Que devons-nous à l’État ?

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : La justice et le droit - La politique
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : France métropolitaine
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Que devons-nous à l’État ?

L’État

La politique

phiT_1306_07_02C

France métropolitaine • Juin 2013

dissertation • Série ES

Définir les termes du sujet

Devoir

  • Devoir signifie en un premier sens avoir une dette, être débiteur envers quelqu’un. En ce sens, il s’agit de se demander en quoi l’État pourrait être notre créancier, c’est-à-dire ce qu’il nous apporte, ce qu’il nous garantit.
  • Mais devoir signifie également avoir une obligation envers quelqu’un. Il s’agit donc de se demander quels devoirs nous avons envers l’État.

État

  • L’État se définit comme l’autorité politique souveraine, qui produit et applique les lois propres à une société donnée à un moment donné de son histoire.
  • En ce sens on distingue l’État, corps politique constitué de citoyens, de la société civile, simple association d’individus mûs par leur intérêt privé.

Dégager la problématique et construire un plan

La problématique

  • Le problème posé par le sujet réside dans l’ambiguïté de l’expression « devoir à », qui renvoie à la fois à l’idée d’une dette que nous aurions vis-à-vis de l’État, et à l’obligation que nous avons envers lui.
  • La problématique découle de ce problème central, puisqu’il s’agira précisément d’interroger cette ambivalence. Car comment pouvons-nous être à la fois ceux qui doivent une chose à l’État et ceux à qui l’État doit quelque chose ? La question est bien celle d’une réciprocité, puisqu’il s’agit de nous demander pour quelles raisons nous devons être reconnaissants à l’État, et de quoi. Que nous garantit l’État ? Que nous demande-t-il en échange ? Mais après tout, est-il si sûr que nous devions une chose à l’État ?

Le plan

  • Dans un premier temps, nous nous demanderons quels sont nos devoirs envers l’État : en quoi peut-on dire que nous lui devons obéissance ?
  • Dans un deuxième temps, nous examinerons ce en quoi nous pourrions être reconnaissants à l’État.
  • Enfin, nous nous demanderons si notre rapport à l’État doit nécessairement se poser en termes de dette et d’obligation.

Éviter les erreurs

Il est essentiel, pour traiter ce sujet, d’identifier l’ambivalence du terme « devoir à » : vous êtes également notés sur votre capacité à envisager le sujet dans toutes ses dimensions. Ne retenir que la question « Que nous apporte l’État ? » serait très réducteur.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Se demander ce que nous devons à l’État, c’est présupposer que nous lui devons quelque chose, et se demander quelle dette et quelle obligation nous aurions envers lui. Car devoir signifie bien en un premier sens avoir une dette, être débiteur envers quelqu’un. En ce sens, il s’agit de se demander en quoi l’État pourrait être notre créancier, c’est-à-dire ce qu’il nous apporterait, ce qu’il nous garantirait. Mais devoir signifie également avoir une obligation envers quelqu’un.

L’État se définit comme l’autorité politique souveraine, qui produit et applique les lois propres à une société donnée à un moment donné de son histoire. Le problème posé par le sujet réside dans l’ambiguïté de l’expression « devoir à », qui renvoie à la fois à l’idée d’une dette que nous aurions vis-à-vis de l’État, et à l’obligation que nous avons envers lui. Mais comment pouvons-nous être à la fois ceux qui doivent une chose à l’État et ceux à qui l’État doit quelque chose ? Quel est le sens du contrat que nous avons avec l’État, et quels sont les termes de ce contrat ? La question est bien celle d’une réciprocité, puisqu’il s’agit de nous demander pour quelles raisons nous devons être reconnaissants à l’État, et de quoi. Que nous garantit l’État ? Que nous demande-t-il en échange ? Et d’ailleurs, est-il si sûr que nous devions une chose à l’État ?

Dans un premier temps, nous nous demanderons quels sont nos devoirs envers l’État : en quoi peut-on dire que nous lui devons obéissance ? Mais ce devoir n’est-il pas conditionné par ce que nous attendons de l’État, ce qu’il nous garantit ? Enfin, nous nous demanderons si notre rapport à l’État doit nécessairement se poser en termes de dette et d’obligation.

