Pourquoi peut-on encore trouver, de nos jours, de l'intérêt à l'étude de l'humanisme et de la Renaissance ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Humanisme et Renaissance - La dissertation littéraire
Type : Dissertation | Année : 2012 | Académie : Hors Académie

Les valeurs humanistes

Dissertation

Document

 Pourquoi peut-on encore trouver, de nos jours, de l'intérêt à l'étude de l'humanisme et de la Renaissance ? Vous répondrez en vous appuyant sur les textes du corpus et les œuvres d'art du xvie siècle que vous connaissez.

Se reporter aux textes du corpus.
 

     LES CLÉS DU SUJET  

Comprendre le sujet

  • « Pourquoi » vous invite à vous interroger sur les raisons qui ont poussé les concepteurs du programme de français de première à faire de l'humanisme un objet d'étude, donc sur l'intérêt de l'étude de ce mouvement littéraire et artistique.

  • La problématique peut être reformulée ainsi : « Pourquoi fait-on étudier l'humanisme à des élèves ? » ou : « Quel intérêt l'étude de l'humanisme présente-t-elle ? »

  • La question comporte comme présupposé que l'humanisme est dépassé, qu'il est trop loin de notre époque pour intéresser l'homme moderne. Il faut réfuter cette thèse contenue implicitement dans la question et montrer que l'humanisme est encore d'actualité et qu'il a sa place dans notre monde.

Chercher des idées

  • Cherchez d'abord ce qui, apparemment, nous éloigne de l'humanisme.

  • Pour répondre à la question « Pourquoi ? » (= pour quelles raisons ? »), commencez vos réponses par : « On peut s'intéresser à l'humanisme de nos jours parce que... »

  • Scindez la problématique en plusieurs sous-questions, en variant les mots interrogatifs et les perspectives. Vous pouvez ainsi aboutir à : « Qu'est-ce qui nous rapproche de l'humanisme ? » ; « Y a-t-il des ressemblances entre le xvie siècle et le monde moderne ? » ; « Notre état d'esprit est-il fondamentalement différent de celui du xvie siècle ? », en détaillant : « du point de vue du contexte (historique, politique, social, scientifique ? des mentalités ? de la conception de l'homme ? des préoccupations ? des valeurs ?).

  • Vous pouvez aussi vous demander : « La connaissance de l'humanisme ne peut-elle aider notre monde à mieux vivre ? » ; « Qu'entend-on par "humanisme" de nos jours ? Que serait un humanisme moderne ? »

  • Utilisez les textes du corpus et constituez-vous une réserve d'exemples de textes mais aussi d'œuvres d'art.

  •  Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.
Corrigé

Les titres en couleur et les indications en italique servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.
 

Introduction

Amorce : Le mot « humanisme » connaît de nos jours un regain de popularité, mais il s'est usé car trop souvent repris par les médias pour célébrer telle ou telle personnalité des arts, de la politique ou de la science, lors de sa disparition. Pour redonner du sens à ce mot, l'Éducation nationale a choisi de faire étudier aux élèves de première l'humanisme de la Renaissance. Comment expliquer ce choix ?

Problématique : En quoi un mouvement remontant à plus de cinq siècles peut-il intéresser l'homme moderne ?

Annonce du plan : N'est-ce pas parce que notre époque se reconnaît dans le xvie siècle, tant du point de vue du contexte historique et culturel que de l'état d'esprit qui l'animait, et de celui de la conception moderne de l'homme ? N'est-ce pas aussi que nous repérons dans l'humanisme de la Renaissance nos racines et que nous y rencontrons des figures fortes d'artistes, de penseurs et des démarches intellectuelles encore susceptibles de nous inspirer ?

I. Un état d'esprit : enthousiasme et lucidité

Le contexte du xvie siècle et celui des xxe et xxie siècles, même s'ils sont très éloignés, présentent des similitudes qui entraînent des ressemblances dans les mentalités de l'humaniste et de l'homme moderne, tous deux partagés entre optimisme et lucidité raisonnée.

