Rédigez un dialogue argumenté entre deux lecteurs : l’un ne croit pas que la poésie puisse aider l’homme à mieux vivre...

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens
Type : Écriture d'invention | Année : 2014 | Académie : Pondichéry
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Un espoir pour l’être humain
 
 

Un espoir pour l’être humain • Invention

fra1_1405_12_02C

Poésie

12

CORRIGE

 

Pondichéry • Mai 2014

Séries ES-S • 16 points

Écriture d’invention

> « Ce ne sont pas les mots d’amour / Qui détournent les tragédies / Ce ne sont pas les mots qu’on dit / Qui changent la face des jours », écrit Aragon dans « Les mots qui ne sont pas d’amour ». En vous fondant sur l’opposition apparente entre la parole poétique et les préoccupations dominantes de la société, rédigez un dialogue argumenté entre deux lecteurs : l’un ne croit pas que la poésie puisse aider l’homme à mieux vivre ; l’autre pense, au contraire, qu’elle lui est indispensable.

Comprendre le sujet

  • Forme du texte : « dialogue » ; respectez-en les caractéristiques.
  • Sujet du texte : « la parole poétique » ; perspective : son efficacité.
  • Type de texte : argumentatif (« argumenté » / « l’un ne croit pas / l’autre pense…»)
  • Registre : il peut être polémique (« au contraire »)
  • Situation d’énonciation : Qui ? deux lecteurs non précisés.
  • Niveau de langue : selon l’identité des « lecteurs », courant ou soutenu.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.
 

Dialogue (genre), qui argumente sur (type de texte) l’utilité / l’efficacité de la poésie (thème) ? (registre), pour opposer deux conceptions de la poésie et définir ses vertus (buts).

Chercher des idées

Le fond

  • « préoccupations de la société » : le contexte est moderne.
  • Il s’agit d’une dissertation déguisée… en dialogue. Vous devez chercher des arguments et des exemples.
  • Deux thèses s’opposent.
  • Thèse 1 : La poésie ne sert à rien pour mieux vivre. Quel peut alors être son intérêt ? Expression des sentiments (lyrisme), création d’une œuvre esthétique, création d’autres mondes, jeu sur les mots…
  • Thèse 2 : La poésie aide à mieux vivre : « aider à vivre » peut s’entendre sur le plan psychologique, social, existentiel.

La forme

Même si les « idées » sont celles d’une dissertation, vous ne devez pas en adopter la structure rigoureuse. Le texte doit être vivant et spontané.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé

Voici un extrait de dialogue possible.

Ambre. − En littérature, on travaille sur la poésie. C’est passionnant !

Raphaël. − Ah bon ? Je comprends qu’on aime en lire. Quant à en tirer un profit concret… La poésie n’est pas ce qu’il y a de plus utile dans la vie !

Ambre. − Il faut dire que, pour notre société, elle n’est qu’un divertissement.

Raphaël. − C’est vrai qu’aujourd’hui on accorde moins d’importance à la littérature qu’à la science, parce que son utilité est moins évidente. Tiens, par exemple, le fameux « Sonnet en -yx » de Mallarmé, je ne vois pas à quoi il peut m’aider à vivre… Non, pour moi, la poésie, c’est de l’art, une recherche de la perfection formelle, de l’harmonie sonore, d’images saisissantes, rien d’autre. Ce « Sonnet en -yx » en est d’ailleurs l’illustration : Mallarmé cherche à communiquer une sensation plus par la musique des mots que par leur sens. C’est très beau, mais ce n’est pas très utile. Et puis l’homme a d’autres préoccupations : la sauvegarde de la planète, le chômage, les guerres…

Ambre. − Bien sûr, mais l’un n’exclut pas l’autre ! La poésie, c’est à la fois la beauté et l’efficacité : Prévert, avec « Arbres », lance un cri d’alarme contre l’invasion du béton et plaide pour la sauvegarde de la nature. C’est aussi efficace qu’un tract écologiste ! Rimbaud dans le fameux « Dormeur du Val », Vian et son « Déserteur » font un réquisitoire contre la guerre. Et le « Liberté » d’Eluard, et ses amis poètes résistants, ils ne sont pas utiles ? Tout autant – sinon plus – que nos politiques avec leurs sommets diplomatiques réservés à quelques-uns et souvent inefficaces. Les poèmes dont je te parle, eux, tout le monde peut les lire et ils sont comme des coups de poing qui incitent à réagir.

Raphaël. − Mais ce n’est pas la poésie qui pousse les gens à s’engager contre un ennemi ! « Ce ne sont pas les mots qu’on dit / Qui changent la face des jours », dit Aragon, et c’est un poète ! Tu dis que la poésie est utile. Admettons, mais cela dépend pour qui… Toi, tu es nantie, tu peux consacrer du temps à la poésie, mais ça ne fait pas avancer l’ouvrier qui ne peut pas s’offrir ce luxe… Et tu ne vas tout de même pas me dire que la poésie lyrique m’aide à mieux vivre ? Qu’est-ce que j’en ai à faire des chagrins d’amour d’Aragon ou des « Regrets » de Du Bellay pensant à son « Petit Liré » ? Aujourd’hui, grâce à Internet, nous pouvons faire le tour du monde, tout est proche. Alors je ne suis pas sûr que nous puissions être très concernés par l’exil de Du Bellay. Non, ces poèmes servent surtout à soulager le poète.

Ambre. − Oui, mais pas seulement ! D’abord ce n’est pas rien que de réussir à oublier tes misères grâce aux seuls mots. Regarde les soldats dans les tranchées : ils écrivaient des poèmes pour exorciser leur terreur et la supporter. Relis les Poèmes à Lou d’Apollinaire !… Par ailleurs, le poète nous aide à nous comprendre : « Ah ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous », dit Hugo. Et du coup, savoir que quelqu’un a ressenti les mêmes souffrances que moi me permet de mieux me comprendre et me sort de mon isolement. Tu me parles de « préoccupations sociales », des misères du monde… Hé bien, le poète prête sa voix à ceux qui sont bâillonnés, qui ne peuvent ou ne savent pas s’exprimer : « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? » dit le même Hugo pour dénoncer le scandale du travail des enfants…

Raphaël. − Oui, mais en quoi est-ce utile pour des gens comme toi ?

Ambre. − Mais si, c’est utile, même pour moi ! Le poète m’aide à mieux vivre : je m’évade à l’appel de l’« Invitation au voyage » de Baudelaire et la vie me paraît moins terne… En lisant Le Parti pris des choses de Ponge, j’apprends à regarder les choses d’un œil neuf et à profiter de la vie.

Raphaël. − En fait, moi, ce qui me plaît justement c’est la « gratuité » de la poésie, le plaisir esthétique, qui ne répond à aucune nécessité. Regarde l’Oulipo : Cent Mille Milliards de poèmes, de Queneau, constitué d’une dizaine de sonnets découpés en languettes pour que le lecteur puisse constituer des milliards de poèmes différents, c’est purement ludique et cela me plaît.

Ambre. − Mais alors notre querelle est fausse : nous aimons tous les deux la poésie, mais pas pour les même raisons. L’honneur est sauf !