Rédigez une scène de déclaration rendant compte des difficultés à dire

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
Année : 2015 | Académie : Pondichéry
Corpus Corpus 1
Les scènes d’aveu

Les scènes d’aveu • Invention

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Théâtre

24

Pondichéry • Avril 2015

Série ES-S • 16 points

Écriture d’invention

> Vous rédigerez une scène de déclaration rendant compte des difficultés à dire (une faute, un sentiment, une décision…). Vous veillerez à tirer profit des caractéristiques du théâtre. Votre texte comportera une soixantaine de lignes environ.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Genre du texte à produire : scène de théâtre (en prose ou en vers). Il faut en respecter les caractéristiques (répliques, didascales, apartés,…)
  • Sujet/thème du texte : une faute, un sentiment, une décision répréhensible, un secret.
  • Type de texte : narratif mais dont la narration est freinée, retenue (« déclaration » = aveu).
  • Situation d’énonciation : qui ? au choix, à qui ? au choix.
  • Niveau de langue : il dépend de l’identité des interlocuteurs.
  • Registre : au choix.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :

Dialogue de théâtre (genre) dans lequel un personnage « avoue » / raconte (type de texte) une faute, une erreur, une décision (thème), ? (registre), embarrassé, difficile (adjectifs), pour soulager sa conscience ? clarifier une situation ? faire éclater la vérité ? (buts).

Chercher des idées

Il y a beaucoup de choix à faire. En ce sens il s’agit d’une vraie écriture d’invention.

Le fond

  • L’objet de la déclaration :
  • une faute : un vol, une conduite à risque, une malhonnêteté, une trahison, une tricherie, une dénonciation, une indiscrétion… L’éventail est large.
  • un sentiment : amour (interdit), haine, jalousie, mépris…
  • une décision : départ, séparation, meurtre…
  • ou une autre situation : un médecin doit annoncer à un patient qu’il est atteint d’une maladie incurable ; annonce d’une mort.
  • Le lieu : propice à l’intimité ou au contraire ouvert, loin de toute compagnie.
  • L’identité des personnages : il peut y avoir un rapport d’intimité (Ruy Blas/Don César) ou de dépendance (valet/maître, employé/patron, enfant/parent).
  • Pour que la révélation soit difficile, il faut qu’il y ait un enjeu (suites négatives possibles) : menace de coups, de mort, rupture, punition, effet dommageable sur l’autre (peine, désespoir…) ou sur soi…
  • Ce type de situation peut générer un quiproquo (voir plus bas).

La forme

  • La difficulté à avouer / dire, la gêne, le sentiment de culpabilité s’expriment à travers :
  • des paroles : phrases interrompues (points de suspension), périphrases (qui évitent de dire directement), implicite, mots vagues ou généralisateurs, questions, figures de l’atténuation (euphémisme, litote, sous-entendu), modalisateurs, rythme heurté des phrases, vocabulaire affectif de l’émotion…
  • des gestes ou des mimiques (jeux de visage)
  • Les réactions de l’interlocuteur (étonnement, colère, déception, compassion…) se traduisent par des exclamations, des interjections, des questions (voir le corpus), mais aussi par des gestes, des mouvements, un ton de voix, des regards, signalés dans les didascalies.

Des modèles connus qui peuvent vous inspirer

Le théâtre comporte beaucoup de scènes qui répondraient parfaitement à cette consigne ; vous pouvez vous en inspirer (attention, il faut que la déclaration soit difficile).

  • Dans la comédie. Molière : Les Fourberies de Scapin (II, 3) : Scapin avoue trois forfaits pour ne pas mourir sous les coups de son maître ; et L’École des femmes (II, 5) : Agnès avoue à Arnolphe avoir donné un ruban qu’elle tenait, à un jeune homme. Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard (III, 6 – voir ci-dessous) : double aveu d’Arlequin à Lisette et vice versa sur leur identité de valet et servante ; Les Fausses Confidences (III, 12) : Dorante avoue son stratagème pour garder le portrait d’Araminte.
  • Dans la tragédie et le drame. Rostand, Cyrano de Bergerac (V, 5) : Cyrano avoue qu’il écrivait les lettres d’amour à Roxane ; Koltès, Roberto Zucco (1990, tableau 3) : Roberto révèle son nom à la Gamine.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le théâtre : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Nous vous proposons un texte de Marivaux répondant à la consigne.