1. Sciences et techniques : siècles d'explosion et d'invention

« Maintenant toutes disciplines sont restituées », « Tout le monde est plein de savants »... Ces affirmations enthousiastes de Rabelais dans Pantagruel pourraient tout aussi bien être celles de l'homme contemporain.

  • Le xvie et le xxe siècle sont marqués par des progrès fondamentaux en médecine qui, loin d'être uniquement des découvertes scientifiques, amènent un bouleversement intellectuel et un questionnement de fond : la pratique de la dissection, dont Rabelais, médecin, se fait l'écho dans Pantagruel (par exemple quand Panurge ramène à la vie Épistémon qui a eu la « coupe têtée »), implique à l'époque une réflexion religieuse sur le droit de l'homme à intervenir sur la création divine. De même, le clonage et les manipulations génétiques contemporaines posent des questions d'ordre moral et éthique, car ces avancées ouvrent de grands espoirs mais aussi des inquiétudes. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme », dit Gargantua. Le philosophe Michel Serres lui fait écho : « La philosophie des sciences ne peut pas faire l'économie de l'éthique des sciences. »

  • Le xvie siècle et le monde moderne sont marqués par un même bouleversement dans l'accès à l'information et dans la diffusion du savoir : au xvie siècle, l'imprimerie permet aux textes et aux idées de voyager dans toute l'Europe ; aujourd'hui, radio, télévision, informatique et Internet mondialisent l'information et la culture, et les adaptations d'œuvres littéraires au cinéma mettent à la portée de tous une culture jusqu'alors réservée aux seuls intellectuels.

2. Un monde qui s'ouvre et donne le vertige

  • Avec les Grandes Découvertes, le monde connu change brutalement de dimension. Les récits de voyages (Le Nouveau Monde découvert par Cristobal Colon de Lope de Vega, par exemple) suscitent l'émerveillement et ouvrent des perspectives sur le monde. Les premiers pas sur la Lune (1969), les progrès et les découvertes en astronomie élargissent nos perspectives à d'autres galaxies, à l'Univers.

  • Ces bouleversements entraînent l'engouement pour les voyages, les explorations et leurs bienfaits (connaissance d'autres cultures). Le jeune humaniste va se former en Italie et parcourt l'Europe, les jeunes d'aujourd'hui poursuivent leurs études dans différents pays. Ce que disait Montaigne : « Le voyage me semble un exercice profitable. L'âme y a une continuelle exercitation à remarquer les choses inconnues et nouvelles », est toujours valable de nos jours.

  • Ces échanges modifient l'attitude face à la langue et aux mœurs : la Pléiade et les humanistes empruntent des mots aux autres nations pour « illustrer » et enrichir la langue française, tout comme le français moderne accueille les mots étrangers. Montaigne, amateur des « tables les plus épaisses d'étrangers », se plaît, comme l'homme moderne, à ne pas « être servi à la française ».

  • Cependant, parallèlement, ces bouleversements déstabilisent l'homme et sont générateurs de doutes face à des limites qui reculent sans cesse et posent des interrogations angoissantes.

3. Des siècles troublés : vers un réalisme lucide

  • Historiquement, le xvie siècle et le xxe siècle sont des périodes tourmentées : la Renaissance européenne, précédée de la guerre de Cent Ans, débute par les guerres d'Italie et se termine par les guerres de Religion. Le xxe siècle est marqué par deux guerres mondiales, les guerres de décolonisation, les conflits en Europe centrale, au Proche et au Moyen-Orient.

  • Ces violences, qui mettent en jeu les certitudes les plus profondes, viennent tempérer la confiance en l'homme et conduisent à la méfiance (la barbarie est toujours prête à renaître).

