S’indigner contre les inégalités

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Rabelais, Gargantua – La bonne éducation
Type : Contraction de texte et essai | Année : 2021 | Académie : Inédit


Sujet complet • Contraction – Essai

S’indigner contre les inégalités

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Ce sujet vous invite à réfléchir à ce qui peut susciter l’engagement, notamment pour défendre les droits de l’homme et lutter contre les inégalités dans le monde.

 

1. Contraction • Vous résumerez ce texte en 206 mots. Une tolérance de +/– 10 % est admise : votre travail comptera au moins 185 mots et au plus 227 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la contraction, le nombre total de mots utilisés.

2. Essai • Selon vous, quel rôle les écrivains peuvent-ils jouer dans la lutte pour l’égalité ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du xvie au xviiie siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Document 

[…] Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j’ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l’histoire et le grand courant de l’histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté mais pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler. Ces droits, dont la Déclaration universelle a été rédigée en 1948, sont universels. Si vous rencontrez quelqu’un qui n’en bénéficie pas, plaignez-le, aidez-le à les conquérir. […]

C’est vrai, les raisons de s’indigner peuvent paraître aujourd’hui moins nettes ou le monde trop complexe. Qui commande, qui décide ? Il n’est pas toujours facile de distinguer entre tous les courants qui nous gouvernent. Nous n’avons plus affaire à une petite élite dont nous comprenons clairement les agissements. C’est un vaste monde, dont nous sentons bien qu’il est interdépendant. Nous vivons dans une interconnectivité comme jamais encore il n’en a existé. Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire « je n’y peux rien, je me débrouille ». En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence.

On peut déjà identifier deux grands nouveaux défis :

1. L’immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches et qui ne cesse de s’accroître. C’est une innovation des xxe et xxie siècle. Les très pauvres dans le monde d’aujourd’hui gagnent à peine deux dollars par jour1. On ne peut pas laisser cet écart se creuser encore. Ce constat seul doit susciter un engagement.

2. Les droits de l’homme et l’état de la planète. J’ai eu la chance après la Libération d’être associé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’Organisation des Nations unies, le 10 décembre 1948, à Paris, au palais de Chaillot. […] C’est à René Cassin2 que nous devons le terme de droits « universels » et non « internationaux » comme le proposaient nos amis anglo-saxons. Car là est bien l’enjeu au sortir de la Seconde Guerre mondiale : s’émanciper des menaces que le totalitarisme a fait peser sur l’humanité. Pour s’en émanciper, il faut obtenir que les États membres de l’ONU s’engagent à respecter ces droits universels. C’est une manière de déjouer l’argument de pleine souveraineté qu’un État peut faire valoir alors qu’il se livre à des crimes contre l’humanité sur son sol. Ce fut le cas d’Hitler qui s’estimait maître chez lui et autorisé à provoquer un génocide. Cette déclaration universelle doit beaucoup à la révulsion3 universelle envers le nazisme, le fascisme, le totalitarisme, et même, par notre présence, à l’esprit de la Résistance. Je sentais qu’il fallait faire vite, ne pas être dupe de l’hypocrisie qu’il y avait dans l’adhésion proclamée par les vainqueurs à ces valeurs que tous n’avaient pas l’intention de promouvoir loyalement, mais que nous tentions de leur imposer.

Je ne résiste pas à l’envie de citer l’article 15 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme : « Tout individu a droit à une nationalité » ; l’article 22 : « Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la Sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l’effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l’organisation et des ressources de chaque pays. » Et si cette déclaration a une portée déclarative, et non pas juridique4, elle n’en a pas moins joué un rôle puissant depuis 1948 ; on a vu des peuples colonisés s’en saisir dans leur lutte d’indépendance ; elle a ensemencé5 les esprits dans leur combat pour la liberté.

Je constate avec plaisir qu’au cours des dernières décennies se sont multipliés les organisations non gouvernementales, les mouvements sociaux comme Attac (Association pour la taxation des transactions financières), la FIDH (Fédération internationale des Droits de l’homme), Amnesty6… qui sont agissants et performants. Il est évident que pour être efficace aujourd’hui, il faut agir en réseau, profiter de tous les moyens modernes de communication.

Aux jeunes, je dis : regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation — le traitement fait aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Vous trouverez des situations concrètes qui vous amènent à donner cours à une action citoyenne forte. Cherchez et vous trouverez !

Stéphane Hessel, Indignez-vous !, © Éditions Indigène, 2010.

1. Deux dollars par jour : cette donnée est toujours d’actualité. Le seuil d’extrême pauvreté a été réévalué à 1,9 dollar (soit 1,57 €) par jour par la Banque mondiale en 2018.

2. René Cassin (1887-1976) : homme politique, juriste et diplomate français.

3. Révulsion : violent dégoût, rejet catégorique.

4. La Déclaration universelle des droits de l’homme énonce des droits mais n’a pas le pouvoir de les faire appliquer. Les pays signataires ne s’engagent que moralement à les faire respecter.

5. Ensemencé : inspiré.

6. Amnesty International : une organisation non gouvernementale qui lutte pour la défense des droits de l’homme dans le monde.

 

Les clés du sujet

Observer le texte à contracter

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : Énonciation; Texte à la 1re personne.; Ligne 2 : Thèse; Il faut s’indigner et s’engager contre les injustices.; Ligne 3 : Composition; 1. L’indignation est essentielle pour défendre les droits de l’homme (l. 1-10, paragraphe 1).2. Dans la complexité du monde actuel, les jeunes ne doivent pas sombrer dans l’indifférence, mais chercher des sujets d’indignation et d’engagement (l. 11-24, paragraphe 2) ;3. Premier sujet d’indignation : l’extrême pauvreté dans le monde (l. 25-30, paragraphes 3 et 4)4. Deuxième sujet d’indignation : le respect des droits de l’homme (l. 31-62, paragraphes 5 et 6)5. Aujourd’hui, il existe des moyens pour agir et des raisons de s’indigner (l. 63-74, paragraphes 7 et 8).;

Chercher des idées pour l’essai

1. Grâce à leur talent, les écrivains peuvent dénoncer efficacement les inégalités.

Expliquez par quels moyens littéraires les écrivains peuvent mettre leur plume au service d’une cause qu’ils estiment juste.

Interrogez-vous notamment sur l’efficacité argumentative des différents genres littéraires pour dénoncer les inégalités.

2. En tant qu’intellectuels reconnus, ils peuvent lancer des appels à plus de justice.

Donnez des exemples de textes engagés de grands auteurs ayant pris la défense de victimes d’injustice.

3. L’engagement personnel des écrivains peut servir de modèle à leurs lecteurs.

Montrez que de grands auteurs peuvent incarner des valeurs à défendre et nourrir la réflexion sur la nécessité de s’engager.

Pour lire la suite :