Rédigez un extrait du journal d'un prisonnier qui découvre la poésie

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2011 | Académie : Inédit

Poètes en prison

 Écriture d'invention

 Dans son journal intime, un détenu exprime l'expérience bouleversante qu'a constituée pour lui la découverte de la poésie. Vous rédigerez quelques pages de ce journal, situées à des dates différentes, qui rendent compte de cette rencontre.

Se reporter aux textes du corpus.
 

     LES CLÉS DU SUJET  

Comprendre le sujet

Il faut analyser précisément la consigne pour en dégager les contraintes.

  • Sujet : « la découverte de (la rencontre avec) la poésie ».

  • Genre : « journal intime ». Respectez-en les caractéristiques formelles, en partie précisées par l'expression « situées à des dates différentes ».

  • Type (ou forme) de discours : « découverte », « rendent compte de » et « expérience bouleversante » impliquent que le texte sera narratif, descriptif et argumentatif. La thèse est : « J'ai été bouleversé par la poésie », et, plus généralement : « La poésie a une grande force émotionnelle et peut changer le lecteur ».

  • Niveau de langue : imagé, ni trop soutenu ni trop familier.

  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

Extrait de journal intime (genre) d'un détenu (situation d'énonciation / auteur) qui rend compte (type de texte) de son émerveillement devant la poésie (thème) avec des accents lyriques, pathétiques (registre) pour montrer les bienfaits de la poésie (but).

 

Chercher des idées

  • Vous devez choisir :

    • les circonstances de cette rencontre avec la poésie ;

    • le registre : « bouleversante » autorise le lyrisme (rendre sensible l'émerveillement du détenu) ; la situation de détenu peut créer un ton pathétique. La personnalité du détenu doit aussi apparaître.

  • Pour donner de la substance à votre texte :

    • vous devez réfléchir aux différents bienfaits de la poésie, par exemple : 1. la poésie fait « voyager » (puissance d'évasion) ; 2. elle transfigure le réel ; 3. les poètes sont des « compagnons » pour le prisonnier ; 4. elle adoucit les mœurs ; 5. elle a une force argumentative (poésie engagée) ;

    • le texte doit comporter des exemples de poèmes qui ont marqué le détenu et des citations précises dont il émaillera son journal.

    Pour réussir l'écriture d'invention : voir guide méthodologique.

    La poésie : voir lexique des notions.

Corrigé

Les expressions entre crochets ne doivent pas figurer dans votre devoir. Elles servent seulement à vous montrer que l'écriture d'invention doit reposer sur des idées et un fond solides.
 

La Santé, le 1er mai 2005

La radio, ce matin : « Le Printemps des poètes 2005 bat son plein ». Ici, il n'y a pas de printemps.

Sur les murs du couloir B : « Atelier poésie, ouvert à tous ». Que peut ici la poésie ? Ils ne savent pas quoi inventer...

D'ailleurs, je n'ai pas étudié... je n'irai pas...

La Santé, le 15 mai 2005

La vieille affiche jaunie dans le couloir B m'a hanté toute la nuit. Pendant deux semaines, je n'ai pas osé... Aujourd'hui, j'ai frappé à la porte de l'atelier avec un étrange sentiment de malaise au cœur. La honte peut-être...

« Des poètes prisonniers, je peux vous en citer au moins dix-neuf... ça vous étonne, hein ? » Ces mots résonnent dans ma tête et je passe la soirée à me répéter en boucle ces noms mystérieux : Musset, Verlaine, Apollinaire, Sarrazin... Ce n'étaient donc pas tous des anges, eux non plus ? Alors, pas de honte à avoir. J'y retournerai, à l'atelier.

Puissance d'évasion


La Santé, le 16 mai 2005

Aujourd'hui, j'ai découvert « Spleen » : « Quand le ciel bas et lourd... ». J'ai été saisi : j'ai presque cru un moment que c'était moi qui avais écrit ces vers. Comment un être qui n'a pas connu la prison peut-il rendre avec autant d'acuité ce que je ressens tous les jours dans ma morne cellule ?

