Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle L | Thème(s) : L'inconscient - La conscience - Le désir
Type : Explication de texte | Année : 2018 | Académie : France métropolitaine

France métropolitaine • Juin 2018

explication de texte • Série L

Schopenhauer

Expliquer le texte suivant :

Souvent nous ne savons pas ce que nous souhaitons ou ce que nous craignons. Nous pouvons caresser un souhait pendant des années entières, sans nous l’avouer, sans même en prendre clairement conscience ; c’est que l’intellect n’en doit rien savoir, c’est qu’une révélation nous semble dangereuse pour notre amour-propre, pour la bonne opinion que nous tenons à avoir de nous-mêmes ; mais quand ce souhait vient à se réaliser, notre propre joie nous apprend, non sans nous causer une certaine confusion, que nous appelions cet événement de tous nos vœux ; tel est le cas de la mort d’un proche parent dont nous héritons.

Et quant à ce que nous craignons, nous ne le savons souvent pas, parce que nous n’avons pas le courage d’en prendre clairement conscience. Souvent même nous nous trompons entièrement sur le motif véritable de notre action ou de notre abstention, jusqu’à ce qu’un hasard nous dévoile le mystère. Nous apprenons alors que nous nous étions mépris sur le motif véritable, que nous n’osions pas nous l’avouer, parce qu’il ne répondait nullement à la bonne opinion que nous avons de nous-mêmes. Ainsi, nous nous abstenons d’une certaine action, pour des raisons purement morales à notre avis ; mais après coup nous apprenons que la peur seule nous retenait, puisque, une fois tout danger disparu, nous commettons cette action.

Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, 1818.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les clés du sujet

Dégager la problématique du texte

Schopenhauer examine dans ce texte le rapport entre notre conscience et notre volonté, en remettant en cause l’idée selon laquelle notre conscience serait le guide de notre volonté, celle-ci lui étant soumise comme un simple instrument. Il entend démontrer ici que si nous croyons que notre volonté est au service de notre conscience, c’est que notre amour-propre nous empêche de reconnaître en nous des désirs et des peurs inconscients. En réalité, ce qui nous définit est bien moins notre conscience que notre volonté.

Repérer la structure du texte et les procédés d’argumentation

Dans un premier temps, Schopenhauer met en évidence la présence en nous de désirs inconscients et se demande pour quelles raisons ils n’accèdent pas à la conscience. Il développe une explication appuyée sur un exemple : ce qui nous empêche de reconnaître en nous ces désirs contraires à la morale, c’est notre amour-propre.

Dans un second temps, il met en évidence la présence en nous de peurs inconscientes qui nous poussent à agir ou nous retiennent sans que nous le sachions. Là encore, notre amour-propre nous aveugle. Il apparaît ainsi que notre volonté n’est pas au service de notre conscience : au contraire, notre conscience se trouve bien souvent mystifiée par notre volonté.

Éviter les erreurs

Pour comprendre ce texte, vous devez d’abord relever les distinctions qui soutiennent l’argumentation : « ce que nous souhaitons »/« ce que nous craignons » ; « caresser un souhait »/« nous l’avouer », « en prendre clairement conscience » ; « Nous pouvons caresser un souhait pendant des années entières »/« quand ce souhait vient à se réaliser » ; « joie »/« confusion » ; « pour des raisons purement morales à notre avis »/« la peur seule nous retenait ».