Quelles politiques pour l’emploi ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Travail, emploi, chômage
Type : Dissertation | Année : 2012 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Quelles politiques pour l’emploi ?
 
 

Travail, emploi, chômage

Corrigé

47

Ens. spécifique

sesT_1200_00_45C

 

Sujet inédit

dissertation • 20 points

> Faut-il baisser le coût du travail pour créer des emplois ?

Document 1

Part des salaires dans la valeur ajoutée brute
des sociétés non financières en France


 

Source : L’Économie politique, n° 41, février 2009.

Document 2

Part de l’emploi peu qualifié
dans l’emploi total en France


 

Source : Stéphanie Janet, « Améliorer la performance du marché du travail en France », OCDE, Documents de travail du département des Affaires économiques, n° 504, 2006.

Remarque : Les mesures d’allégement des charges sociales, portant principalement sur les bas salaires, ont été introduites en 1993.

Document 3

Niveau de productivité de la main-d’œuvre
et rémunération du travail dans les pays de l’OCDE (en 2008)

 

Pays

PIB par heure travaillée

(indice base 100 : États-Unis)

Rémunération du travail par heure

(en dollars PPA1)

Irlande

106,2

23,1

Pays-Bas

101,7

33,2

États-Unis

100

32,8

France

98,2

31,0

Allemagne

92,8

28,7

République tchèque

45,3

13,2

Hongrie

42,3

11,6

 

Source : OCDE.

1. Les taux de change PPA (parité en pouvoir d’achat) expriment le rapport entre le nombre d’unités monétaires nécessaires pour acheter le même panier de biens et de services dans des pays différents.

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

Le sujet conduit à s’interroger sur les effets des politiques d’allégement du coût du travail sur l’emploi.

Dégager la problématique

La réflexion peut se structurer autour de deux questions guides :

I. Pourquoi la baisse du coût du travail permettrait-elle de créer des emplois dans les pays développés ?

II. Quelles sont les limites, voire les effets pervers d’une telle stratégie ?

Analyser les documents

Document 1

  • Le graphique présente l’évolution de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Le partage des richesses s’est infléchi plutôt en faveur des entreprises, donc au détriment des salariés.
  • Cela traduit la mise en place de politiques d’inspiration libérale centrées sur l’offre : l’amélioration de la compétitivité et la restauration des comptes des entreprises devant stimuler la croissance et l’investissement.

Document 2

  • Ce document montre l’évolution de la part de l’emploi peu qualifié dans l’emploi total. Deux périodes se distinguent. De 1982 à 1994, on observe une baisse relative de l’emploi peu qualifié en France, liée aux pertes d’emplois d’ouvriers non qualifiés, et un coût du travail non qualifié trop élevé, qui incite les entreprises à substituer le capital au travail. De 1994 à 2001, la part de l’emploi peu qualifié augmente légèrement.
  • Cette évolution peut être mise en relation avec l’adoption de mesures d’allégement du coût du travail (baisse des cotisations patronales sur les bas salaires).

Document 3

  • Ce tableau mesure l’ampleur des différences de rémunération du travail dans plusieurs pays de l’OCDE. On constate également qu’il existe (à l’exception de l’Irlande) une relation positive entre le niveau de rémunération du travail et le niveau de la productivité du travail.

Définir le plan

Dans une première partie, montrez que, dans les économies développées ouvertes sur l’extérieur, la baisse du coût du travail semble à court terme la solution idéale pour créer des emplois. Dans une seconde partie, examinez les limites et les effets pervers d’une telle politique.

Corrigé

Introduction

  • Depuis la fin des années 1970, la montée du chômage dans les pays industrialisés et la difficulté des pouvoirs publics à l’endiguer ont renouvelé le débat opposant les tenants des thèses keynésiennes aux économistes néoclassiques. Les premiers considèrent l’emploi comme un revenu, alors que les seconds le perçoivent comme un coût à minorer pour lutter contre le sous-emploi.
  • Le coût du travail correspond au coût salarial (salaire brut et cotisations sociales patronales) auquel s’ajoutent tous les coûts induits par le recrutement, la formation, voire le licenciement du salarié. Sa diminution serait-elle l’élément moteur des créations d’emplois ?
  • Après avoir montré que, dans les économies développées ouvertes sur l’extérieur, la baisse du coût du travail semble à court terme la solution idéale pour créer des emplois, nous examinerons les limites et les effets pervers d’une telle politique sur le volume global de l’emploi.

I. La baisse du coût du travail semble à court terme une solution pertinente pour créer des emplois

1. Les effets de la baisse du coût du travail
sur l’offre de biens et de services

  • La baisse du coût du travail est un moyen d’améliorer la compétitivité prix des entreprises confrontées à la concurrence internationale. Selon une idée communément admise, l’incapacité de la France à limiter les destructions d’emplois serait liée à la concurrence internationale, notamment celle exercée par les pays à bas salaires et à capacité technologique, ceux d’Asie du Sud-Est et de l’Europe de l’Est. En supportant un coût du travail moindre, les entreprises de main-d’œuvre peuvent diminuer leurs prix de vente et exporter davantage, ce qui stimule la production donc l’emploi.
  • Une politique de baisse du coût du travail inverse le partage de la richesse au profit de l’entreprise, ce qui stimule l’investissement. Qu’elle s’opère par une modération salariale ou une baisse des charges sociales, la baisse du coût du travail leur permet de bénéficier d’une part plus importante de la valeur ajoutée. Le taux de marge augmentant, leurs capacités d’épargne peuvent croître, ce qui rend plus aisé le financement d’investissements, source de création d’emplois. La baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée brute (74 % en 1982, 65 % en 1990) s’inscrit dans cette logique (document 1).

