La France et le patrimoine
S’entraîner
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dissertation
Intérêt du sujet • Ce sujet propose de décrire l’évolution de la gestion du patrimoine par les pouvoirs publics en France. Il suppose de bien maîtriser la chronologie de l’axe conclusif de ce thème.
Existe-t-il, depuis le xixe siècle, une politique française de préservation et de valorisation du patrimoine ?
Les clés du sujet
Analyser le sujet

Dégager la problématique
Le sujet vous engage non seulement à montrer une évolution mais aussi à nuancer l’engagement des politiques publiques en faveur de la préservation et de la valorisation du patrimoine.
Il faut montrer que cette politique se décline à différentes échelles.
Construire le plan
Depuis le xixe siècle, les politiques publiques de préservation et de valorisation du patrimoine ont évolué en France. Vous pouvez vous interroger sur cette évolution ainsi que sur ses limites.
I. Un État engagé dans la gestion du patrimoine national | Quelle est l’évolution de l’engagement de l’État vis-à-vis du patrimoine depuis le xixe siècle ? Quels sont les enjeux principaux de cette politique patrimoniale ? |
II. Un État qui se désengage et s’appuie sur d’autres acteurs | Quelles sont les politiques régionales et locales ? Pour quel patrimoine ? Quels enjeux ? |
III. Des politiques publiques patrimoniales sources de tensions | Quels sont les freins à l’engagement patrimonial des acteurs publics ? Quels débats/tensions suscite la politique patrimoniale française ? |
Les titres et les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.
Introduction
[Accroche] La France est souvent perçue comme un musée à ciel ouvert. Son attractivité touristique est liée à la présence, sur son territoire, d’un patrimoine riche et varié. [Présentation du sujet] Le domaine d’intervention de l’État dans la gestion du patrimoine n’a cessé de s’accroître et de se diversifier depuis le xixe siècle. Il a d’abord eu pour mission de préserver, c’est-à-dire protéger pour conserver des biens ou traces du passé, mais sa mission s’est rapidement tournée vers une politique de mise en valeur, dans un but politique et économique. [Problématique] Quelles sont les spécificités françaises quant
Le secret de fabrication
Vous devez impérativement définir les termes du sujet en introduction, même s’ils sont nombreux. Cela vous permet de montrer que vous maîtrisez les notions et d’éviter le hors-sujet, fréquent en dissertation.
I. Une politique française en faveur du patrimoine
1. Une politique d’abord tournée vers la préservation du patrimoine
Au xixe siècle, l’État s’implique d’abord dans la préservation du patrimoine. L’Inspection générale des monuments historiques est créée en 1830. Elle inventorie les édifices du royaume méritant d’être conservés.
Sous la IIIe République, les règles de conservation de l’État ne concernent que les monuments publics. Celles-ci sont élargies aux édifices religieux en 1905 avec la séparation de l’Église et de l’État, puis en 1913 aux immeubles et mobiliers privés présentant un « intérêt public ».
En 1962, André Malraux met en place des « secteurs sauvegardés » pour protéger intégralement des quartiers historiques.
2. Une politique patrimoniale engagée dans la valorisation du patrimoine
Un tournant s’opère dans les années 1960-1970 : le ministère de la Culture fait restaurer des monuments en péril afin de les valoriser (Versailles, le Louvre, les Invalides pour attirer les visiteurs).
Dans les années 1980-1990, la notion de patrimoine s’étend au patrimoine industriel, rural et immatériel et l’État tente de démocratiser l’accès à la culture (« journée portes ouvertes dans les monuments historiques » dès 1984).
Des zones de protection du patrimoine architectural urbain et paysager (1993) voient le jour. Elles deviennent les Aires de valorisation de l’architecture et du patrimoine (AVAP) en 2010 puis sites patrimoniaux remarquables en 2016. Le patrimoine devient un champ d’action englobant.
3. Un patrimoine instrumentalisé
Si l’État protège et valorise le patrimoine, c’est parce que celui-ci permet la construction d’une identité nationale. C’est le but du musée inauguré à Versailles en 1833 par Louis-Philippe.
L’État utilise également le patrimoine comme un levier de la puissance diplomatique de la France. De la visite de la reine Victoria à Versailles en 1855 à la « muséalisation » de Paris lors des Jeux olympiques de 2024, le patrimoine est un outil clé du soft power.
mot clé
Muséalisation : mise en exposition de l’espace urbain (illuminations, jeux de lumière, panneaux, circuits).
