Réécrivez la dernière rencontre entre Frédéric Moreau et Mme Arnoux

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Les réécritures - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2011 | Académie : France métropolitaine

 Réécrivez la dernière rencontre entre Frédéric Moreau et Mme Arnoux (document C), cette fois sous la forme d'un monologue intérieur de Frédéric qui dévoilera ses sentiments et ses pensées. Vous resterez fidèle au texte de Flaubert en vous gardant, toutefois, d'en recopier des passages.

Se reporter aux documents du corpus.


     LES CLÉS DU SUJET  

Comprendre le sujet

Analysez chacun des mots de la consigne ; cela permet de faire la « définition » du texte à produire et de cerner les contraintes.

  • Objet d'étude : « réécrivez »  « réécritures ».

  • Sujet/thème du texte : « la dernière rencontre entre Frédéric Moreau et Mme Arnoux ».

  • Genre du texte à produire : « réécrivez », « fidèle au texte de Flaubert »  roman.

  • Type de texte : « la rencontre » texte narratif.

  • Le registre ne vous est pas explicitement indiqué ; vous avez le choix.

  • Situation d'énonciation : « monologue intérieur » Qui ? Frédéric Moreau ; à qui ? à lui-même.

  • Niveau de langue : correct, courant ou soutenu.




Extrait de roman (genre) qui raconte sous la forme d'un monologue intérieur (type de texte : narratif) la rencontre de deux anciens amants (thème), ? (registre), pour rendre compte des sentiments et de l'état d'âme de Frédéric (personnage).



Pour réussir l'écriture d'invention : voir guide méthodologique.

Monologue intérieur : voir lexique des notions.

Les points de vue : voir lexique des notions.

Le roman : voir lexique des notions.

Chercher des idées

  • Il s'agit de la réécriture du document C, qu'il faut donc analyser.

Les contraintes

  • Le point de vue : « monologue intérieur » point de vue interne.

    Cela vous amène à imaginer et à révéler les pensées de Frédéric et certains sentiments qui ne sont pas mentionnés chez Flaubert.

    Il faut utiliser les indices d'écriture du monologue intérieur.

  • Les circonstances et les événements : comme il s'agit d'une réécriture, vous devez respecter les actions, gestes et attitudes des personnages (« à ses genoux », « la serrant dans ses bras » ; « elle s'en coupa […] une longue mèche »). Mentionner l'heure, par exemple.

Les choix à faire

  • L'énonciation : vous avez le choix entre :

    • un narrateur-personnage : c'est Frédéric Moreau qui parle il utilise la 1re personne du singulier pour parler de lui et parle de Mme Arnoux à la 3e personne du singulier ;

    • un narrateur hors de l'histoire (comme dans le texte de Flaubert) il utilise alors la 3e personne du singulier pour parler de Frédéric Moreau.

    L'expression « monologue intérieur » suggère plutôt le récit à la 1re personne.

  • Le registre du texte : il peut être un peu pathétique (Frédéric « arrive à croire à ce qu'il dit ») mais aussi ironique sur soi-même, comme le suggère le côté artificiel de ses poses et les marques d'émotion stéréotypées.

Quelques pistes

  • Les sentiments de Frédéric : il se montre partagé entre des états contradictoires :

    • mouvement d'amour : réelle émotion au début (« presque défaillant ») ;

    • déception et même « répulsion », « embarras » (« rien à se dire ») ;

    • envie de ne pas ternir cet amour platonique.

La séparation dans le texte laisse voir, par l'attitude de Frédéric, qu'il est ému mais n'est en fait plus amoureux. Il éprouve donc des sentiments complexes. Ce n'est pas un monstre de cynisme, mais ses sentiments sont mêlés (c'est ce qui fait la complexité de ce travail d'écriture).

Corrigé

Nous vous proposons le devoir d'une élève qui a composé en temps limité.

Et me voilà qui pousse la porte. Et elle me suit, maintenant. Enfin ! Après toutes ces années d'attente, d'espoir… Toujours l'attente, toujours l'espoir. Mais que faire maintenant ? Y a-t-il seulement quelque chose à faire ? Que…

Mon Dieu, ses cheveux ! Comment ont-ils pu se ternir à ce point ? Cet éclat… Cette soie de jais… Évanouie ? Pour laisser place à cette cascade de cheveux ternes ? Impossible, impossible. Impossible ! Elle devait donc vieillir… Vieillie. Oui. Elle est vieillie.

