Résister (texte de P. Éluard, photo de R. Doisneau)

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Classe(s) : 3e | Thème(s) : Agir dans la cité : individu et pouvoir
Type : Sujet complet | Année : 2016 | Académie : Inédit

 

9

Sujet inédit • Agir dans la cité : individu et pouvoir

50 points

Résister

Ce sujet regroupe tous les exercices de français de la 2de épreuve écrite.

1re partie • Analyse et interprétation de textes et de documents (1 heure)

Document A Texte littéraire

Paul Éluard, poète surréaliste engagé, écrit ce poème en 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que Paris est occupée par l’armée allemande et que les Parisiens souffrent de nombreuses privations.

Paris a froid Paris a faim

Paris ne mange plus de marrons dans la rue

Paris a mis de vieux vêtements de vieilles

Paris dort tout debout sans air dans le métro

[…]

Ne crie pas au secours Paris

Tu es vivant d’une vie sans égale

Et derrière la nudité

De ta pâleur de ta maigreur

Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux

Paris ma belle ville

Fine comme une aiguille forte comme une épée

Ingénue et savante

Tu ne supportes pas l’injustice

Pour toi c’est le seul désordre

Tu vas te libérer Paris

Paris tremblant comme une étoile

Notre espoir survivant

Tu vas te libérer de la fatigue et de la boue

Frères ayons du courage

Nous qui ne sommes pas casqués

Ni bottés ni gantés ni bien élevés

Un rayon s’allume en nos veines

Notre lumière nous revient

Les meilleurs d’entre nous sont morts pour nous

Et voici que leur sang retrouve notre cœur

Et c’est de nouveau le matin un matin de Paris

La pointe de la délivrance

L’espace du printemps naissant

La force Idiote a le dessous

Ces esclaves nos ennemis

S’ils ont compris

S’ils sont capables de comprendre

Vont se lever.

Paul Éluard, « Courage », Au rendez-vous allemand, © 1945 by Les Éditions de Minuit.

Document B Barricade rue de la Huchette, août 1944

Cette photographie a été prise par Robert Doisneau (1912-1994) au cours des combats pour la libération de Paris, en août 1944.

ph © Robert DOISNEAU/RAPHO

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questions 20 points

Les réponses doivent être entièrement rédigées.

Sur le texte littéraire (document A)

▶ 1. À qui le poète s’adresse-t-il successivement ? Justifiez votre réponse à l’aide d’éléments relevés dans le texte. (2 points)

▶ 2. a) Au moyen de quelle figure de style Éluard évoque-t-il Paris ? (1 point)

b) Relevez les comparaisons employées par le poète aux vers 11 et 16, puis cochez le ou les adjectifs qui les caractérisent : (2 points)

Valorisantes.

Dévalorisantes.

Contradictoires.

▶ 3. Quels sentiments le poète éprouve-t-il pour sa ville ? (2 points)

▶ 4. Comment comprenez-vous les groupes nominaux suivants : « un matin de Paris » (vers 26) et « l’espace du printemps naissant » (vers 28) ? (2 points)

▶ 5. a) Quelles sont, selon vous, les intentions de Paul Éluard lorsqu’il écrit ce poème ? (2 points)

b) Comment cherche-t-il à rendre son poème convaincant ? (2 points)

▶ 6. Pensez-vous que l’art (la poésie, la peinture, le dessin, la musique…) puisse être un moyen de lutte ? (3 points)

Sur le texte et l’image (documents A et B)

▶ 7. Observez la photographie.

a) À quels vers du poème fait-elle écho ? (2 points)

b) Quelles impressions suscite-t-elle en vous ? (2 points)

2de partie • Rédaction et maîtrise de la langue (2 heures)

dictée 5 points

Le titre et la source de l’extrait sont écrits au tableau au début de la dictée.