  • La littérature et les arts se font l'écho de cette évolution : Rabelais fait preuve de bonne humeur et de foi dans le progrès et dans la vie, comme les artistes de l'Art nouveau au début du xxe siècle (Apollinaire, Delaunay...), qui s'enthousiasment pour la modernité ; Montaigne, plus sombre, « aime la vie », mais avec une lucidité et un scepticisme qui annoncent les philosophes modernes. Le ton est mêlé : l'humaniste et l'homme moderne prennent souvent le parti d'en rire (comme Érasme dans l'Éloge de la folie, ou Orwell dans La Ferme des animaux), mais la tentation du scepticisme est sensible.

Transition : Ces contextes et l'état d'esprit qui en découle amènent à une redéfinition de la place de l'homme et de ses valeurs fondamentales.

II. La conception de l'homme et des valeurs qui le fondent

La conception de l'homme au xvie siècle et de nos jours ne diffère pas fondamentalement.

1. L'idéal humaniste : la primauté de l'homme

  • L'humaniste fait sienne l'affirmation du dramaturge latin Térence : « Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger » : il place l'homme - et non plus Dieu - au centre de ses préoccupations. L'homme moderne revendique aussi la primauté de l'homme, l'importance de l'individu et sa liberté de penser, de croire et d'agir. Ainsi, logiquement et tout naturellement, Montaigne affirme : « Je suis moi-même la matière de mon livre » ; les autobiographies qui se multiplient au xxe siècle procèdent du même esprit.

  • L'humaniste entend former un homme complet, entraîné à tous les sports, à toutes les disciplines intellectuelles ou morales, comme en témoignent les programmes d'éducation de Rabelais et de Montaigne, très modernes dans leur souci de pas privilégier la formation intellectuelle au détriment du corps.

2. La recherche d'un certain bonheur et la relation à l'autre

  • Cette vision de l'homme amène à la recherche d'un bonheur humain, comme le conseille Ronsard à l'image d'Horace : « Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie ». Le retour à un épicurisme profitant des plaisirs simples de la vie trouve aujourd'hui son expression dans les variations de Philippe Delerm sur La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules.

  • En même temps, l'humaniste et l'homme moderne ne conçoivent pas de véritable accomplissement de l'être humain hors d'une solidarité qui l'unit à ses semblables et ils refusent tout ce qui porte atteinte à l'intégrité de l'autre. Certes, Gargantua fait la guerre, mais dans la lutte il n'oublie pas ses principes : pas de mépris pour l'ennemi fait prisonnier, en qui il respecte l'homme, envers qui il fait preuve de clémence. Il fait la guerre pour la paix, comme... les casques bleus de l'Onu.

  • Ainsi l'humaniste tend vers un dépassement et un accomplissement de soi dans une société future solidaire : c'est l'idéal même d'un Malraux (dans L'Espoir ou La Condition humaine) ou d'un Saint-Exupéry dans Terre des Hommes. Le xxe siècle a vu la multiplication des actions humanitaires, des ONG (Amnesty International, Médecins sans frontières...) quand n'existait au début du siècle que la Croix-Rouge.

3. Respect du passé, remise en cause, recherche de nouveauté

Ces idéaux déterminent une attitude face à la culture.

  • L'humaniste se tourne vers le passé - et surtout vers l'Antiquité -, non par nostalgie d'une époque révolue qu'on ne saurait dépasser, mais comme source d'expérience humaine sur laquelle se bâtit le présent : il n'imite pas le passé, il s'en nourrit. Ainsi la Pléiade reprend certaines formes poétiques antiques, mais pour les revivifier. De même, les poètes modernes (Aragon, Éluard, Jaccottet) reviennent à la poésie en vers, au sonnet, tout en innovant. En peinture, Le Printemps de Botticelli a les traits de Vénus, mais elle ressemble fort à une jeune femme de la Renaissance. Des peintres modernes (Fernand Léger, Braque, Modigliani, Andy Warhol...) ont imité La Joconde, mais comme point de départ d'une expérience picturale nouvelle.

