Poursuivez, en une cinquantaine de lignes, le récit de l’extrait du Vicomte de Bragelonne

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Les réécritures
Type : Écriture d'invention | Année : 2017 | Académie : France métropolitaine

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France métropolitaine • Juin 2017

Série L • 16 points

Le Masque de fer

Écriture d’invention

Poursuivez, en une cinquantaine de lignes, le récit de l’extrait du Vicomte de Bragelonne (document D) : une fois dans sa cellule, l’homme au masque de fer se remémore les circonstances malheureuses qui l’ont conduit en prison et exprime avec amertume sa désolation.

Votre texte reprendra certaines caractéristiques du texte d’Alexandre Dumas.

Voir le texte d'Alexandre Dumas.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre : « poursuivez le récit… » extrait de roman

Type de texte : récit narratif.

Sujet : « les circonstances malheureuses qui l’ont conduit en prison » il s’agit d’une analepse (retour en arrière) ; vous écrivez la suite du texte mais vous racontez ce qui a précédé l’épisode du corpus (souvenirs).

Statut du narrateur et point de vue : narrateur extérieur ; point de vue omniscient.

Situation d’énonciation : « exprime son amertume » : point de vue interne/paroles rapportées (style direct, indirect, indirect libre) possibilité de monologue intérieur ou de prise de parole à voix haute (indices personnels de la 1re personne).

Registre : à déduire du texte de Dumas.

Caractéristiques du texte à produire, à partir de la consigne :

Extrait de roman d’aventures (genre), romantique (mouvement), qui raconte (type de texte) l’arrestation et l’emprisonnement du Masque de fer (thème), dramatique, pathétique, lyrique (registres), poignant (adjectifs), pour rendre compte du désarroi du personnage et rapporter ses souvenirs, pour émouvoir le lecteur (buts).

Chercher des idées

Les contraintes

Comme il s’agit d’une suite de texte, vous devez respecter :

les circonstances spatio-temporelles : lieu et époque, « une fois entré dans sa cellule » ;

l’identité et la personnalité du Masque de fer.

Les choix à faire

Épisodes/péripéties/description : l’arrestation et ses circonstances (où et quand ?) ; les délits dont on l’accuse ; son entrée en prison (la cellule, ses sentiments) ; les raisons de son masque ; sa vie en prison…

Ses sentiments : en plus de l’amertume, désespoir, rancune, jalousie, désir de liberté, sentiment d’une malédiction, d’un avenir compromis…

La forme, l’écriture

Cohérence avec le texte de Dumas : conservez les temps verbaux (passé simple, imparfait).

Vous pouvez faire alterner des passages de récit et de discours.

Les faits d’écriture : ceux du romantisme. Respecter le style de Dumas et s’inspirer aussi du texte de Hugo (forme du monologue intérieur). Exemples : forts contrastes (antithèses), hyperboles, images saisissantes (animalisation, personnification…), lexique des couleurs/jeux de lumière ; description de la nature ; vocabulaire de la souffrance, de la mort, du malheur, du destin, … Il s’agit en fait d’une sorte de pastiche.

> Pour réussir l’écriture d’invention : voir lexique méthodologique.

> Le roman : voir lexique des notions.

Corrigé

Corrigé

Une fois que la porte de la cellule se fut refermée sur lui en un bruit caverneux et sinistre, le prisonnier fut pris d’un sentiment étouffant de claustration, à l’aune du vertige ressenti quelques instants plus tôt face au spectacle sublime du coucher de soleil. Le lion était de retour dans sa cage…

Il poussa un soupir que son masque dur transforma en rugissement. La déformation de sa voix suscita un rire terrible, qui sonna, cette fois, comme le ricanement d’une hyène.

Appelez-moi Maudit, répéta-t-il, aux ténèbres ou à la mort. Car maudit je suis depuis le jour où je suis venu au monde.

Il fit quelques pas dans cette chambre trop petite pour sa peine, puis s’arrêta brutalement, saisi par une révélation soudaine : c’est en bête sauvage, en fauve qu’il vivrait désormais, tapi au fond d’un antre sordide dont il ne pourrait plus jamais sortir et d’où il ne verrait plus jamais la lumière du jour. Jamais plus il ne contemplerait l’azur changeant des cieux ni ne sentirait la caresse du vent sur sa peau. La seule ouverture que comptait sa chambre était une meurtrière si mince qu’elle laissait à peine passer l’air dont il avait besoin pour respirer.