Joseph Kessel

L’Armée des ombres, 1943

© Succession Kessel-Irish Red Cross Society

Éloge de la Résistance

La France n’a plus de pain, de vin, de feu. Mais surtout elle n’a plus de lois. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs envers la patrie. […]

La France vivante, saignante, est toute dans les profondeurs. C’est vers l’ombre qu’elle tourne son visage inconnu et vrai. […]

Jamais la France n’a fait guerre plus haute et plus belle que celle des caves où s’impriment ses journaux libres, des terrains nocturnes et des criques secrètes où elle reçoit ses amis libres et d’où partent ses enfants libres, des cellules de torture où malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, des Français meurent en hommes libres.

réécriture 5 points

« Frères ayons du courage

Nous qui ne sommes pas casqués

Ni bottés ni gantés ni bien élevés

Un rayon s’allume en nos veines »

Réécrivez le passage en remplaçant « frères » par « frère » et la première personne du pluriel par la deuxième du singulier.

travail d’écriture 20 points

Vous traiterez au choix le sujet A ou le sujet B.

Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ).

Sujet A

Vous êtes l’un des hommes sur la photographie de Doisneau. Racontez la scène que vous avez vécue. Décrivez vos sentiments. Vous introduirez un court dialogue.

Sujet B

Vous êtes à la veille d’un événement important – compétition, spectacle, concert, etc. Vous prenez la parole devant vos camarades pour leur demander de donner le meilleur d’eux-mêmes. Vous emploierez au moins trois arguments pour essayer de les convaincre.

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

« Courage » est extrait du recueil Au rendez-vous allemand, écrit par le poète surréaliste Paul Éluard pendant l’occupation allemande. C’est un poème engagé, un appel à la résistance.

L’image (document B)

Cette photographie a été prise par Robert Doisneau lors de l’insurrection populaire contre l’occupant allemand et les combats pour la libération de Paris, qui ont eu lieu entre le 19 et le 25 août 1944.

Travail d’écriture (Sujet A)

Recherche d’idées

Observe la photographie : le lieu, les éléments du décor, les personnages, les relations qui semblent les unir (camaraderie, connivence, même volonté de lutter, proximité dans le danger…).

Choisis le personnage qui t’inspire le plus, celui dont tu as envie de faire ton narrateur.

Tu peux aussi imaginer ce qui s’est passé avant la prise de la photographie : l’édification de la barricade, le rendez-vous donné la veille au soir ou au petit matin, etc.

Conseils de rédaction

Il faut que tu racontes à la première personne.

Commence ton récit en situant la scène : date, lieu… Il s’agit d’un événement historique : tu dois être précis.

Essaie de rendre compte de la tension qui règne au moyen d’un lexique fort et expressif : champs lexicaux de la lutte (combattre, affronter, lutte, résistance, ennemi, dangereux, mortel…) et de l’espoir (libération, lendemains meilleurs…).

Travail d’écriture (Sujet B)

Recherche d’idées

Choisis une situation que tu as vécue ou un contexte qui t’es familier : si tu es sportif, une compétition ; si tu es musicien, ce peut être un concert.

Tu dois provoquer un élan chez le lecteur : utilise des phrases injonctives, un lexique fort et des procédés de style (anaphore, métaphores…).

Conseils de rédaction

Adresse-toi directement à ton auditoire. Tu emploieras parfois l’impératif.

Il s’agit de convaincre au moyen d’arguments logiques. Il faut que tu en proposes au moins trois : le succès du groupe dépend de l’implication de chacun ; le groupe est à la veille d’un événement exceptionnel qui ne se reproduira peut-être plus jamais ; il faut que chacun donne le meilleur de lui-même pour ne pas avoir de regrets, etc.

Corrigé

Corrigé

1re partie • Analyse et interprétation de textes et de documents

questions

▶ 1. Le poète s’adresse d’abord à Paris (vers 5 à 18) : « Ne crie pas au secours Paris/Tu es vivant d’une vie sans égale ». Il s’adresse ensuite aux Parisiens, ses « frères » d’armes qu’il appelle à la révolte (vers 19 à 33).

▶ 2. a) Éluard personnifie Paris qu’il décrit vêtue comme une « vieille » qui « ne mange plus de marrons dans la rue », « qui dort debout dans le métro », qui souffre des privations et a perdu toute joie de vivre. Par cette personnification, il rend la ville humaine et émouvante.

Zoom

La personnification est un procédé stylistique consistant à évoquer une chose, une idée comme s’il s’agissait d’un être humain.

b) Les comparaisons employées par Éluard sont valorisantes, parfois contradictoires : Paris est à la fois « fine comme une aiguille » et « forte comme une épée », elle tremble « comme une étoile », fragile mais lumineuse.