Enfin, la valorisation du patrimoine est un enjeu économique : on estime que 1 euro investi dans le patrimoine génère environ 70 euros de retombées économiques. Le patrimoine de Paris favorise l’émergence de services (restauration, hôtellerie, boutiques).
[Transition] La France a donc progressivement mis en place une législation patrimoniale protectrice et mené des actions de valorisation de son patrimoine au service de sa puissance. Néanmoins, l’État délègue de plus en plus à d’autres acteurs la gestion du patrimoine national.
II. Un État qui se désengage : des politiques plurielles
1. Un désengagement progressif de l’État
La politique patrimoniale est progressivement décentralisée et de plus en plus axée sur le patrimoine local. Les lois de décentralisation de 1983 font des collectivités territoriales (régions, départements, communes) des acteurs clés du patrimoine.
L’État transfère des fonds pour la restauration des bâtiments non classés aux départements, tandis que les régions gèrent les bâtiments classés en collaboration avec le ministère de la Culture depuis 2004.
2. Des enjeux plus sociaux et économiques que politiques
Les collectivités territoriales mettent en avant le patrimoine local, notamment industriel et rural. L’action du département du Nord-Pas-de-Calais conduit à la reconnaissance du bassin minier comme patrimoine mondial par l’Unesco en 2012. Cette initiative vise à favoriser la reconversion post-industrielle de la région et à engager la population locale dans cette valorisation.
Dans les communes, les maires sont responsables de la réparation, de la restauration et de la mise en valeur du patrimoine immobilier communal, même religieux. Ils peuvent demander à l’État des subventions et ils font surtout appel à des mécènes privés (entreprises), à des associations, des dons de particuliers pour financer la préservation et la valorisation du patrimoine.
[Transition] La gestion du patrimoine national relève donc de plus en plus de multiples acteurs, mais elle est aussi source de débats et de tensions.
III. Des politiques publiques, sources de tensions
1. Des politiques patrimoniales aux effets limités
Seuls quelques monuments sont pleinement valorisés au point de connaître une fréquentation importante. De nombreuses collectivités regrettent le désengagement de l’État malgré la création d’une antenne du musée du Louvre à Lens en 2012 ou du MuCEM à Marseille en 2013.
Des voix dénoncent le fait que la notion de patrimoine se soit trop élargie à de nombreux domaines. Le patrimoine est de plus en plus muséifié ou affecté à de nouveaux usages après sa réhabilitation. C’est le cas de friches industrielles devenues des centres artistiques ou commerciaux.
2. Des politiques patrimoniales source de tensions
Les coûts de conservation ou de restauration du patrimoine sont très élevés et les pouvoirs publics sont parfois accusés de « vendre le patrimoine national » à des mécènes privés. La restauration de Notre-Dame de Paris par LVMH, L’Oréal, Total, etc. en est un exemple emblématique. Les entreprises sont accusées de mécénat opportuniste (réductions fiscales).
à noter
La loi Malraux, régulièrement modifiée, permet aux investisseurs immobiliers de bénéficier d’une réduction d’impôt de 30 % s’ils réalisent des travaux dans un secteur sauvegardé.
La muséification renforce la gentrification de certains quartiers. Par exemple, dans le centre de Paris, les premières réhabilitations des années 1960 accentuent le départ des ouvriers et artisans, remplacés par des populations plus aisées, des commerces de luxe et aujourd’hui des locations touristiques.
Les tensions sont également nombreuses entre ceux qui sont favorables à la conservation du patrimoine dans son état d’origine et ceux qui défendent les aménagements modernes.
Conclusion
[Réponse à la problématique] La France possède une diversité et une richesse patrimoniale exceptionnelle dont l’État, les collectivités territoriales et de plus en plus d’entreprises privées assurent la protection et la valorisation. Elle se trouve aujourd’hui confrontée à plusieurs défis : éviter la muséification de ses métropoles mais aussi préserver et financer son authenticité patrimoniale. [Ouverture] Même si l’État a délégué une partie de ses missions à d’autres acteurs, sa volonté reste forte d’instrumentaliser le patrimoine à des fins politiques. L’attitude d’Emmanuel Macron, au soir de l’incendie de Notre-Dame en avril 2019 comme le jour de sa réouverture, témoigne d’un engagement encore fort.