Annale corrigée Contraction de texte et essai

S'indigner contre les inégalités

Sujet complet • Contraction – Essai

S'indigner contre les inégalités

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Ce sujet vous invite à réfléchir à ce qui peut susciter l'engagement, notamment pour défendre les droits de l'homme et lutter contre les inégalités dans le monde.

 

1. Contraction • Vous résumerez ce texte en 206 mots. Une tolérance de +/– 10 % est admise : votre travail comptera au moins 185 mots et au plus 227 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la contraction, le nombre total de mots utilisés.

2. Essai • Selon vous, quel rôle les écrivains peuvent-ils jouer dans la lutte pour l'égalité ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du xvie au xviiie siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Document 

[…] Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous, d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j'ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l'histoire et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté mais pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler. Ces droits, dont la Déclaration universelle a été rédigée en 1948, sont universels. Si vous rencontrez quelqu'un qui n'en bénéficie pas, plaignez-le, aidez-le à les conquérir. […]

C'est vrai, les raisons de s'indigner peuvent paraître aujourd'hui moins nettes ou le monde trop complexe. Qui commande, qui décide ? Il n'est pas toujours facile de distinguer entre tous les courants qui nous gouvernent. Nous n'avons plus affaire à une petite élite dont nous comprenons clairement les agissements. C'est un vaste monde, dont nous sentons bien qu'il est interdépendant. Nous vivons dans une interconnectivité comme jamais encore il n'en a existé. Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l'indifférence, dire « je n'y peux rien, je me débrouille ». En vous comportant ainsi, vous perdez l'une des composantes essentielles qui fait l'humain. Une des composantes indispensables : la faculté d'indignation et l'engagement qui en est la conséquence.

On peut déjà identifier deux grands nouveaux défis :

1. L'immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches et qui ne cesse de s'accroître. C'est une innovation des xxe et xxie siècle. Les très pauvres dans le monde d'aujourd'hui gagnent à peine deux dollars par jour1. On ne peut pas laisser cet écart se creuser encore. Ce constat seul doit susciter un engagement.

2. Les droits de l'homme et l'état de la planète. J'ai eu la chance après la Libération d'être associé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'Organisation des Nations unies, le 10 décembre 1948, à Paris, au palais de Chaillot. […] C'est à René Cassin2 que nous devons le terme de droits « universels » et non « internationaux » comme le proposaient nos amis anglo-saxons. Car là est bien l'enjeu au sortir de la Seconde Guerre mondiale : s'émanciper des menaces que le totalitarisme a fait peser sur l'humanité. Pour s'en émanciper, il faut obtenir que les États membres de l'ONU s'engagent à respecter ces droits universels. C'est une manière de déjouer l'argument de pleine souveraineté qu'un État peut faire valoir alors qu'il se livre à des crimes contre l'humanité sur son sol. Ce fut le cas d'Hitler qui s'estimait maître chez lui et autorisé à provoquer un génocide. Cette déclaration universelle doit beaucoup à la révulsion3 universelle envers le nazisme, le fascisme, le totalitarisme, et même, par notre présence, à l'esprit de la Résistance. Je sentais qu'il fallait faire vite, ne pas être dupe de l'hypocrisie qu'il y avait dans l'adhésion proclamée par les vainqueurs à ces valeurs que tous n'avaient pas l'intention de promouvoir loyalement, mais que nous tentions de leur imposer.

Je ne résiste pas à l'envie de citer l'article 15 de la Déclaration universelle des Droits de l'homme : « Tout individu a droit à une nationalité » ; l'article 22 : « Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la Sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays. » Et si cette déclaration a une portée déclarative, et non pas juridique4, elle n'en a pas moins joué un rôle puissant depuis 1948 ; on a vu des peuples colonisés s'en saisir dans leur lutte d'indépendance ; elle a ensemencé5 les esprits dans leur combat pour la liberté.

Je constate avec plaisir qu'au cours des dernières décennies se sont multipliés les organisations non gouvernementales, les mouvements sociaux comme Attac (Association pour la taxation des transactions financières), la FIDH (Fédération internationale des Droits de l'homme), Amnesty6… qui sont agissants et performants. Il est évident que pour être efficace aujourd'hui, il faut agir en réseau, profiter de tous les moyens modernes de communication.

Aux jeunes, je dis : regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation — le traitement fait aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Vous trouverez des situations concrètes qui vous amènent à donner cours à une action citoyenne forte. Cherchez et vous trouverez !

Stéphane Hessel, Indignez-vous !, © Éditions Indigène, 2010.

1. Deux dollars par jour : cette donnée est toujours d'actualité. Le seuil d'extrême pauvreté a été réévalué à 1,9 dollar (soit 1,57 €) par jour par la Banque mondiale en 2018.

2. René Cassin (1887-1976) : homme politique, juriste et diplomate français.

3. Révulsion : violent dégoût, rejet catégorique.

4. La Déclaration universelle des droits de l'homme énonce des droits mais n'a pas le pouvoir de les faire appliquer. Les pays signataires ne s'engagent que moralement à les faire respecter.