Lisette, Arlequin

Un couple de maîtres et un couple de valets ont inversé leurs statuts pour permettre à chaque maître d’observer son prétendant ; mais les choses sont allées très loin, et maintenant, il s’agit que, sur le point de se marier, les deux valets se révèlent leur véritable identité. L’aveu est difficile car chacun croit que celui/celle qu’elle aime est de noble naissance…

[…]

Arlequin. − … (Haut.) Madame, votre amour est-il d’une constitution bien robuste ? Soutiendra-t-il bien la fatigue que je vais lui donner ? Un mauvais gîte lui fait-il peur ? Je vais le loger petitement.

Lisette. − Ah ! tirez-moi d’inquiétude. En un mot, qui êtes-vous ?

Arlequin. − Je suis… N’avez-vous jamais vu de fausse monnaie ? Savez-vous ce que c’est qu’un louis d’or faux ? Eh bien, je ressemble assez à cela.

Lisette. − Achevez donc : quel est votre nom ?

Arlequin. − Mon nom ? (À part.) Lui dirai-je que je m’appelle Arlequin ? Non ; cela rime trop avec coquin.

Lisette. − Eh bien ?

Arlequin. − Ah dame ! il y a un peu à tirer ici. Haïssez-vous la qualité de soldat ?

Lisette. − Qu’appelez-vous un soldat ?

Arlequin. − Oui, par exemple, un soldat d’antichambre.

Lisette. − Un soldat d’antichambre ! Ce n’est donc point Dorante à qui je parle enfin ?

Arlequin. − C’est lui qui est mon capitaine.

Lisette. − Faquin !

Arlequin, à part. − Je n’ai pu éviter la rime.

Lisette. − Mais voyez ce magot ; tenez !

Arlequin, à part. − La jolie culbute que je fais là !

Lisette. − Il y a une heure que je lui demande grâce, et que je m’épuise en humilités pour cet animal-là.

Arlequin. − Hélas ! Madame, si vous préfériez l’amour à la gloire, je vous ferais bien autant de profit qu’un Monsieur.

Lisette, riant. − Ah ! ah ! ah ! je ne saurais pourtant m’empêcher d’en rire, avec sa gloire ! et il n’y a plus que ce parti-là à prendre… Va, va, ma gloire te pardonne ; elle est de bonne composition.

Arlequin. − Tout de bon, charitable dame ? Ah ! que mon amour vous promet de reconnaissance !

Lisette. − Touche-là, Arlequin ; je suis prise pour dupe. Le soldat d’antichambre de Monsieur vaut bien la coiffeuse de Madame.

Arlequin. − La coiffeuse de Madame !

Lisette. − C’est mon capitaine, ou l’équivalent.

Arlequin. − Masque !

Lisette. − Prends ta revanche.

Arlequin. − Mais voyez cette magotte avec qui, depuis une heure, j’entre en confusion de ma misère !

Lisette. − Venons au fait. M’aimes-tu ?

Arlequin. − Pardi ! oui : en changeant de nom tu n’as pas changé de visage, et tu sais bien que nous nous sommes promis fidélité en dépit de toutes les fautes d’orthographe.

Lisette. − Va, le mal n’est pas grand, consolons-nous ; ne faisons semblant de rien, et n’apprêtons point à rire. Il y a apparence que ton maître est encore dans l’erreur à l’égard de ma maîtresse ; ne l’avertis de rien ; laissons les choses comme elles sont. Je crois que le voici qui entre. Monsieur, je suis votre servante.

Arlequin. − Et moi votre valet, Madame. (Riant.) Ah ! ah ! ah !