▶ 3. Ce poème est une déclaration d’amour à Paris. Éluard éprouve à la fois de la compassion et de l’admiration pour sa « belle ville ».

▶ 4. Il s’agit de métaphores : le « matin », c’est la lumière qui succède à l’obscurité ; le « printemps », c’est la saison du renouveau. Par ces métaphores, Éluard évoque donc l’espoir qui renaît, celui de la libération.

▶ 5. a) « Courage » est un poème engagé, écrit en 1942, durant l’Occupation. Son titre l’annonce d’emblée : c’est un appel à la révolte, à la résistance.

b) Par l’anaphore des quatre premiers vers (« Paris… »), qui crée un sentiment d’urgence, par l’emploi des 1re et 2e personnes (« tu » et « nous ») et par ses phrases injonctives, Éluard vise à provoquer un élan fraternel et patriotique chez les Parisiens : « Tu vas te libérer Paris » (vers 15), « Frères ayons du courage » (vers 19).

Zoom

Figure d’insistance, l’anaphore est la répétition, en tête de vers, d’une phrase ou de membres de phrase, d’un mot ou d’un groupe de mots.

Au champ lexical de la guerre (« casqués », « bottés », « morts », « sang », « ennemis », etc.) il superpose celui de l’espérance, employé surtout de manière métaphorique : « espoir survivant », « un rayon s’allume en nos veines », « lumière », « matin », « délivrance », « printemps naissant ».

▶ 6. Par le pouvoir des mots, des images, des sons, l’art peut agir sur l’imaginaire, il peut rendre espoir, communiquer force et élan, constituer un rempart contre la barbarie. En témoigne le Chant des partisans (1943), hymne de la Résistance que sifflotaient les combattants des maquis. En témoignent également les milliers de textes, de dessins, de fleurs, de bougies qui ont surgi dans les rues de Paris après les attentats terroristes de janvier et novembre 2015.

▶ 7. a) La photographie de Doisneau fait écho à la deuxième partie du poème d’Éluard (vers 18 à 33) : « Tu vas te libérer de la fatigue et de la boue… » Elle est une sorte de réponse à l’appel du poète : Paris a pris les armes, les Parisiens se sont soulevés.

b) La photographie évoque les scènes de barricades qui jalonnent l’histoire de Paris. Elle exprime la vulnérabilité face à « la force Idiote » : ces hommes en costume civil, armés seulement de fusils et sommairement protégés derrière des sacs de sable, évoquent ceux décrits par Éluard (« Frères ayons du courage/Nous qui ne sommes pas casqués/Ni bottés ni gantés ni bien élevés », vers 19-21). Sur leurs visages se lit la détermination de ceux qui luttent pour la liberté.

2de partie • Rédaction et maîtrise de la langue

dictée

POINT MÉTHODE

1 Attention à l’accord des verbes s’imprimer et partir : leur sujet est inversé, placé après. N’oublie pas de les mettre au pluriel (ent).

2 Sois vigilant sur l’accord du participe passé devenues : il est conjugué avec l’auxiliaire être et donc s’accorde avec le sujet la désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée.

3 Ne confonds pas les homophones ou (= ou bien) et .

La France n’a plus de pain, de vin, de feu. Mais surtout elle n’a plus de lois. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs envers la patrie. […]

La France vivante, saignante, est toute dans les profondeurs. C’est vers l’ombre qu’elle tourne son visage inconnu et vrai. […] Jamais la France n’a fait guerre plus haute et plus belle que celle des caves s’impriment ses journaux libres, des terrains nocturnes et des criques secrètes où elle reçoit ses amis libres et d’où partent ses enfants libres, des cellules de torture malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, des Français meurent en hommes libres.

réécriture

Les modifications sont mises en couleur.

Attention !

Ne confonds pas aie et es. Aie est la 2e personne du singulier de l’impératif présent du verbe avoir ; es est la 2e personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe être.

« Frère aie du courage

Toi qui n’es pas casqué

Ni botté ni ganté ni bien élevé

Un rayon s’allume en tes veines »

travail d’écriture

Voici un exemple de rédaction sur chacun des deux sujets.