  • Ce respect du passé s'accompagne d'une remise en question dans tous les domaines. Ainsi, en politique, les utopies (celles d'Érasme, de Thomas More, de Rabelais) traduisent l'esprit critique des humanistes et leur vision d'une société idéale. Le xxe siècle, lui, a plutôt proposé des contre-utopies (1984 d'Orwell), mais celles-ci procèdent du même esprit critique de remise en question de la société.

  • Ce cheminement amène à la recherche de la « nouvelleté », selon le mot de Montaigne : la Pléiade adopte des formes poétiques récentes (le sonnet). Apollinaire écrit des calligrammes, forme poétique innovante [+ autres exemples personnels].

III. Nos racines et une raison de croire en l'homme

Serait-ce donc parce que nous nous retrouvons dans l'humanisme renaissant qu'il mérite d'être étudié ?

1. Retrouver ses racines

  • Le xxe siècle n'est évidemment pas le xvie siècle et la comparaison ne saurait être trop poussée : en effet, les deux guerres mondiales ont changé les perspectives, et les échanges et les économies ont une dimension internationale autre qu'au xvie siècle.

  • L'humanisme marque le début des temps modernes, il est à la source de la culture européenne et sa connaissance permet de découvrir les racines communes des valeurs qui transcendent la diversité des langues et des États. Il ouvre la voie au siècle des Lumières.

2. Un remède dans les moments de doute ?

  • Tout autant que de socle ou de racines, l'humanisme pourrait nous servir d'antidote, de phare pour éclairer notre devenir. Après l'horreur des deux guerres mondiales et des totalitarismes, après les moments de doute qui ont fait croire à l'absurdité de la condition humaine, après le désir de tout renier (lois et valeurs morales, traditions artistiques et littéraires - avec le surréalisme, par exemple), après la perte de la foi, les xxe et xxie siècles ressentent toujours le besoin de retrouver des raisons de croire en l'homme.

  • Tenté de crier « Reviens, Montaigne, ils sont devenus fous... », l'homme moderne trouve, dans l'humanisme de la Renaissance, un modèle, des références morales, intellectuelles et philosophiques.

3. Créer un nouvel humanisme

Ainsi, étudier l'humanisme renaissant pourrait être constructif et aider à définir un nouvel humanisme. Comment pourrait-on définir un humaniste moderne ?

  • Sans doute comme quelqu'un vivant dans son siècle, ayant une culture aussi bien littéraire que scientifique, et soucieux d'établir des liens entre passé et présent. Tout en s'intéressant à la science et à ses progrès, il veillerait à préserver l'homme de leurs conséquences néfastes, il garderait son indépendance d'esprit face à tous les systèmes et dogmatismes, et exercerait son esprit critique sur soi et sur les autres.

  • Il mettrait tout en œuvre pour faire obstacle aux phénomènes et doctrines qui nient l'individu et menacent sa valeur d'homme (totalitarisme, massacres...). Il se réaliserait en tant qu'homme par l'action, l'engagement et la solidarité, mais aussi par l'art.

  • On pourrait citer parmi les humanistes modernes des scientifiques comme Jean Rostand, Jacques Monod, Michel Serres, Hubert Reeves, mais aussi des écrivains et des intellectuels, comme Camus (son modèle humain, Rieux, le héros de La Peste, est médecin, comme Rabelais) ou Malraux, homme d'action engagé, politicien, penseur, artiste, persuadé que « l'art est un antidestin ».

Conclusion

Notre siècle est sans doute plus proche de l'humanisme renaissant que de la fin du xixe siècle où la croyance aveugle du positivisme en la science, le désir d'enrichissement à tout prix écrasaient la diversité de l'homme, sa nature complexe. C'est en cela que les jeunes gens d'aujourd'hui gagnent à l'étudier, le plus bel hommage rendu à la Renaissance étant le nom d'Erasmus donné au programme de mobilité étudiante.