Mais que dis-je là ? Reprends-toi, Frédéric ! Elle est là, devant toi, et tu lui reproches le temps qui a passé ! Mais à quoi t'attendais-tu donc ? Tu ne peux pas lui reprocher son âge : il ne te semblait pas un grand obstacle quand tout a commencé… Allons ! Te voilà devant cet ange, et tu lui reproches son âge ! Ingrat que tu es !

Pourvu seulement qu'elle ne se soit aperçue de rien. Seigneur, qu'elle ne se soit aperçue de rien ! À genoux… qu'elle ne s'aperçoive de rien ! Dire quelque chose… N'importe quoi ! Mais quoi, grands dieux ? Allons, n'importe quoi, mais qu'elle ne sache rien de mon ingratitude, de mon infamie. Elle serait trop blessée. Et pourtant, elle me pardonnerait, cet ange qui se penche enfin sur l'ingrat que je suis…

« Votre personne, vos moindres mouvements me semblaient avoir dans le monde une importance extrahumaine… »

Comme un mot peut vous inspirer, parfois. Me voilà lancé : c'était vrai, c'est vrai. Elle était tellement plus importante que moi, que son mari, que ses enfants, que nous tous. Et moi, bien sûr, que faisais-je ? Je restais coi, et mon cœur battait au rythme de ses pas. Toujours derrière elle. Et maintenant, je peux le lui dire ! Mais qui étais-je pour prétendre à cette perfection ? Elle, si éblouissante, si magnifique ? Et pourtant, elle était toujours en moi : toujours à la voir, toujours à l'entendre… Mais toujours en vain…

Ses yeux ! Toujours les mêmes, depuis ce jour de septembre. Toujours cet éclat. Je pourrais me noyer dans ces yeux irisés. Son souffle. Sa chaleur. La douceur de sa peau. J'en deviens fou. Elle si proche, si proche… Ses mains, ses bras, sa taille… Sa cheville si fine, si délicate… Si désirable.

« La vue de votre pied me trouble. »

Je n'ai pas à dire ça. Je n'ai pas le droit. Je vais trop loin. Mais que m'importe ? Que m'importe si je suis audacieux ? J'ai tant attendu, après tout. Il est juste que moi aussi, j'aie ma part !

Que murmure-t-elle ?

« Je les méprise… »

Mépriser qui ?

«… Toutes celles qui viennent ici ! »

Toutes celles qui viennent ici ? J'en rirais, si ce n'était à pleurer. À quoi bon les mépriser ? Et puis qui viendrait encore ici ? Pour qui ? Pourquoi ? Pour moi, peut-être ? Non, certainement pas. Je peux la rassurer sur ce point, si ça la tourmente… Quant à me marier ? Pourquoi, encore une fois ? Et avec qui ? Je l'aurais fait avant, si j'en avais eu l'envie. Mais à quoi bon ? Choisir une femme qui n'aurait ni ces yeux, ni cette splendide chevelure sombre qui m'avait fasciné, cette taille et cette démarche gracieuse ? Bien sûr que je ne me marierai pas.

Et elle me demande pourquoi. Comme si ce n'était pas évident ! Comme si je ne lui avais pas tout dit. Pour elle, que je serre dans mes bras de toutes mes forces. Pour son parfum délicieux, léger. Si léger qu'il en devient capiteux. Envoûtant. Elle est encore si proche, et c'est elle qui vient à moi, moi qui l'ai attendue. Elle qui n'était pas venue, un certain soir…

Mais pourquoi ce mouvement brusque, cet écart ? Que me dit-elle ? Qu'elle aurait voulu me rendre heureux ? Allons, qui pense-t-elle tromper ? Elle le veut encore, bien évidemment ! Elle ne me dirait pas le contraire sur ce ton brisé, si elle n'en pouvait plus, comme moi, d'attendre et de souffrir ! Oui, même si elle me repousse : au fond, c'est qu'elle sait qu'elle le veut ! Et c'est pour cela qu'elle me repousse.

