Samuel Beckett, Oh les beaux jours, acte I

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S - 1re L | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation - Le commentaire littéraire
Type : Commentaire littéraire | Année : 2011 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Jeu des acteurs et mise en scène

Jeu des acteurs et mise en scène • Commentaire

Corrigé

18

Théâtre

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Sujet inédit

le texte théâtral et sa représentation • 16 points

Commentaire

> Vous commenterez le texte de Beckett.

Trouver les idées directrices

  • Faites la « définition » du texte pour trouver les idées directrices.

Monologue de théâtre (genre) du théâtre de l’absurde (mouvement) traitant du temps qui passe et de l’existence humaine dans ses aspects les plus prosaïques (thèmes et registres), répétitif, étrange, proche du mime (adjectifs), qui vise à rendre compte de la condition humaine et à mettre en évidence les conventions théâtrales (buts).

Pistes de recherche

La scène est un peu déroutante. Pour trouver des idées de commentaire, partez de ce qui surprend le lecteur et le spectateur.

Première piste : la distanciation par rapport au théâtre traditionnel

  • Cherchez ce que la scène a d’étrange par rapport au théâtre traditionnel :
  • analysez la proportion des composantes du texte de théâtre (répliques/didascalies) ;
  • étudiez aussi l’originalité de la situation d’énonciation ;
  • analysez l’aspect théâtral de la scène : imaginez-la représentée.
  • Pensez aux difficultés que peuvent rencontrer un metteur en scène et une actrice pour interpréter cette scène.
  • Rappelez-vous les principes et les visées du théâtre de l’absurde. Essayez de définir les buts de Beckett dans cette scène.

Deuxième piste : un message existentiel pessimiste
sur la condition humaine

  • Quelle image de la condition humaine cette scène traduit-elle ?
  • Quels thèmes humains soulève-t-elle ?
  • Est-elle optimiste ou pessimiste ?
  • Définissez le « ton » de la scène pour aborder ces thèmes.

> Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

> Le roman : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleur et les indications en italique servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Dans la seconde moitié du xxe siècle, pour rendre compte de l’absurdité de la vie humaine, certains dramaturges prennent le contre-pied du théâtre traditionnel. Beckett, après En attendant Godot (1952) écrit Oh les beaux jours (1962).

[Présentation du texte] La pièce débute par une longue didascalie : deux personnages – un couple – sont visibles, mais la scène est composée d’un long monologue de Winnie, sans réelle consistance.

[Annonce du plan] Cette scène rejette les conventions du genre théâtral et ne prend sa vraie mesure qu’à la représentation. Elle comporte également une réflexion existentielle teintée d’ironie.

I. Une exposition étrange : une réflexion sur le théâtre

Beckett remet en question les conventions théâtrales et crée la surprise.

1. Un monologue étonnant

  • Les didascalies, les sons, les silences du texte, très peu fourni, prédominent mais donnent paradoxalement de l’importance aux mots et aux intonations.
  • La situation d’énonciation est étrange : le second personnage reste muet. Il prononcera ultérieurement quelques mots. C’est donc un faux monologue.

2. Une scène d’exposition déroutante

  • Elle ne donne aucune indication précise sur l’intrigue présente et à venir (rien ne se passe ni ne semble devoir se passer), elle n’ouvre aucune attente.
  • Sans contexte spatiotemporel précis, la situation échappe au temps.
  • Le registre de la pièce n’est pas défini : comique ? tragique ?

3. La théâtralité de la scène

  • Les quelques indications spatiotemporelles créent une situation étrange : lieu désertique, lumière aveuglante.
  • Le décor est stylisé et volontairement artificiel (« Maximum de simplicité et de symétrie », « toile de fond en trompe-l’œil »).
  • Les rôles sont difficiles à interpréter : Winnie est enterrée (d’où l’importance donnée aux mimiques) et Willie, présent et absent, ne semble pas vivant.
  • Une attention démesurée est accordée aux objets et aux bruitages, par rapport aux répliques et aux actions.

[Transition] Beckett brise la convention de l’illusion théâtrale pour mieux inciter le lecteur à réfléchir.

II. Une réflexion sur la condition humaine

Beckett délivre un message existentiel pessimiste.

1. Une image de la décrépitude

  • Le temps qui passe est matérialisé par les « sonnerie[s] ». Gestes et paroles de Winnie sont répétitifs et mécaniques. Le « mamelon » suggère un milieu mou où l’existence s’englue.
  • De nombreux éléments figurent la mort : Winnie « enterrée », son sac « noir », Willie « allongé par terre, endormi » et presque muet, nombreuses négations (« plus pour longtemps », « rien à faire », « pas de changement »).

2. Le paradoxe du langage

  • La seule consolation de l’homme réside dans le langage, qui lui donne la sensation d’exister et d’oublier sa misère.
  • Mais les silences soulignent en réalité l’impossibilité de communiquer, et donc l’enfermement psychologique et la solitude de Winnie.

3. L’absence de Dieu

  • Winnie prie (« fixant le zénith » ; « journée divine » ; rituel de la prière consciencieusement effectué), mais cette prière semble vaine (« inaudible »).
  • Les longs silences suggèrent que le dialogue est rompu avec un hypothétique dieu (signe de la dégradation de l’être en marche vers le néant ?).

4. L’ironie et l’humour noir

  • Le message métaphysique de Beckett est toutefois proposé avec distanciation : l’humour noir se mêle au pathétique.
  • Beckett souligne avec ironie l’inconscience de Winnie, qui s’enfonce dans la terre mais reste optimiste (préoccupations simples, babioles, « journée divine »).
  • La répétition mécanique des gestes et des paroles révèle ce qui est grotesque (comique de répétition) et atroce – donc pitoyable – dans l’existence.

Conclusion

L’efficacité de la scène (et du théâtre de l’absurde) tient à son étrangeté. Mais la scène dépasse le simple divertissement et incite à la réflexion en donnant une dimension philosophique et métaphysique au théâtre.