5. Ensemencé : inspiré.

6. Amnesty International : une organisation non gouvernementale qui lutte pour la défense des droits de l'homme dans le monde.

 

Les clés du sujet

Observer le texte à contracter

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : Énonciation; Texte à la 1re personne.; Ligne 2 : Thèse; Il faut s'indigner et s'engager contre les injustices.; Ligne 3 : Composition; 1. L'indignation est essentielle pour défendre les droits de l'homme (l. 1-10, paragraphe 1).2. Dans la complexité du monde actuel, les jeunes ne doivent pas sombrer dans l'indifférence, mais chercher des sujets d'indignation et d'engagement (l. 11-24, paragraphe 2) ;3. Premier sujet d'indignation : l'extrême pauvreté dans le monde (l. 25-30, paragraphes 3 et 4)4. Deuxième sujet d'indignation : le respect des droits de l'homme (l. 31-62, paragraphes 5 et 6)5. Aujourd'hui, il existe des moyens pour agir et des raisons de s'indigner (l. 63-74, paragraphes 7 et 8).;

Chercher des idées pour l'essai

1. Grâce à leur talent, les écrivains peuvent dénoncer efficacement les inégalités.

Expliquez par quels moyens littéraires les écrivains peuvent mettre leur plume au service d'une cause qu'ils estiment juste.

Interrogez-vous notamment sur l'efficacité argumentative des différents genres littéraires pour dénoncer les inégalités.

2. En tant qu'intellectuels reconnus, ils peuvent lancer des appels à plus de justice.

Donnez des exemples de textes engagés de grands auteurs ayant pris la défense de victimes d'injustice.

3. L'engagement personnel des écrivains peut servir de modèle à leurs lecteurs.

Montrez que de grands auteurs peuvent incarner des valeurs à défendre et nourrir la réflexion sur la nécessité de s'engager.

1. Contraction

Indignez-vous. Je pense que l'indignation est nécessaire pour s'engager dans la défense des droits de l'homme.

Dans un monde très complexe, il est difficile d'identifier les cibles de nos luttes. Mais il ne faut surtout pas sombrer dans l'indifférence. J'invite donc les jeunes [50] à chercher des motifs d'indignation : l'engagement est en partie ce qui fonde notre humanité.

On peut s'indigner de l'extrême pauvreté dans le monde, et des inégalités qui se creusent actuellement entre pauvres et riches. Il faut lutter contre cet écart.

On peut aussi défendre les droits [100] de l'homme. Adoptée par l'ONU après la Seconde Guerre mondiale, la Déclaration universelle des droits de l'homme entendait lutter contre les menaces totalitaires. Lors de sa rédaction, à laquelle j'ai participé, le choix du mot « universelle » était important pour obliger les états signataires à en respecter [150] les valeurs, quelle que soit leur politique intérieure. Cette Déclaration promeut notamment le droit à une nationalité et à une Sécurité sociale. Les peuples luttant pour leur indépendance s'en sont inspirés.

à noter

Les articles de la Déclaration universelle des droits de l'homme cités par Stéphane Hessel doivent être réduits au maximum.

Dans notre monde moderne, les ONG, les réseaux de lutte, soutenus par les moyens de communication actuels, sont [200] nombreux et efficaces.

Jeunes gens, ouvrez les yeux, indignez-vous et agissez !

212 mots

2. Essai

Les titres des parties ne doivent pas figurer dans votre copie.

Introduction

L'une des fonctions de la littérature est de susciter la réflexion chez ses lecteurs. Elle peut ainsi contribuer à faire évoluer les mentalités. Nous pouvons dès lors nous demander si les écrivains ont un rôle à jouer dans la lutte pour l'égalité. En premier lieu, je pense qu'ils ont, grâce à leur talent, le moyen de dénoncer efficacement les injustices. Par ailleurs, le statut d'intellectuel reconnu peut leur servir à lancer des appels en faveur des causes qu'ils défendent. Enfin, les écrivains peuvent incarner un modèle d'engagement.

I. Grâce à leur talent, les écrivains peuvent dénoncer efficacement les inégalités.

Les écrivains maîtrisent le pouvoir des mots : leur talent littéraire met en valeur leurs idées.

Lorsqu'ils s'expriment sur l'inégalité, leur discours marque les esprits. Jean-Jacques Rousseau, par exemple, dans son Discours sur l'origine et les ­fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) et dans son essai Du contrat social (1762), adopte un ton didactique pour mieux convaincre ses lecteurs, en usant de maximes percutantes telles que « les fruits sont à tous, et la terre n'est à personne », ou « l'homme est né libre, et partout il est dans les fers ». Le jeu sur les oppositions frappe les lecteurs, et ces mots restent gravés dans les mémoires. Dans son Discours sur le colonialisme (1950), Aimé Césaire choisit un ton plus polémique. Il dénonce avec virulence les violences de la colonisation, et son propos prend parfois une dimension épique.

des points en +

Les citations donnent du poids à votre essai. Apprenez-en quelques-unes au cours de l'année.