Attention les titres en couleur ne doivent pas figurer sur ta copie.

Sujet A

[Présentation des circonstances] C’était un matin. Ce 19 août 1944, la ville s’était réveillée tendue et déterminée. Le silence était porteur d’espoir. Les habitants étaient aux aguets derrière leurs volets. Nous étions une dizaine à nous être donné rendez-vous rue de la Huchette. Nous avions entassé des sacs de sable pour former une barricade censée nous protéger des tirs ennemis et empêcher le passage des chars allemands.

Conseil

Pense à situer le personnage que tu as choisi.

[Présentation des personnages] Nous n’étions ni casqués ni bottés. Certains de mes camarades arboraient fièrement une casquette ou un calot. Moi, j’étais tête nue, assis sur un des sacs. À nos pieds, nous portions des savates, des sandales… Un ou deux avaient un brassard. C’était nos uniformes. Armés de quelques fusils, les manches de nos chemises retroussées, nous étions prêts à affronter l’armée allemande. Nous nous sentions portés par un irrésistible élan de liberté. Nos regards se faisaient farouches. L’espoir coulait de nouveau dans nos veines. Nous allions reprendre en main notre destin et celui de Paris, notre belle ville si longtemps martyrisée. L’attente était pesante : nous étions anxieux et impatients ; nous avions hâte d’en découdre ; nos muscles se faisaient douloureux. Nous ne faisions plus qu’un, soudés par une même révolte.

Conseil

Tu peux employer le présent de narration pour donner plus de vivacité à l’action à un moment particulier du récit.

[Court dialogue] Soudain, une rumeur se répand comme une traînée de poudre :

« Ils arrivent.

– Courage, camarades, dis-je à mes compagnons d’armes. Le moment est venu.

– Oui, le moment est venu ! »

La parole passe de l’un à l’autre, dans un long chuchotement.

[Passage à l’action] Et nous avons pointé nos fusils avec plus de détermination encore vers le bout de la rue, dans l’attente de l’ennemi. Un photographe a immortalisé ce moment historique : j’ai participé, avec mes camarades, à la libération de Paris.

Sujet B

[Présentation de l’événement] Nous voici à la veille de cet événement tant attendu. Demain est un grand jour : nous allons monter sur les planches du théâtre de la Comédie pour présenter notre spectacle devant une centaine de personnes. Nous allons jouer Antigone. Il n’est plus temps de se poser de questions : il va falloir être tous à la hauteur du défi que nous nous sommes lancé et s’oublier pour incarner l’espace d’un soir les personnages d’Anouilh.

Bien sûr, je sais que nous aurons le trac, qu’il va nous envahir au moment d’entrer en scène, assécher notre gorge et faire flageoler nos jambes. Ne le laissons pas nous dominer.

N’oublions pas que c’est aussi pour cela que nous avons choisi d’être comédien, pour cette sensation si particulière au moment de quitter les coulisses pour entrer dans la lumière. Alors, voici ce que j’ai à vous dire :

[1er argument : l’aboutissement d’un long travail] Tout d’abord, nous avons bien travaillé. Chacun de nous connaît parfaitement son rôle. Les décors et les costumes sont prêts. Les projecteurs n’attendent plus que nous pour illuminer la scène. Alors, ayons du courage, entrons en scène d’un pas déterminé et soyons meilleurs que jamais. Sachez que nous formons une troupe et que nous devons tous être solidaires : la défection d’un seul et c’est tout le spectacle qui s’effondre.

[2e argument : le respect dû au public] Ensuite, il y a tous ces spectateurs qui ont réservé leur soirée pour venir nous applaudir : nos parents, nos proches, nos amis. Il ne faudra pas les décevoir.

[3e argument : une expérience unique] Enfin, une telle occasion ne se reproduira peut-être pas. Imaginez ! Nous allons jouer sur la scène d’un vrai théâtre. Alors, sachons savourer chaque instant de ce moment unique pour ne surtout pas avoir de regrets. Songez au plaisir du travail accompli quand nous saluerons sous les applaudissements.

[Conclusion] Voilà, je vous attends tous demain, déterminés, prêts à affronter les feux de la rampe. Les planches n’attendent plus que vous !