Mais j'ai aussi voyagé aujourd'hui : « à la Grande Ourse » avec Rimbaud. Comme son Bateau ivre, j'ai eu un instant l'impression avoir largué les amarres et « fixé des vertiges »... Lui, il se sentait en prison dans la vie, moi, c'est ici. La poésie me crée des mondes encore plus beaux que celui de « dehors ». Soyons fataliste : si je n'étais pas en prison, jamais je ne connaîtrais ces mondes mystérieux.

Transfigurer le réel


La Santé, le 2 juin 2005

J'ai décidé, à partir d'aujourd'hui, d'ouvrir chacune de mes journées par une parole de poète... Le poète sera mon premier interlocuteur. Chaque jour un poète couvrira de ses images et de ses paroles venues d'ailleurs les sinistres : « Promenade » ou « Gamelle » hurlés dans le couloir. Ma promenade sera une « Promenade sentimentale » comme la tienne, pauvre Lélio. Je soignerai mes blessures mentales avec la magie des mots. Je trouverai un poète qui fera rimer « prison » avec « maison », « cellule » avec « libellule ».

Verlaine, et le ciel qui est par-dessus ton toit, ta palme et tes vers l'ont transformée, je me suis évadé par ce coin de ciel « si bleu, si calme ».

Le lecteur sollicité, créateur


La Santé, le 9 juin 2005

En même temps, je ne les comprends pas toujours, ces poèmes. Mais j'aime ce jeu où je dois déchiffrer ce qui est dit sans être dit, comme un défi.

Je cherche depuis plusieurs semaines ce que veut me dire Saint-John Perse : « Le banyan de la pluie perd ses assises sur la Ville. »

Qu'importe ? Tout ce que je ressens, tout ce que je comprends, n'est ni juste ni faux.

Un poème est une gerbe de sens, une infinité de possibles. En poésie, il n'y a pas d'erreur, pas de faute, pas de délit. Donc pas de condamnation, pas de prison. « C'est une erreur contraire à la nature de la poésie, et qui lui serait même mortelle, que de prétendre qu'à tout poème correspond un sens véritable, unique », dit Valéry. Alors, moi aussi je peux interpréter ? Quelle puissance pour un pauvre prisonnier !

Adoucit les mœurs


La Santé, le 17 juin 2005

Aujourd'hui, des gars en sont venus aux mains. Que de violence entre ces quatre murs ! Je leur ai récité un poème de Boris Vian : « Ils cassent le monde... » Ils se sont tus. Vertu des mots et de la musique poétiques...

Vous collez des poèmes dans le métro, messieurs de la RATP ? Pourquoi les murs de nos prisons ne sont-ils pas aussi tapissés de poèmes ?

La poésie adoucit les mœurs. Elle nous fait redevenir et sentir hommes, êtres sensibles. Le prisonnier fait peur : Un dur qui n'a pas de cœur. Pourtant la carapace que chacun, malmené par la vie, s'est forgée, il suffit de la percer. La poésie a percé la mienne. Je ne suis plus le même.

Force argumentative de la poésie engagée


La Santé, le 21 juin 2005

Je ne veux plus de vous, avocats.

Je voudrais avoir un Victor Hugo une fois à la barre, près de moi. Il saurait trouver les mots pour peindre ma misère morale en prison. Oui, je le vois, je l'entends, de sa voix grave, crier au monde des vivants du dehors : « Où vont tous ces taulards dont pas un seul ne rit ? » Il saurait expliquer que tout n'est pas mauvais en nous, que le rachat est toujours possible.

Je rêve d'un avocat qui plaiderait pour moi en vers, en musique, et ferait rimer « mitard » avec « traquenard », « barreaux » avec « bourreaux », « parloir » avec « mouroir ».

La poésie est une arme... pacifique. Elle a plus de force que tous les beaux discours. Elle peut changer le monde. Avocats, soyez poètes !

La Santé, le 21 juin 2005

Il y a le temps, mais aussi le silence. Parfois je me prends à parler tout haut : et pour n'être pas fou, je récite des poèmes.

La Santé, le 20 juillet 2005

J'ai relu aujourd'hui mon journal à partir du 1er mai. Et j'ai eu « honte » ! De quoi ? Depuis le jour où j'ai découvert la poésie à l'atelier, je crois au printemps. Je ne suis plus le même, il me semble que je deviens poète.

Et si, aujourd'hui, j'écrivais un poème ? Non ! J'ai peur... Peur de quoi ? d'être ridicule ? Il faut que je me lance...