Annale corrigée Ecriture d'invention Ancien programme

Proposez une autre vision de la ville décrite par Zola

ROMAN

La description des lieux • Invention

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Amérique du Nord • Juin 2017

Séries ES, S • 16 points

La description des lieux

Écriture d'invention

Imaginez que le texte d'Émile Zola commence par : « Marie eut un cri d'effroi, montrant Paris du geste ». À partir de cette phrase d'amorce, proposez une autre vision de la ville ; vous décrirez ce que voit et ressent le personnage.

Le candidat peut s'appuyer sur le texte de Zola du corpus.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre : « le texte d'Émile Zola » extrait de roman.

Vous devez produire un texte « à la manière de Zola ».

Sujet : « vision de la ville », « Paris » ; « ce que voit et ressent » Marie.

Type de texte : « vision/décrirez » texte descriptif.

Point de vue : « ce que ressent » point de vue interne et omniscient.

Niveau de langue : celui du texte de Zola : soutenu ; courant pour les paroles rapportées directement.

Caractéristiques du texte à produire, à partir de la consigne :

Extrait de roman/réécriture de Zola (genre) qui décrit (type de texte) Paris vue de Montmartre et les émotions/sentiments de Marie (thème), lyrique ? élégiaque ? pathétique ? mélancolique ? (registres), détaillé, subjectif (adjectifs) pour mettre en relation le regard porté sur le monde et des sentiments (buts).

Chercher des idées

Il s'agit d'une « réécriture » du texte de Zola. Vous devez être fidèle à certaines caractéristiques du texte de base.

Contraintes de fond

Le personnage qui voit Paris, Marie, doit conserver son tempérament extraverti.

Les circonstances spatio-temporelles :

le lieu : situation, configuration, éléments ;

l'époque : le second Empire, avec son développement industriel, économique, luxe de la bourgeoisie (banquiers), détresse de la classe ouvrière, travaux dans Paris, contraste entre la ville du luxe et la ville de la misère.

Présence des autres personnages mentionnés chez Zola : Pierre, Mère-Grand, Bertheroy, Guillaume, ses trois fils, le fils de Marie…

Contraintes de forme

Utilisez quelques faits d'écriture du texte de Zola : description détaillée avec des images frappantes ; hyperboles, exclamations ; notations sensorielles ; mention des réactions et gestes des autres personnages présents ; paroles rapportées ; temps verbaux (le passé : passé simple, imparfait) ; vocabulaire affectif des émotions, du jugement ; mots mélioratifs ou péjoratifs marqués subjectivement.

Le statut du narrateur : en dehors de l'histoire comme chez Zola.

Les choix à faire

La « vision » (c'est-à-dire l'image) de la ville doit être « autre » que celle du texte du corpus, où Paris est vu dans un avenir « radieux ».

Mais il faut trouver les éléments suivants.

Un aspect négatif de la ville : la misère, la pollution (mais le texte se situe au xixe siècle, attention aux anachronismes), le vice (ambition sans scrupule, débauche…), la toute-puissance de l'argent.

Une métaphore filée (comme dans le texte de Zola) adéquate pour rendre compte de cet aspect négatif et faire sentir le regard « déformant » presque épique ou fantastique des personnages : vous pouvez partir d'un phénomène naturel « effrayant » (cf. « effroi »), comme une tempête, un orage, la grêle, une inondation, un tremblement de terre.

Un comparant : animaux, monstres, maladie (épidémie), guerre…

Les émotions : partir de l'expression, « cri d'effroi » (= épouvante, frayeur). Selon la vision choisie : appréhension ? dégoût ? révolte ? Manifestations de ces émotions : pleurs ? rire nerveux ? panique ? cris ? gestes ?

Le registre dépend des émotions. Lyrique ? pathétique ? dramatique ?

Corrigé

Nous avons choisi de décrire Paris à travers le regard de personnages qui éprouvent dégoût et panique face à une ville envahie par les pollutions industrielles, qui la rend irrespirable et invivable.

conseil

Si l'écriture d'invention n'a pas de fond argumentatif, ce sont le style et l'expression qui priment. Il vaut alors mieux un texte assez bref mais bien écrit.

Marie eut un cri d'effroi, montrant Paris.

« Voyez donc ! Paris souillé, Paris noir de crasse et de suie, Paris enseveli sous des vapeurs répugnantes ! »

Tous eurent un mouvement de recul, horrifiés par le spectacle d'une capitale naguère moderne, belle, aérée, aujourd'hui étouffée sous une pollution si épaisse qu'elle masquait le ciel, recouvrait tout de sa grisaille sinistre et réduisait les rayons obliques du couchant à de pâles lueurs jaunâtres et maladives. L'horizon était barré par un hérissement de cheminées d'usines qui vomissaient des fumées lourdes et sombres ; celles-ci prenaient en grossissant des formes aussi monstrueuses et imprévisibles que des explosions volcaniques. Les toits de la ville formaient un océan d'une couleur gris plombé, d'où s'échappaient des milliers de fines volutes de gaz qui serpentaient vers le haut comme des reptiles lancés à l'assaut du ciel pour le mordre et lui inoculer leurs poisons.

« Voyez donc ! reprit Marie. Pas un coin de la ville n'échappe à cette infection ! Elle enveloppe les bâtiments, elle asphyxie les êtres. » Il n'y avait presque aucun souffle d'air. Tout semblait figé, englué dans un sirop poisseux. Mais, par moments, à la faveur d'un très lent mouvement de l'air, apparaissait le profil tronqué d'un monument : une tour de Notre-Dame semblait un bloc à la dérive, le Panthéon laissait voir son dôme en partie gommé comme si un acide l'avait rongé… D'un seul coup, produite par des macérations accumulées toute la journée, une odeur infecte de pourriture envahit l'air. Les Froment se regardèrent tétanisés, saisis par la même nausée. Ils commencèrent à suffoquer, les narines et la bouche emplis par la puanteur. Marie dénoua le fichu qui lui couvrait les épaules. Elle entoura le corps et le visage de l'enfant qu'elle portait dans ses bras. Puis elle soupira. Sur le visage de Mère-Grand, creusé par les rides, coulèrent quelques larmes tandis que Pierre et Bertheroy restaient immobiles, pétrifiés par l'horreur de ce qu'ils découvraient. « Viens ! Jean, viens ! Mon petit ! s'écria Marie. Nous allons quitter ce lieu d'épouvante. Nous irons ailleurs, loin d'ici, où il fait bon vivre, où tu pourras grandir et respirer. »

Pendant ce temps, Paris continuait de suffoquer.

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