Poursuivez l'entretien entre Mlle de Clermont et M. de Melun

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Année : 2014 | Académie : Polynésie française
Corpus Corpus 1
Personnages amoureux

Personnages amoureux • Invention

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Le roman

12

Polynésie française • Septembre 2014

Le personnage de roman • 14 points

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Genre : « suite du texte A » / « entretien » : extrait de roman qui comporte des paroles rapportées directement. Respectez le statut du narrateur, le temps des verbes et l’emploi des indices personnels.
  • Sujet/thème du texte : explicitement : « les lectures les plus utiles » ; implicitement : le « sentiment amoureux ».
  • Type de texte : les propos des deux personnages sont à teneur argumentative.
  • Situation d’énonciation / niveau de langue : les mêmes que dans le texte du corpus.
  • Registre suggéré par la consigne : identique à celui du texte.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

Extrait de roman essentiellement dialogué (genre), qui argumente sur (type de texte) les lectures utiles/frivoles (thème), émouvant, réaliste (adjectifs), pour définir ce qu’est une « lecture utile », pour faire sentir l’attirance des personnages (but apparent/implicite des personnages), pour rendre compte de leur gêne à exprimer leur amour (but de l’auteur).

Chercher des idées

Le fond, les arguments

  • Mlle de Clermont plaide pour des lectures que le duc considère comme « frivole(s), inutiles », c’est-à-dire les romans et notamment les romans d’amour. Elle doit donc en montrer l’utilité : connaissance du cœur humain, qualité de l’expression…
  • Le duc doit en montrer les défauts : longueur, inutilité, naïveté…

Les exemples

  • Les personnages doivent appuyer leurs arguments sur un ou deux exemples de lectures « sérieuses » ou « frivoles » de l’époque.
  • Attention : évitez les anachronismes ! Récapitulez vos références de romans d’amour (du xviie siècle), et d’œuvres argumentatives des Lumières antérieures à 1807 (Montesquieu par exemple).

Les moyens implicites d’expression de l’amour

  • Les réactions : jeux des regards, expressions du visage, gestes furtifs…
  • Les paroles : imitez la façon dont s’expriment les deux personnages dans le texte de Mme de Genlis (termes mélioratifs pour qualifier l’interlocuteur, images précieuses, périphrases un peu compliquées, vocabulaire affectif…).

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Nous vous proposons un extrait d’un devoir d’élève composé en temps limité.

Observez

Si vous devez composer la suite d’un texte, respectez les circonstances, le registre, le niveau de langue et le « style » du texte de base (ici, les personnages en présence et leur caractère).

Mlle de Clermont poussa son avantage pour ne pas laisser la conversation retomber après un si beau début : « Vous n’éprouverez donc plus guère de réserves et daignerez vous justifier auprès de moi de votre aversion pour les lectures frivoles. Je pense vous avoir fait assez d’ouverture, pour que vous voyiez que vous pouvez être parfaitement franc avec moi ; car j’ai forcé notre cercle à changer de lecture sans aucun égard pour la compagnie, et seulement parce que cela vous plaisait.

– Je suis à votre entière disposition, Mademoiselle, répondit chaleureusement M. de Melun. Je n’ai que trop conscience de votre bonté envers moi et aurais fort mauvaise grâce à ne pas vous obéir. Posez-moi donc toutes les questions qu’il vous plaira, et je vous dirai tout uniment mon sentiment. Vous verrez que vous complaire sera mon seul but. »

L’hommage de M. de Melun fit rosir Mlle de Clermont avec une grâce infinie. Elle s’empressa de poursuivre l’entretien, consciente qu’après le souper, ils n’auraient guère l’occasion de le faire, observés et sollicités qu’ils seraient de toutes parts : « Pourquoi avez-vous tant d’aversion, Monsieur, pour les lectures légères ? Ne sont-elles pas infiniment plaisantes ?

– Elles le sont, en vérité, Mademoiselle. Croyez-moi, ce n’est pas tant leur frivolité que je décrie, que la perte de temps qu’elles impliquent que je déplore. Serions-nous immortels, je ne blâmerais aucunement la lecture d’un ouvrage futile : car nous aurions l’éternité devant nous pour nous instruire…

Info

Memento mori est une formule latine signifiant : « Souviens-toi que tu dois mourir. »

– Mais hélas, compléta Mlle de Clermont, nous ne sommes pas éternels. Memento mori !