2. Les effets de la baisse du coût du travail
sur la demande de travail peu qualifiée

  • Conformément à la thèse néoclassique, une baisse du coût du travail accroît la demande, car le travailleur supplémentaire redevient rentable. Le marché du travail fonctionne comme n’importe quel marché ; le chômage correspond donc à une situation dans laquelle l’offre de travail des actifs est supérieure à la demande que les entreprises en font. Pour atteindre l’équilibre sur le marché, la baisse du coût salarial s’impose. De la sorte, les entreprises seront moins tentées de substituer du capital au travail, notamment pour les emplois les moins qualifiés, moins bien rémunérés.
  • Grâce à la baisse du coût du travail, les entreprises substituent du travail peu qualifié au capital. La réduction du coût du travail qui s’opère en France à partir du début des années 1990 semble exercer des effets bénéfiques sur l’emploi non qualifié. En effet, les mesures d’allégement des charges sociales portent principalement sur les bas salaires. Introduites en 1993, elles ont permis d’enrayer la baisse de la part des emplois non qualifiés dans le total des emplois (document 2). Par les effets directs et indirects qu’elle exerce sur le marché du travail, la réduction du coût du travail semble avantageuse pour l’emploi. Mais elle comporte des limites.

II. Mais, à plus long terme, les effets d’une telle politique sont limités, voire pervers sur le volume global de l’emploi

1. L’efficacité d’une politique de baisse du coût du travail
sur l’emploi est discutable

  • La concurrence des pays à bas salaires n’explique que partiellement les difficultés de l’emploi dans les pays développés. D’une part, la France ne peut lutter contre la concurrence des pays émergents en se plaçant sur le terrain du coût salarial, l’écart de développement étant trop important par rapport à ces pays. Par exemple, la rémunération pour une heure de travail en France est près de 3 fois plus élevée qu’en Hongrie (31 dollars, contre 11,6 dollars). D’autre part, la part des échanges de la France avec les pays émergents à bas salaires est faible.
  • Réduire le coût du travail pour restaurer la compétitivité des entreprises françaises n’est donc pas une solution suffisante puisque l’essentiel du commerce extérieur réalisé se fait avec des pays de même niveau de développement et ces pays ont des économies dans lesquels le coût du travail n’est pas moins élevé. Ainsi, l’Allemagne constitue le premier partenaire commercial de la France. Or, la rémunération horaire en Allemagne (28,7 dollars) est proche de celle de la France, pour un niveau de productivité plus élevé en France (document 3).

2. Les effets pervers d’une politique de baisse du coût du travail

  • Comme le souligne la théorie du salaire d’efficience, un haut niveau de rémunération peut être le gage d’une productivité plus élevée. Lorsque celle-ci augmente plus vite que ne le fait le coût horaire du travail, les coûts salariaux unitaires ont alors tendance à décroître. Par conséquent, dans les secteurs menacés par la concurrence internationale, des mesures favorisant la hausse de la productivité du travail contribuent plus à la création d'emploi qu'une baisse du coût du travail.
  • En outre, la baisse du coût du travail provoque une baisse de la demande effective, elle-même source de récession. Les politiques d’inspiration libérale ont cherché, par la désindexation salariale et la mise en concurrence des salariés, à abaisser le coût du travail dans les pays développés de façon à restaurer la compétitivité prix de ces économies ouvertes sur l’extérieur. Cependant, le jeu non coopératif de nations se livrant individuellement à la course au « moins-disant social » est macroéconomiquement néfaste à l’emploi. Si la baisse des salaires dans une entreprise permet à celle-ci de conquérir des parts de marché, en la généralisant à l’ensemble des entreprises, il en découle une contraction de la demande globale préjudiciable à la croissance et donc à la création d'emplois. Il apparait donc que la baisse du coût du travail n'est pas sans effets pervers sur la capacité d'une économie à créer des emplois. 

Conclusion

  • Réduire le coût salarial, notamment par le biais d’une baisse des charges sociales patronales, semble favoriser à court terme l’emploi, en restaurant la compétitivité prix des entreprises et leurs marges bénéficiaires, source d’investissement. Redevenant rentables pour l’entreprise, les travailleurs les moins qualifiés en profitent. Pourtant, cette solution n’a pas prouvé son efficacité et peut se révéler incohérente, compte tenu de la nouvelle division internationale du travail. En l’adoptant, les pays développés positionnent leurs systèmes productifs sur des terrains concurrentiels insoutenables, bridant leur capacité d’adaptation et leur demande globale.
  • D’autres solutions pour faire face au chômage de masse dans les pays développés sont encore à rechercher : réflexions sur le temps de travail, développement des dispositifs de formation continue, etc.