Raison et croyance

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : La raison et la croyance
 

sujet de type bac – Explication de texte

Dégagez l’idée principale du texte suivant, puis expliquez les étapes de son argumentation.

La foi dogmatique1, étroite ou large, peut-elle subsister indéfiniment devant la science moderne ? Nous ne le pensons pas. Il y a dans la science deux parties : l’une constructive, l’autre destructive. La partie constructive est déjà assez avancée, dans nos sociétés modernes, pour répondre à certains désirs de l’esprit humain que le dogme se chargeait jadis de satisfaire. Sur la genèse du monde, par exemple, nous avons aujourd’hui des renseignements plus étendus et plus détaillés que ne le sont les imaginations bibliques […]

La science n’a pas moins d’importance par son influence dissolvante et destructive. D’abord les sciences physiques et astronomiques. Toutes les anciennes superstitions sur les tremblements de terre, les éclipses, etc., qui étaient une occasion constante d’exaltation religieuse, sont détruites ou bien près de l’être jusque dans les masses populaires […] Les sciences physiologiques et psychologiques ont le rôle très important de nous expliquer d’une manière naturelle une foule de phénomènes du système nerveux où l’on était forcé, jusqu’alors, de voir du merveilleux ou de la supercherie, du divin ou du diabolique.

Enfin, les sciences historiques attaquent les religions non pas seulement dans leur objet, mais en elles-mêmes, dans leur formation naturelle, montrant toutes les sinuosités et les incertitudes de la pensée qui les a construites, les contradictions primitives, bien ou mal corrigées par la suite.

1. Foi dogmatique désigne ici la religion.

Jean-Marie Guyau, L’Irréligion de l’avenir, 1886.

Corrigé

Guyau affirme ici que la science moderne va provoquer la disparition des croyances religieuses. À la fin du xixe siècle, il exprime une conviction très partagée en son temps. La science aurait pour cela deux pouvoirs : elle construit des explications nouvelles plus satisfaisantes que la religion, elle critique et détruit les théories religieuses.

La science a le pouvoir de mieux répondre au désir de connaissance des hommes. L’auteur le montre avec l’exemple de la création de l’univers. La science moderne est plus satisfaisante face à cette énigme que les récits religieux, celui de la Genèse par exemple qui se trouve au début de la Bible. La raison est ici plus convaincante que la foi.

Mais c’est le pouvoir destructeur des sciences qui est surtout développé ici, par l’évocation de trois domaines scientifiques :

– la physique et l’astronomie font apparaître comme des événements naturels certains phénomènes inquiétants ou menaçants que la religion expliquait par le surnaturel, et dont elle tirait un certain pouvoir, fait remarquer Guyau.

– la physiologie et la psychologie expliquent aussi comme des phénomènes naturels des comportements humains anormaux, dans lesquels la religion voulait voir une emprise du divin.

– c’est, pour finir, l’étude historique des textes religieux eux-mêmes qui fait apparaître qu’ils ont été progressivement construits par les hommes, et non révélés miraculeusement. L’histoire des religions est donc une science irréligieuse.