Les auteurs peuvent aussi dénoncer les inégalités de façon indirecte à travers des récits, par exemple. Le plaisir de la fiction se mêle alors à la réflexion qui en émane. Dans son roman Germinal (1885), Émile Zola décrit l'univers des mines de charbon dans le Nord de la France, à la fin du xixsiècle. Le lecteur découvre la misère du monde ouvrier et accompagne les protagonistes dans leur lutte pour leurs droits et leurs conditions de travail. Le discours social prend ainsi une dimension très humaine. De nos jours, la contre-­utopie est un moyen efficace de dénoncer les injustices en montrant les conséquences désastreuses qu'elles pourraient avoir dans le futur. Alain Damasio, dans son roman Les Furtifs (2019), nous fait découvrir un univers de fiction gouverné par l'ultra-capitalisme. Des groupes de résistants s'organisent pour développer des espaces communautaires plus justes, en s'appropriant par la force des logements luxueux réservés aux riches, ou en réaménageant des terrains laissés à l'abandon. La dystopie fait ici écho aux mouvements altermondialistes actuels.

à noter

N'hésitez pas à puiser des exemples dans la littérature contemporaine.

II. En tant qu'intellectuels reconnus, les écrivains peuvent lancer un appel à plus de justice.

Je pense également que les écrivains, en tant qu'intellectuels reconnus, peuvent bénéficier d'une large audience lorsqu'ils appellent à lutter contre les inégalités.

La littérature offre de nombreux exemples de prises de position de grands auteurs face à des injustices. Voltaire a pris la défense de Jean Calas, un protestant accusé à tort d'avoir tué son fils converti au catholicisme en 1761. De même, Émile Zola s'est violemment opposé à la condamnation du capitaine juif Alfred Dreyfus pour trahison. Le romancier a dénoncé un complot judiciaire antisémite dans son célèbre article intitulé « J'Accuse… ! », paru dans le journal L'Aurore en 1898. Voltaire et Zola ont tous deux montré que les convictions religieuses des accusés étaient à l'origine des injustices subies. Parce qu'ils étaient des écrivains reconnus, leur voix a été entendue. J. Calas a malheureusement été exécuté mais il a pu être réhabilité après sa mort ; A. Dreyfus a été innocenté en 1906.

Des écrivains se sont également engagés dans la défense des droits de l'homme à travers des déclarations ou des manifestes. En 1791, Olympe de Gouges a écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, sur le modèle de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, afin de revendiquer l'égalité juridique entre femmes et hommes. Si cette œuvre n'a rencontré que peu d'écho à la fin du xviiie siècle, elle est aujourd'hui considérée comme un texte fondateur de la pensée féministe. Au xxe siècle, les manifestes signés par des intellectuels engagés se sont multipliés. Le Manifeste des 121, par exemple, a été rédigé par Maurice Blanchot et Dionys Mascolo en 1960 pour défendre le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, et soutenir la lutte de ce pays en vue de son indépendance. Il a été signé par des écrivains tels que Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Nathalie Sarraute ou encore Marguerite Duras.

III. L'engagement personnel des écrivains peut servir de modèle à leurs lecteurs.

Je pense enfin que l'écrivain peut devenir un modèle pour ses lecteurs et que son engagement peut susciter des prises de conscience.

Ainsi Victor Hugo ne fascine-t-il pas seulement par ses talents littéraires mais aussi par son engagement politique. Élu à l'Assemblée législative, il a su prendre la parole pour dénoncer l'extrême pauvreté d'une partie de la population parisienne dans son discours du 9 juillet 1849, intitulé « Détruire la misère ». Son combat contre la peine de mort est également resté célèbre à travers ses discours, ses poèmes et ses romans (Claude Gueux et Le Dernier Jour d'un condamné) : Hugo y montre l'injustice d'un tel châtiment face à des délits, souvent mineurs, commis dans la misère.

Un siècle plus tard, Jean-Paul Sartre théorise la nécessité d'engagement comme une composante essentielle de la condition humaine, et prend lui-même parti contre le racisme, l'antisémitisme, ou encore les inégalités causées par le capitalisme. Stéphane Hessel défend la même idée dans son essai Indignez-vous ! Pour lui, l'inégalité sous toutes ses formes doit être un sujet d'indignation et de combat.

Conclusion

En conclusion, je pense que les trois atouts majeurs des écrivains dans la lutte contre les inégalités sont leur talent littéraire, leur aptitude à toucher un large public et leur capacité à incarner un modèle. Leur engagement peut avoir un retentissement réel dans la société. En effet, ce combat en faveur de l'égalité est, à mon sens, destiné à servir d'inspiration à des actions concrètes.

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