Rafle du Vel d’Hiv (1942) et déportation de masse

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : L’Europe, un théâtre majeur des guerres totales (1914-1945)
Type : Analyser et comprendre des documents | Année : 2019 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Juillet 2019

analyser des documents • 20 points

Rafle du Vel d’Hiv (1942) et déportation de masse pendant la Seconde Guerre mondiale

document 1 Circulaire de la préfecture de Paris ordonnant la rafle du « Vel d’Hiv » des 16 et 17 juillet 1942

« À messieurs les commissaires […]

Paris, le 13 juillet 1942.

Les autorités occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombre de Juifs étrangers. […] [La mesure] concerne tous les Juifs étrangers, quel que soit leur sexe, pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans. Les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents1. […]

Vous constituerez des équipes d’arrestation. Chaque équipe sera composée d’un gardien en tenue et d’un gardien en civil ou d’un inspecteur des Renseignements généraux ou de la Police judiciaire.

[…]

Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaire. […] Des autobus seront mis à disposition. Lorsque vous aurez un contingent suffisant pour remplir un autobus, vous dirigerez :

a) Sur le camp de Drancy les individus ou familles n’ayant pas d’enfant de moins de 16 ans.

b) Sur le Vélodrome d’Hiver : les autres.

En ce qui concerne le camp de Drancy, le contingent prévu doit être de 6 000.

[…]

La garde du Vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par la gendarmerie de la région parisienne et sous sa responsabilité.

Le directeur de la police municipale, Hennequin. »

Archives de la police, sorties à l’occasion d’une exposition organisée par la mairie du IIIe arrondissement de Paris en 2012.

1. En réalité, la rafle s’est portée sur tous les Juifs, français comme étrangers et de tout âge.

document 2 Principaux itinéraires des convois de déportation à destination d’Auschwitz

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Mémorial de la Shoah.

Document 1

1. À l’aide de l’expression soulignée, présentez la situation de la France en 1942.

2. Identifiez les personnes visées par la circulaire.

3. Décrivez ce qu’est une rafle à l’aide de ce document.

4. Montrez comment les services de l’État français collaborent avec l’occupant.

Document 2

5. Expliquez pourquoi la rafle du « Vel d’Hiv » n’est qu’une étape dans la politique nazie mise en place en Europe durant la Seconde Guerre mondiale.

Les clés du sujet

Comprendre les documents

Le document 1 est de type officiel. Il a été produit par le directeur de la police de Paris, M. Hennequin, le 13 juillet 1942, jour de la rafle du « Vel d’Hiv ». L’auteur expose la mission qu’il confie aux commissaires de la police parisienne. Ce document permet de connaître l’attitude des autorités de police françaises concernant cette affaire.

Le document 2 est une carte réalisée par des historiens (date inconnue) à des fins didactiques. Elle montre comment était organisée la déportation des victimes du nazisme jusqu’aux camps d’extermination situés en Europe de l’Est.

La confrontation des deux documents permet de passer du cas particulier (la rafle du « Vel d’Hiv ») à la réalité générale (la Shoah).

Répondre aux questions

 1. Qui « occupe » ? Que signifie l’emploi de ce verbe dans le contexte de 1942 ? Selon tes connaissances, en combien de zones la France était-elle divisée ?

 2. Attention : deux mots associés sont à prendre en compte pour bien répondre à la question. Interroge-toi aussi sur le cas des enfants.

 3. Dans le document 1, identifie les différentes étapes de l’opération. Rédige ensuite ta réponse en reliant chacune d’elle de manière à faire un récit.

 4. Qui prend la décision de la rafle d’après le document ? Ne recopie pas celui-ci. À partir des informations qu’il fournit, définis le type d’action, d’une part, et de responsabilité, d’autre part, assuré par les services de l’État français.

 5. Utilise la légende pour distinguer les types de camps et leurs localisations. De quoi témoigne le passage de « camp d’internement » à « camp d’extermination » ? Que déduire de la présence d’autres camps que celui d’Auschwitz et « d’autres convois » vers ce camp, qui ne partent pas de Paris ? Utilise tes connaissances concernant la « solution finale ».

Corrigé

Corrigé

conseil

Pour être complet, n’hésite pas à remonter aux débuts de la guerre. Cite les temps forts de celle-ci, ceux qui permettent d’expliquer la situation que tu rappelles.

1. En juin 1940, la France a été vaincue par l’Allemagne. L’armistice a été signé et le territoire est divisé en plusieurs zones. Les deux plus grandes sont la zone occupée au nord et le long de la côté atlantique, et la zone libre au sud sous l’autorité du maréchal Pétain, installé à Vichy. L’Alsace-Lorraine est rattachée à l’Allemagne. Les départements du nord de la France sont dans une zone « interdite ».

remarque

Le document 1 ne vise que les Juifs étrangers, mais, comme le souligne la note qui l’accompagne, la rafle affecta aussi les Juifs français.

2. Les personnes visées par la circulaire sont « les Juifs étrangers ». Ce sont donc toutes les personnes caractérisées par leur confession ou appartenance à la communauté juive et n’ayant pas (ou plus) la nationalité française. Aucune distinction sérieuse de sexe ou d’âge n’est faite, les enfants de moins de seize ans sont également concernés. Ils ne doivent seulement pas être séparés de leurs parents.

3. Une rafle est une opération d’arrestation massive (des milliers de personnes, selon le document) et d’emprisonnement des personnes visées. Celles-ci sont interpellées à leur domicile, rassemblées, puis emmenées vers des lieux de détention (le camp de Drancy, en l’occurrence) à l’aide de véhicules utilitaires (des bus).

4. La rafle est décidée par les Allemands. Les Français leur apportent leur aide matérielle. Ils fournissent des personnels d’intervention pour opérer les arrestations ; d’autres pour garder les interpellés au vélodrome ou dans le camp de Drancy (la gendarmerie). Ils fournissent aussi les véhicules (et leurs chauffeurs) servant au transfert des victimes vers les sites d’internement. Les Français ne sont que des exécutants, sans lesquels, cependant, l’opération n’aurait pas pu être menée à bien.

info +

Pendant la guerre, on distingue les camps de prisonniers militaires où sont respectées les conventions de Genève, les camps de concentration où les conditions de vie sont très dures, et les camps d’extermination où les personnes sont assassinées.

5. La rafle du « Vel d’Hiv » n’est qu’une étape dans la politique nazie. Elle n’est d’abord qu’une rafle parmi d’autres. La déportation des Juifs se fait pendant toute la durée de la guerre, jusqu’à la fin de celle-ci en 1945. Au début, les Juifs ont été recensés, fichés et limités dans leurs droits ; puis ils ont été enfermés dans des camps. Ils ont été progressivement exclus des sociétés nationales, puis déportés dans des camps de concentration. À partir de 1942, les nazis ont pris la décision d’une « solution finale » : l’extermination des Juifs d’Europe, leur assassinat pur et simple. Celui-ci avait commencé « par balles » sur le front de l’Est dès juin 1941 ; il s’est poursuivi par les privations, puis par le gaz dans les camps comme Auschwitz. Plus de cinq millions de Juifs ont été victimes de ce génocide auquel le régime de Vichy a collaboré.