1. Nous devons obéissance à l’État

A. Le premier devoir du citoyen est d’obéir à la loi

On pourrait penser que ce que nous devons à l’État, c’est l’obéissance. C’est ce que dit Hobbes dans le Léviathan, en définissant le pacte qui est à l’origine de la formation de l’État comme un pacte entre les individus au profit du souverain. Dès lors, les sujets doivent exclusivement au Léviathan, c’est-à-dire à l’État symbolisé comme un corps formé par le peuple et une tête formée par le roi, une obéissance complète, à laquelle Hobbes autorise certaines exceptions liées au droit à la vie.

B. L’État exige non notre soumission, mais notre obéissance aux lois

Mais si nous devons obéissance à l’État, est-ce nécessairement sous la forme de ce contrat par lequel nous renonçons à l’exercice de nos volontés particulières ? C’est le problème qu’envisage Rousseau, en redéfinissant dans Le Contrat social le contrat qui est au fondement de l’État comme celui par lequel chaque citoyen s’engage vis-à-vis de l’État qui en retour s’engage vis-à-vis de chaque citoyen. Chaque citoyen, étant auteur de la loi, ne doit plus soumission mais obéissance à l’État. Autrement dit, ce que je dois à l’État, c’est une obéissance aux lois issues de ma volonté générale.

[Transition] Mais si nous devons obéissance à l’État, ce n’est alors qu’en vertu d’un contrat par lequel l’État nous garantit quelque chose. Mais quelle est cette chose que nous attendons en retour comme un dû ?

2. Nous devons à l’État notre liberté

A. L’État nous permet de survivre

En premier lieu, on pourrait dire que l’État nous garantit, en échange de notre obéissance aux lois, la sécurité. La nécessité de l’État provient en effet de la nécessité de sortir du rapport de force et de l’instabilité de rapports de pouvoir établis sur la force. Si j’accepte d’obéir aux lois, c’est dans la mesure où l’État me garantit en retour qu’il sanctionnera ceux qui enfreignent ces lois.

B. L’État est la condition de possibilité de notre liberté

Mais ce que nous devons à l’État serait alors la sécurité définie comme condition de possibilité de la liberté. C’est ce que souligne Rousseau, en établissant que les lois ne sont jamais que le moyen de nous rendre libres. S’il perd la liberté naturelle de subvenir à ses besoins en vertu des forces dont il dispose, le citoyen gagne en effet, par l’association politique, la liberté sociale définie comme jouissance de droits garantis par la loi qu’on s’est donné à soi-même. Par conséquent, ce que je dois à l’État, ce sont les droits qu’il me donne en échange de l’observation de mes devoirs, droits qui définissent ma seule liberté possible.

[Transition] Mais finalement, pouvons-nous seulement définir notre rapport à l’État en termes de dette et d’obligation ? Qu’implique cette définition ?

3. Nous ne devons rien à l’État

A. C’est l’État qui cherche à se représenter à nous comme notre créancier

C’est le problème que soulève Marx dans L’Idéologie allemande, en définissant l’État comme une communauté fictive dont le pouvoir d’abstraction compense le défaut réel de communauté dans les relations entre les individus. L’État n’est que cette forme de pouvoir qui s’efforce de maintenir en nous un sens du devoir, en produisant sans cesse de nouvelles abstractions destinées à permettre à chacun d’éprouver son appartenance à cette communauté fictive : la partie, par exemple, est l’une de ces entités fictives destinées à nous maintenir dans l’idée selon laquelle nous serions débiteurs de l’État, et à continuer à poser notre rapport à lui en termes de dette plutôt que d’obligation.

B. L’État n’est qu’une limite à ma liberté

On peut également se demander plus radicalement en quoi nous serions redevables à l’État de notre liberté. C’est la question que pose Bakounine, en affirmant dans Dieu et l’État que « La liberté d’autrui, loin d’être une limite ou la négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation. » Ce que remet en cause Bakounine, c’est la définition de la liberté comme une liberté sociale définie par la loi. En somme, je ne dois rien d’autre à l’État qu’une aliénation de ma liberté individuelle.

Conclusion

En définitive, on peut se demander si notre rapport à l’État se pose en termes de dette et d’obligation. Si nous devons obéissance à un État qui en retour doit garantir notre sécurité afin de nous permettre d’atteindre la liberté, cette représentation n’est-elle pas produite par un État visant, comme son étymologie l’indique, à subsister au-delà du jeu des intérêts particuliers, et qui produit donc la représentation d’un citoyen débiteur ? Si nous sommes l’État, lui devons-nous seulement quelque chose ?