Rédigez le monologue intérieur d'Ariane

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re L - 1re S | Thème(s) : L'écriture d'invention - Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Écriture d'invention | Année : 2011 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La connaissance du cœur humain
 
 

La connaissance du cœur humain • Invention

Corrigé

32

Roman

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Sujet inédit

le personnage de roman • 16 points

Écriture d’invention

> Tandis que Solal songe à Ariane (document C), celle-ci réfléchit de son côté à leur relation amoureuse. En vous inspirant des éléments fournis par le texte, vous imaginerez ses pensées. Vous conserverez la troisième personne du singulier.

Comprendre le sujet

Faites la « définition » du texte à produire pour repérer les contraintes.

Extrait de roman (genre) qui rend compte (type de texte) des pensées d’Ariane sur sa relation amoureuse avec Solal (thème), pour faire connaître le personnage de l’intérieur (but).

Chercher des idées

Le fond

  • Inspirez-vous « des éléments fournis par le texte » :
  • le statut des personnages : un couple ; des exclus ;
  • la psychologie d’Ariane : « elle […] faisait de son mieux pour ­conserver un climat de passion » ; « elle avait tout abandonné pour une vie merveilleuse » ; elle est inconsciente (« S’apercevait-elle de leur tragédie ? Non ») ; ses sujets de conversation sont mièvres ; sa principale préoccupation est de « meubler » ses après-midi ;
  • les occupations du couple.

Choix à faire

Ils portent sur les rapports d’Ariane avec Solal et sur son point de vue avec celui-ci. Elle peut, au choix :

  • ne pas se rendre compte de l’ennui et de la lassitude de Solal, et rester totalement naïve (ton enjoué) ;
  • sentir la désaffection de Solal et souffrir de son indifférence (registre pathétique) ;
  • exprimer sa déception de ne pas vivre la « vie merveilleuse » espérée (ton lyrique) ;
  • se rendre compte que Solal fait des efforts, lui en savoir gré, tout en se désolant (ton élégiaque) ;
  • porter le même regard que Solal sur leur relation (ton désabusé) ;
  • porter un regard très critique sur Solal, mais, de son côté aussi, jouer la comédie (ton cynique et ironique, comme Solal).

La forme, l’écriture

  • Respectez les temps du texte de Cohen (concordance des temps dans le style indirect libre).
  • Analysez la façon de « parler » de Solal ; il s’agit d’un style proche du style parlé qui livre les pensées à l’état brut (interjections, expression ou syntaxe parfois familière ; questions rhétoriques, accumulations…).
  • Accordez les procédés d’écriture au registre choisi : ton lyrique (vocabulaire amoureux, hyperboles, exclamations, mots mélioratifs…) ; ton pathétique (vocabulaire de la souffrance ; hyperboles, exclamations ; interjections…) ; ton ironique (antiphrases, exagérations, images humoristiques…).

> Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

> Le roman : voir lexique des notions.

Corrigé

Ariane entra dans la chambre, se retourna, et adressa un dernier sourire à Solal à travers l’embrasure de la porte avant de la fermer derrière elle.

Elle soupira profondément : il s’ennuyait, c’était visible. Dieu sait pourtant qu’elle s’efforçait de rendre leur vie passionnante. Passionnée, même. Mais c’était en vain, elle s’en rendait bien compte. Au début, bien sûr, tout allait à merveille : ils paressaient au lit, se levaient à des heures indues pour déjeuner ensuite sur la terrasse de l’hôtel, et sortir dans l’après-midi exactement là où ils voulaient… Le monde était à eux. Peut-être en avaient-ils trop profité ? Peut-être devaient-ils maintenant payer tous leurs plaisirs d’ennui et d’amertume cachée, car pouvaient-ils bien se montrer leur mélancolie teintée d’ironie, à présent ? C’eût été un aveu d’échec que ni l’un ni l’autre ne voulait faire : le premier par orgueil, la seconde pour ne pas tout briser. Enfin, c’était surtout Solal qui devait cacher son ennui, pas elle : elle se trouvait bien là, à l’hôtel, avec lui, à profiter de tout sans se soucier du lendemain.