Si le ventre qui nous a enfantés l’avait voulu, je serais roi aujourd’hui…

Oui, dire que, la veille, il aurait pu être roi ! Que son front aurait revêtu la majesté royale, alors qu’à présent il n’était plus que dissimulé par une couche de fer ignominieuse ! On l’aurait couvert de pourpre et d’or, admiré, honoré, servi, lui qui n’avait connu jusque-là que le brouet infâme des geôles de la Bastille et les rudes semonces de ses gardiens ! Il aurait foulé les parquets du Louvre et arpenté les allées des Tuileries, lui qui n’avait jamais passé le seuil de sa cellule crasseuse !

Attention

Quand les paroles ne sont pas rapportées directement, on peut opter pour le discours (ou style) indirect (Il les assura que le facteur viendrait le lendemain) ou le discours indirect libre (Le facteur viendrait sûrement le lendemain).

Cette pensée lui était insoutenable… Il regarda autour de lui.

Oh ceci n’est pas une vie, ce n’en est que le fantôme. J’ai sous les yeux tout ce que j’aurais pu posséder, mais je ne peux le toucher… Je n’ai pour seule compagnie que les soupirs de ma jeunesse volée.

Il se dirigea vers la fenêtre et rêva en silence d’une matinée sans nuage et du rouge flamboyant d’un coucher de soleil.

Je ne suis coupable que d’avoir souhaité que la France connaisse mes traits comme elle connaît ceux du roi, d’avoir prié pour que mes vêtements noirs soient teintés des mêmes couleurs que ceux de mon frère, d’avoir su toute ma vie que le seul obstacle à cette lumière qui me manque tant est la vie de mon jumeau.

Où avait-il bien pu faillir ? Non, sa chute n’était pas le résultat d’une erreur de sa part : elle était nécessairement le résultat de la faute d’un autre…

Il marcha jusqu’à son lit mais ne s’assit pas.

Je n’ai jamais pensé un jour que le Ciel m’offrirait une seconde chance…

Il regardait droit devant lui, paraissant s’adresser à une figure que lui seul pouvait voir. Il serra les poings alors que la tempête à l’extérieur redoublait d’intensité.

Je me suis trahi avant d’avoir pu vous approcher. Alors que j’étais encerclé par vos gardes, vous avez compris pourquoi j’étais venu. Vous pouviez lire la haine dans mes yeux, la jalousie sur mes lèvres.

Cette fois-ci, il était prêt à frapper son adversaire invisible. Il se ravisa lorsque dehors la pluie cessa. Sa férocité guerrière s’éteignit brusquement.

Ainsi, on l’avait tiré de ses geôles pour l’y renvoyer… Aramis ne lui avait fait découvrir la beauté du monde que pour mieux l’en priver à nouveau.

Voilà le sort que l’on réserve à la naïveté des misérables Maudits. On leur donne juste assez de liberté pour qu’ils sentent leurs ailes coupées. On les laisse entendre siffler le vent sans les autoriser à voir les branches s’agiter. On les laisse périr dans une cage dorée…

Ce jour-là, triste matin d’automne, dans le somptueux et grandiose château de Vaux-le-Vicomte – qui aurait pu lui appartenir… –, on l’avait encerclé, frappé, traîné comme un gueux vers cette cellule… Les badauds s’étaient étonnés qu’on maltraitât ainsi un gentilhomme à l’allure noble… Pas une main secourable, pas un regard de compassion… Puis – ô châtiment indicible ! – on avait effacé ses traits et son passé sous le métal d’un masque plus glacial que les murs de sa cellule, plus froid qu’un masque mortuaire…

Il poussa un gémissement furieux et désespéré et s’écria :

« Maudit ! Maudit ! Aramis, sois maudit ! »

Mais au bas de la tour, l’on n’entendit que le hurlement rauque et terrifiant d’un loup à l’agonie qui refuse de mourir.