– Sans doute ! Les secondes s’égrènent, les minutes filent… L’homme est fait pour progresser : comment le faire en lisant des ouvrages creux et sans intérêt ? C’est se complaire dans la médiocrité, voire la niaiserie. J’eusse été fort malheureux de devoir supporter des heures de lecture du Grand Cyrus de Mlle de Scudéry …

– Permettez-moi d’être franche à mon tour, l’interrompit vivement Mlle de Clermont. Vous voici de mauvaise foi ! Ce roman-fleuve a certes quelque chose d’excessif et de vain dans ses histoires d’amour rocambolesques. Mais n’apprend-on réellement rien en le lisant ? Ne peut-on y voir aussi une belle étude de la nature humaine ? Romancée, je n’en disconviens point ; mais je ne serais pas aussi sévère que vous. Le Grand Cyrus nous montre des caractères très riches et très vivants : ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un roman que sa lecture en est tout à fait vaine, et ses défauts n’éclipsent pas ses qualités. On y apprend beaucoup sur l’amour…

Notez bien

L’Astrée d’Honoré d’Urfé est un roman-fleuve pastoral, très en vogue des années 1607 à 1627. Le Grand Cyrus est un roman héroïque des années 1640-1660, qui raconte les exploits épiques de héros historiques poussés par l’amour. Les références littéraires donnent de l’efficacité à une écriture d’invention et témoignent de vos connaissances en littérature.

– Je bats donc ma coulpe, Mademoiselle, sourit le duc. Me voilà pris en faute, car vous avez raison : les romans peuvent nous instruire et nous présenter le miroir de notre nature humaine. Mais mon exemple était mal choisi ; car vous conviendrez que bien d’autres ouvrages dont on voit se multiplier les lectures dans nos salons ne peuvent prétendre aux qualités du Grand Cyrus et de L’Astrée.

– Je vous le concède, répartit Mlle de Clermont. Mais voyons un peu ce qu’est, exactement, pour vous, une lecture utile. Car vous usez du mot sans l’avoir préalablement défini, M. de Melun ! »

Observez

La suite de texte reprend des éléments du texte de base. Ici, le thème du regard, très présent dans le texte de Mme de Genlis (texte A, l. 2, 3, 23, 27, 41).

M. de Melun lui jeta un regard indéchiffrable. Puis il reprit son souffle : « Voyez-vous, Mademoiselle, pour moi, une lecture est utile lorsqu’on en sort changé. Comme après une conversation avec une personne qui nous est chère, à qui on vient de livrer son âme tout entière. On commence une lecture dans une disposition particulière, on vient y chercher un avis, un témoignage, une réponse ; et on le quitte l’esprit plein de nouvelles considérations auxquelles on n’aurait jamais pensé seul. J’ai fait cette expérience avec le traité de M. de Montesquieu, L’Esprit des lois…

– Mais alors le livre risque de penser à notre place !

– Non pas, Mademoiselle, répliqua M. de Melun en souriant. Vous voulez me donner le change, et me tendez un piège auquel vous ne croyez pas vous-même !

– Il est vrai, admit Mlle de Clermont en lui rendant son sourire. Car j’ai fort bien saisi ce que vous vouliez dire : on quitte son livre l’esprit rempli de pensées nouvelles, mais il convient de rentrer en soi-même après la lecture et de prendre du recul pour ajuster son propre jugement. Ai-je mal traduit votre pensée ?

– Je n’aurais pu mieux l’exprimer moi-même, répondit galamment M. de Melun. Vous êtes donc satisfaite de ma définition ? »

Mlle de Clermont plongea son regard dans le sien et prit quelques instants avant de lui répondre : « En vérité, M. de Melun, il me semble que je le suis. Mais me laisserez-vous prendre du recul sur notre conversation, comme sur un livre utile, pour ajuster mon jugement ?

– Ah, mais notre conversation, je l’espère, n’aura pas été seulement utile ? demanda M. de Melun, légèrement déçu.

– Assurément non, le rassura vivement Mlle de Clermont. Elle l’a été, certainement ; mais justement, vous n’êtes pas sans savoir que, pour les personnes bien nées, l’utilité fait aussi le plaisir. Ainsi ai-je eu un plaisir infini à converser avec vous et j’espère avoir avec vous d’autres occasions comme celle-ci ! Que de beaux livres pourrions-nous faire de nos conversations… »

M. de Melun, l’air transporté, allait répondre, mais il s’aperçut que, le souper touchant à sa fin, le ton des conversations s’était apaisé alentour. Il ne put donc qu’adresser un regard pénétrant à Mlle de Clermont qui, en se levant de table, s’appuya plus que nécessaire sur son bras avant de sortir de la salle, parfaitement consciente que le duc la suivait des yeux.