Elle se moquait bien d’être dorénavant exclue de la bonne société qui l’avait vendue, car c’était bien de cela qu’il s’agissait, à un homme qu’elle ne pouvait, ni n’aurait jamais pu aimer. Adrien était certainement quelqu’un de bien, oui, quelqu’un de très bien. Mais que faisait-on avec quelqu’un de bien ? À part lui sourire le matin et la regarder avec des yeux adorateurs ? Quel ennui qu’un tel homme ! Avec lui, Ariane n’avait jamais manqué de rien, c’était certain. Mais quel bonheur d’abandonner cette vie terne et maussade pour fuir avec Solal ! Ariane avait eu l’impression de découvrir un monde nouveau, chatoyant, un monde où l’on pouvait s’épanouir sans songer à quoi que ce soit, sans devoir satisfaire quelqu’un qu’on ne voulait pas satisfaire. À présent, elle pouvait raconter sa vie, son enfance, parler enfin de tout ce qu’elle n’avait pas pu dire à son mari, profiter de tout. La liberté !

Mais tout cela, c’était au début. À quoi bon désormais ? Solal s’ennuyait ; et c’était là le pire salaire qu’elle aurait pu récolter pour tous les efforts qu’elle avait faits. Elle aurait pu choisir de ne pas le voir, mais cela n’aurait rien changé. Et elle n’était pas si bête pour ne pas s’en être aperçue. Que croyait-il ? Que pensait-il à cet instant même ? Espérait-il qu’elle s’en aille, qu’elle le quitte ? En bref : qu’elle le laisse tranquille ? Ou espérait-il encore, comme elle ? Espérait-elle encore elle-même ? Elle n’aurait pas été malheureuse si Solal ne l’avait pas été : et ils auraient continué à mener la belle vie, faite de baisers, de rires et de danses, de soirées au théâtre et de concerts. Oui, elle aurait pu s’en satisfaire si Solal n’avait pas voulu autre chose. Mais Solal ne pouvait se satisfaire de petits riens aussi simples. Elle le voyait à l’éclat de ses yeux, terni par l’ennui. Lui-même ne s’en rendait très probablement pas compte. Mais elle voyait parfaitement la lueur d’intérêt s’éteindre dans ses yeux.

Elle le connaissait bien : il se sentait probablement lié à elle, maintenant, comme par une sorte de contrat. Ce n’était pas ce qu’elle voulait. Bien sûr que non. Elle voulait que Solal reste encore parce qu’il le désirait. C’était cela qu’elle voulait. Mais de toute évidence, elle en demandait trop. Peut-être aurait-elle dû moins se livrer encore, pour entretenir la flamme, le mystère, la passion qui commençait à s’essouffler. Elle ne savait pas à quel point de déchéance ils en étaient arrivés. Elle faisait tout pour être parfaite. Elle se rendait – et elle se savait – irrésistible. Elle se savait belle, et elle faisait tout pour raviver la flamme de la passion. C’était ce qui entretenait l’admiration, l’amour, elle en était persuadée. Toujours entretenir le mystère, ce qui faisait d’elle la maîtresse parfaite, l’amante idéale ! Peu d’hommes pouvaient se vanter d’avoir eu cela, et certainement pas son mari pour qui elle ne faisait jamais d’efforts. Pour quoi faire, après tout ? Elle n’avait même pas besoin d’en faire, et pour tout dire, l’affection d’Adrien avait toujours été pour elle un objet de profonde indifférence. Pour Solal, c’était différent : elle n’avait jamais ménagé sa peine… Mais cela ne suffisait pas, et elle ne savait pas pourquoi.

Elle soupira de nouveau, s’assit à sa coiffeuse et se considéra dans la glace. Puis, elle se saisit de sa poudre, s’en appliqua légèrement sur le visage, se maquilla délicatement. La perfection, toujours ! Puis, avant de retourner sur le balcon de la chambre pour voir Solal, elle se demanda ce qu’ils allaient bien pouvoir faire dans l’après-midi pour tenter de lui changer les idées. Elle réfléchit un instant, puis haussa les épaules, se disant qu’elle lui poserait tout simplement la question…