Je ne veux pas avoir attendu en vain, non !

Pourquoi ne pas céder ? Un geste de ma part suffirait ! Pourquoi n'aurions-nous pas droit au bonheur, nous aussi ? Un moment de bonheur pour des années d'attente, est-ce trop demander ? Est-ce trop pour une telle femme, qui s'est consacrée à son mari, à ses enfants, toujours, sans penser à elle ? Une femme si belle. Pourquoi ne puis-je me décider ? Pourquoi resté-je là, sans rien faire ? Pourquoi ne pas la prendre dans mes bras, l'embrasser ?

Non !

Elle me regarde. Qu'attend-elle de moi ? Elle ne peut pas vouloir cela, ce n'est pas possible. Ce serait la souiller, et me souiller avec elle. La déshabiller, la contempler, la serrer dans mes bras ? Mais je n'arriverais même pas à la regarder en face ! Non. Ce serait infâme. Cela m'est interdit.

Et je le regretterais plus tard, c'est certain. Comment me regarder en face, après l'avoir ainsi avilie ? Après m'être ainsi avili, après avoir cédé à un élan passager, après m'être laissé enivrer par un parfum quelques secondes ? Je le regretterais trop.

Le fais-je pour elle ? Le fais-je pour moi ?

« Comme vous êtes délicat ! Il n'y a que vous ! Il n'y a que vous ! »

Délicat ! Moi ! Délicat, moi ? Délicatement égoïste, peut-être. Mais c'est tout : ne pas avilir la déesse que je vénère, voilà ce qui importe, voilà ce qui me restera de tout cela. Si je ne peux la soustraire au temps qui passe, du moins je peux conserver son mérite intact. Elle pourra me remercier de l'égoïsme altruiste qui l'aura sauvée.

Quelle heure est-il, déjà ? Onze heures passées ? Il est tard : elle doit rentrer. Ses enfants, son foyer l'attendent. Que ferait-elle encore chez moi ? Il est tard, et je ne la prendrai pas dans mes bras, je ne la serrerai pas de toutes mes forces, je ne l'embrasserai pas. Il est tard, et nous n'avons plus rien à faire, maintenant, je le sais. Que lui dire, donc ? Le futile n'est pas intéressant. Comment lui dire toutes ces choses badines, sans importance, quand je sais que maintenant plus rien n'est possible ? Elle non plus ne sait pas quoi faire : voilà qu'elle arpente la salle, sans rien dire, sans rien attendre. Je n'attends plus rien non plus, et il se fait tard. Nous n'avons plus rien à dire ni à faire, et elle le sait aussi bien que moi.

Comme son teint s'est terni, depuis ce jour de septembre…

« Que toutes les bénédictions du ciel soient sur vous ! »

Partir ? Déjà ? Et pourquoi ce baiser sur mon front ? Est-ce donc tout ce qui me sera accordé ? Un baiser maternel sur le front, comme aux enfants quand ils vont se coucher, en récompense de leur journée ? Récompense sans promesse pour moi, qui ne se répètera pas.

C'est mieux ainsi. Je ne veux pas d'une sempiternelle bénédiction assortie d'un baiser sur le front. J'ai vieilli, moi aussi. Et je ne me fais plus d'illusions : je n'ai plus qu'à attendre les cheveux blancs, maintenant.

Comme ceux qu'elle vient de me donner. Pourquoi cette mèche ? À quoi bon ? Que voulait-elle me laisser ? Un souvenir ? Le souvenir d'un profond éclat d'ébène qui n'est plus. Le signe d'une fin, je suppose. Un baiser, un adieu, une mèche de cheveux terne dans ma main, que je contemple sans comprendre encore ce qui s'est passé. Que voulait-elle réellement ? Me rendre heureux, me résister ? Peut-être était-elle aussi égoïste que moi, après tout : ne l'est-elle pas, maintenant qu'elle ferme la porte, qu'elle descend les escaliers et hèle un fiacre sans se retourner une seule fois, sans dire un mot ?

Peut-être n'y a-t-il simplement rien à dire.

Car s'est-il jamais passé quelque chose ?