Rédigez une interview du caricaturiste Plantu

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL - 1re S - 1re L - 1re ES | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2011 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Dénoncer la guerre
 
 

Dénoncer la guerre • Invention

Question de l’homme

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Sujet inédit

La question de l’homme • 16 points

Écriture d’invention

> Le rédacteur du journal de votre lycée vous a désigné pour interviewer le caricaturiste Plantu. Vous êtes chargé(e) de l’interroger sur son métier, sur la conception qu’il s’en fait, sur le choix du dessin comme moyen d’expression.

Comprendre le sujet

Composez, d’après la consigne, la « définition » du texte à produire pour repérer les contraintes.

Interview de presse (genre) de Plantu qui argumente (type de texte) sur le métier de caricaturiste politique, le dessin (thèmes), vif et alerte (adjectifs), pour faire l’éloge du dessin engagé (buts).

Chercher des idées

  • Le registre : le dessin de Plantu indique sa tournure d’esprit, ironique, cynique, humoristique. Gardez le ton et la personnalité que révèlent ses dessins. Par ailleurs, une interview doit être vive et alerte.
  • Les questions que vous allez poser à Plantu : vous pouvez lui poser des questions personnelles concernant le choix du métier de caricaturiste, ses débuts, sa carrière, sa manière de travailler… Cherchez aussi des questions sur le dessin comme moyen de s’engager : d’où vient l’efficacité du dessin ? Quelles sont les caractéristiques d’un dessin « argumentatif » réussi ? Le dessin est-il plus efficace que les mots ?
  • Les arguments de Plantu : ils doivent démontrer l’efficacité argumentative du dessin (facilité d’accès, immédiateté de la compréhension ; violence de la photo ; appel à l’imaginaire), et donner des détails techniques sur l’image (sens des codes et des éléments symboliques dans l’image…). Plantu peut aussi nuancer sa thèse et reconnaître les dangers de l’image, concéder une certaine force à l’écrit.
  • Les exemples : en dehors du document D, faites-vous une réserve d’exemples (publicités, photos historiques connues ou films) que Plantu mentionnera à l’appui de son argumentation. Il peut terminer en réconciliant l’image et les mots (rôle du texte dans le dessin).

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Les genres de l’argumentation : voir mémento des notions.

Corrigé

Cette interview, même si elle comporte certains détails vrais sur Plantu et des allusions à certains de ses dessins réels, est totalement fictive.

Une image vaut mille mots

Nous avons rencontré le caricaturiste Plantu à son domicile.

Question : Monsieur Plantu, vous êtes la vedette du Monde, et personne n’échappe à vos coups de griffe : hommes politiques, personnalités du monde économique, juridique, culturel… Comment avez-vous débuté ? Qu’est-ce qui a déterminé votre choix ?

Plantu : J’ai débuté au lycée. Je caricaturais les professeurs, pour le plus grand plaisir de mes copains. Vous voyez, déjà la contestation de l’autorité ! Mes dessins n’étaient pas méchants mais j’avais l’impression qu’en les dessinant, je faisais mieux ressortir leur vraie personnalité. Après, j’ai dessiné pour la page BD du journal du lycée. Les rapports de force au lycée et dans notre société, ça n’est pas fondamentalement différent, vous savez… Ensuite, j’ai fait des petits boulots pour faire bouillir la marmite et pouvoir continuer à apprendre à dessiner. Des années de galère mais je ne regrette pas ! Et puis, un jour, j’ai fait la une du Monde : c’était parti…

Question : J’ai lu quelque part qu’« une image valait mille mots ». Vous croyez, vous, que l’image est plus contestataire que les mots, plus efficace dans le combat politique et social ? Hugo, tout de même, il s’est engagé à fond, mais avec ses livres, ses mots, non ?

Plantu : Ne me comparez à Hugo, vous allez me donner la grosse tête ! L’image plus efficace ? (Visiblement, nous avons posé une colle à notre interlocuteur ; il semble perplexe et prend ses précautions. L’ombre de Hugo qui peut-être l’intimide.) C’est un beau sujet de dissertation que vous me posez là… Plus efficace ? Non. Plutôt différente.

Vous voyez, la réception d’une image se fait par les sens : elle est rapide. Elle ne demande pas de savoir lire ni de connaître la langue ; en ce sens, elle est accessible à tout le monde. Avant de savoir écrire, les hommes ont dessiné. À la limite, même un analphabète a accès à l’image qui, théoriquement – je dis bien théoriquement –, n’opère pas de clivage entre personnes illettrées et personnes cultivées. Elle est une sorte de langage universel qui, apparemment, ne fait pas de distinction entre les âges, les nationalités.

Et puis, comme elle sollicite les sens, elle chatouille l’imaginaire, la sensibilité. Et elle frappe fort, je vous assure. La photographie de Phan Thi Kim Phuc, une petite fille de 9 ans sévèrement brûlée par une attaque au napalm et fuyant sur une route du Sud-Vietnam, symbolise douloureusement la guerre. Dans le monde entier elle a éveillé des réactions d’horreur et la haine de la guerre, de façon infiniment plus puissante que des douzaines de pages. C’est d’ailleurs parce qu’ils en connaissent bien les pouvoirs que les gouvernements totalitaires limitent l’accession à l’image.

Question : Vous avez dit tout à l’heure que l’image supprimait « théoriquement » les clivages sociaux. Vous pouvez nous expliquer ?

Plantu : Oui, il faut se garder de simplifier. « Lire » une image, ça s’apprend aussi… La culture générale entre en jeu dans la compréhension de l’image. Mon dessin des deux pilotes, on le comprend moins bien si on ne sait pas ce qu’est l’Unicef (je ne vous fais pas l’injure de vous demander si vous ­connaissez…). Une image, comme le reste, s’interprète en fonction de références culturelles qui évoluent dans le temps et dans l’espace. Par exemple, les éléments du tableau de Botticelli, La Naissance de Vénus, sont chargés de symbolisme : la beauté de la femme est substituée à la Vierge, tandis que l’allégorie de la coquille représente le triomphe symbolique de la vie.

Les couleurs aussi ont une valeur symbolique : en Inde, le blanc est la couleur du deuil ; en Europe, c’est la couleur de la pureté, de la joie. Ce qui entraîne qu’une image peut être comprise à une époque, mais plus à une autre, dans un pays mais pas dans un autre…

Question : Alors, pour vous, l’image surpasse résolument les mots ?

Plantu : Là, je vous arrête : il ne faut pas mettre le dessin d’un côté, le texte de l’autre. J’utilise beaucoup les mots, moi aussi, dans mes dessins : dans les bulles, en légende. Et l’un éclaire l’autre, le complète, dans un même effort pour essayer d’améliorer notre pauvre monde…