnage évolue dans un monde où se passent des événements étranges. Par exemple, Les Fleurs bleues de Queneau mélange toutes les époques, et dans L’Écume des jours de Boris Vian, les animaux parlent, les objets s’animent, un nénuphar pousse dans la poitrine de Chloé. Le merveilleux plonge le lecteur dans un monde irréel (romans fantastiques de Tolkien ; Harry Potter ; romans de science-fiction comme Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne).

2. Quels sont les moyens du romancier pour divertir le lecteur ?

  • Tisser une intrigue palpitante : plongé dans le suspense d’une destinée pleine d’inconnu, le lecteur devient enquêteur et essaie d’élucider le mystère (romans policiers).
  • Embellir le monde : les romans sentimentaux à l’eau de rose ôtent toute notion de malheur et présentent une fin invariablement heureuse qui rappellent celle des contes de fées.
  • Grâce à son personnage, le romancier fait oublier la réalité et l’angoisse inhérente à la condition humaine : les personnages de roman nourrissent l’imaginaire d’illusions, « divertissent » au sens où l’entend Pascal, font oublier la réalité et peut-être la mort. Le romancier peut avoir recours aussi à l’humour (Trois Hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome).

[Transition] Mais pourquoi s’enfermer dans cette alternative restrictive ?

III. Ces deux fonctions ne s’opposent pas nécessairement

Le personnage ne peut-il remplir ces deux fonctions : instruire et divertir ?

1. C’est en nous éloignant de la réalité que le ­personnage nous la révèle

  • Plus vrai que la réalité : en nous éloignant de la réalité, le personnage de roman nous la montre sous un autre jour. L’illusion, la fiction sont au service de la réalité. « Le roman est l’art du mentir-vrai » (Aragon) ; « Le romancier a beaucoup de droits, dont celui de mentir pour mieux dire la vérité » (Roy). Ainsi, Julien Sorel, dans Le Rouge et le Noir, n’est pas un personnage réel, mais il paraît vrai, comme l’indique le sous-titre du roman : « Chronique de 1830 ». Tout roman, même divertissant, comporte une partie de vérité, parle de l’être humain.
  • Même un personnage fantaisiste nous « ouvre les yeux sur la vie », par la comparaison qu’impose sa profonde différence avec celle du lecteur (1984 de George Orwell est une sorte d’apologue qui éclaire notre société).

2. Allier les deux fonctions ?

Certains personnages de romans remplissent les deux fonctions : La Princesse de Clèves (évasion dans le temps et image des tourments de l’amour) ; Quatrevingt-treize (dépaysement historique et réalité historique) ; Fahrenheit 451 (science-fiction, mais aussi, indirectement, peinture de notre monde).

3. Le personnage de roman peut avoir d’autres fonctions

  • Le personnage peut être une sorte de double du romancier, intermédiaire entre le lecteur et lui-même dans le roman engagé : il sert d’arme et a une fonction polémique et de travestissement. [Exemples personnels]
  • Le roman autobiographique a pour fonction de permettre à l’auteur de s’exprimer, il a une vertu presque thérapeutique (Jules Vallès : L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé).

Conclusion

En somme, tout lecteur trouve dans le personnage de roman de quoi satisfaire ses attentes : un moyen d’évasion pour les uns, un moyen de comprendre la vie et le monde pour les autres. Et c’est en cela que l’on peut rapprocher le roman de la poésie. Mais, quand le lecteur se plonge dans un bon roman, se pose-t-il ces questions théoriques ?