Proposez le portrait d'un personnage ordinaire qui sous vos yeux devient extraordinaire

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re S - 1re ES | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2013 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Des personnages extraordinaires ?
 
 

Des personnages extraordinaires ? • Invention

Roman

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France métropolitaine • Juin 2013

Série ES-S • 16 points

Écriture d’invention

> Le regard que porte la narratrice du texte A sur sa mère fait de cette dernière un personnage fascinant. Comme Colette et en vous inspirant des autres textes du corpus, vous proposerez le portrait d’un être ordinaire qui, sous votre regard, prendra une dimension extraordinaire.

Comprendre le sujet

  • Genre du texte à produire : Sido est un roman autobiographique.
  • Sujet/thème du texte : « un être ordinaire ».
  • Type de texte : « portrait » indique que le texte est descriptif.
  • Situation d’énonciation : « vous… » indique que vous êtes le narrateur.
  • Niveau de langue : courant (ou soutenu) mais vif et pittoresque.
  • Le registre n’est pas indiqué. Mais « dimension extraordinaire » suggère un ton enthousiaste et sans doute lyrique.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Extrait autobiographique (genre), qui décrit [portrait] (type de texte) un personnage ordinaire (sujet), lyrique ? (registre), pour souligner la « grandeur » du personnage et rendre compte des liens du narrateur avec lui (buts).

Chercher des idées

Le narrateur

  • On doit percevoir son identité et ses relations avec le personnage.
  • Personne grammaticale : 1re personne (texte A) ou 3e personne (textes B et C).
  • Le point de vue doit être interne : c’est le « regard » du narrateur qui transfigure le personnage.

Le personnage décrit

  • Il doit être lié au narrateur : liens familiaux, sociaux, sentimentaux, ou plus originaux que ceux du corpus (professeur, artisan, commerçant, camarade de classe…).
  • Donnez des précisions suffisantes pour qu’il puisse être qualifié d’« ordinaire » (statut social ou familial, âge, physique, culture, profession…).
  • « Prendre une dimension extraordinaire »/« fascinant » : il faut que le personnage soit transfiguré et impressionne (beauté intérieure, puissance affective, charisme…). Vous pouvez le transformer en monstre.
  • Pour lui donner de « l’épaisseur », imaginez d’autres personnages (secondaires) autour de lui, avec lesquels il interagit.

La forme

  • Analysez les procédés d’écriture des textes de façon à les reproduire : images (comparaisons, métaphores, animalisations…), exclamations, accumulations, hyperboles, figures de l’amplification…
  • Vous pouvez insérer des paroles rapportées pour animer le portrait.
  • Attention ! Un devoir trop court sera lourdement pénalisé.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

Voici le devoir d’une élève, A.-L. de P., qui a composé en temps limité.

Elle revenait certains samedis soirs, sans penser à me prévenir. Moi, qui travaillais ou paressais dans ma chambre, je sortais soudain de ma concentration, de ma torpeur, au timbre de sa voix qui me parvenait étouffée depuis le rez-de-chaussée, au bruit des volets de sa chambre qui s’ouvraient, au son de ses affaires déposées dans l’entrée et qui s’écroulaient en un tas hétéroclite de reliques étudiantes, qui à mes yeux paraissaient des trésors.

Alors je descendais l’escalier, je traversais de mes pas nus le dallage froid, et je frappais doucement à sa porte entrouverte où j’apercevais la présence vivante de ma sœur revenue. Lorsque j’avais poussé la porte, n’osant tout à fait en franchir le pas, je me tenais là, timide comme une fiancée, les yeux baissés, sans me risquer à trop la regarder en face, de peur d’être éblouie.

Elle ne savait pas que j’espérais avec passion ses retours de plus en plus rares, ces heures de plus en plus courtes aux cours desquelles je m’emplissais les yeux de ses éternels polos Atom bleu vif, de ses cheveux qui semblaient jaillir sur ses épaules comme des tempêtes de cascades, de ses mains si habiles. Elle ignorait qu’au cours des semaines sans elle j’amassais au quotidien chacune des petites anecdotes susceptibles de l’intéresser pour les offrir au retour à son regard bienveillant et tendre, à son rire doux qui fusait toujours au bon moment, à son sourire patient qui jamais ne semblait me chasser. Je restais là, à la porte de sa chambre, à chercher que lui dire, de peur de briser cet enchantement en cessant de parler.

Lorsqu’elle revenait, toute la maison se pressait autour d’elle pour lui faire fête. Il surgissait aux fenêtres des fleurs, et sur la grande table garnie d’une nappe blanche, des mets de festin : rôtis gorgés de sauce aux oignons dans d’immenses plats carrés, plateaux à fromages qu’on tenait à deux mains, tiramisus onctueux et parfumés qui semblaient ne jamais s’épuiser.

Mon frère brandissait sa coupe de vainqueur du tournoi d’échecs, ma sœur sa recette de cuisine la plus récente, et les deux petits, leurs derniers dessins et leurs bonshommes en pâte à sel. Elle regardait tout, s’émerveillait de tout, invitée d’honneur à qui on exhibait, dans sa propre maison, les plus beaux détails capables de la faire revenir.

Info

Chaque classe « prépa » scientifique de l’institution privée que fréquente cette sœur reçoit un surnom comme « Atom » ou « Piston » et se sert d’un jargon particulier : un pougne ? un élève trop travailleur !

Quand elle parlait, la maison s’emplissait de son jargon de prépa, et je buvais avec délice ces mots qui me semblaient renfermer tous les bonheurs secrets de la vie adulte : pougne, agrelles, khâss, taupins, khôlle, pal, épices, co, champial, BJ. Elle racontait les traits d’esprit et les histoires drôles, et au timbre de sa voix la vie en maths sup revêtait l’éclat chaud d’un monde où tous étaient drôles, généreux et intelligents. Elle me contait ses footings dans le grand escalier, les matchs de rugby sous la pluie, les chansons qui jaillissaient à tout moment ; à mes yeux de lycéenne, la guerre Atom-Piston prenait des accents d’épopée, j’aurais tout fait pour avoir part avec elle à cette vie qui m’apparaissait pleine de plaisirs et de divertissements.

Puis elle repartait, aussi soudainement qu’elle était arrivée. Une fois seulement, je l’ai raccompagnée, un jour brûlant d’avril. Je l’ai regardée descendre de la voiture, chargée de son sac et de nos au-revoir, le sourire aux lèvres ; à peine déposée sur le trottoir, elle saluait déjà un camarade posté devant la grille. Et, sans se retourner, elle avançait d’un pas vif et assuré, vers des lieux où je ne pouvais la suivre – où jamais je ne pourrais la suivre.

Et je rentrai chez moi, pour me remettre à amasser anecdotes anodines et histoires insignifiantes… pour la prochaine fois.