Selon vous, pourquoi le public va-t-il au théâtre ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : La dissertation littéraire - Le théâtre, texte et représentation
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Le théâtre : acteur et public
 
 

Le théâtre : acteur et public • Dissertation

Le théâtre

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Sujet inédit

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Dissertation

> Selon vous, pourquoi le public va-t-il au théâtre ? Quelles sont ses motivations et les attentes du spectateur de théâtre ? Vous appuierez votre réponse sur les textes du corpus mais aussi sur vos lectures personnelles et surtout votre expérience personnelle de spectateur.

Comprendre le sujet

  • Le sujet est axé sur la représentation, par opposition au « texte théâtral » écrit et seulement lu. Mais il ne faut pas oublier que le texte est une composante du spectacle.
  • Les mots « public » et « spectateurs » restreignent le sujet au point de vue du public (et non de l’auteur ou de l’acteur).

Chercher des idées

  • Analysez précisément les mots : « motivations » = « pour quelles raisons ? » ; « attentes » = « dans quels buts ? ».
  • Variez les mots interrogatifs :
  • « pour quelles raisons le public va-t-il au théâtre ? » implique des réponses commençant par « parce que… », qui vous indiqueront des causes (ex : « … parce qu’il s’ennuie »),
  • « dans quels buts le public va-t-il au théâtre ? » implique des réponses commençant par « pour… », qui vous indiqueront les intentions, les buts (ex : « … pour comprendre les êtres humains »),
  • « que vient chercher le public… ? » implique des réponses comportant un complément d’objet direct (« le divertissement, l’évasion… »).
  • Quelques pistes

Le théâtre est un spectacle vivant qui divertit, qui plaît :

  • quel plaisir peut-on prendre à sortir ?
  • le public vient pour se divertir : de quoi ? pour penser à autre chose : à quoi ? pour entendre et voir de belles choses : lesquelles ?
  • pour entendre des choses justes : lesquelles ?

Au théâtre, les personnages expriment leurs émotions, leurs passions et les font partager :

  • le spectateur ressent des émotions : lesquelles ? pleurer ? rire ? « purger » ses passions (la catharsis) ?

Le théâtre est un texte qui exprime des idées, transmet un message :

  • sur qui ? sur quoi ?
  • le spectateur voit son image d’être humain : quelle image de l’homme donne le théâtre ? laisse-t-il entrevoir la vérité ?
  • Des textes à connaître
  • La préface de Ruy Blas (1838), de Hugo : « La foule demande surtout au théâtre des sensations ; la femme, des émotions ; le penseur, des méditations. Tous veulent un plaisir ; mais ceux-ci, le plaisir des yeux ; celles-là, le plaisir du cœur ; les derniers, le plaisir de l’esprit ».
  • La scène 12 de l’acte III du drame romantique d’A. Dumas, Kean : le personnage féminin Anna Damby y raconte ses expériences de spectatrice.
  • Utilisez les textes du corpus et constituez-vous une réserve d’exemples.

>Réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

>Le théâtre : voir mémento des notions.

Corrigé

Nous vous proposons un plan détaillé : vous pouvez vous exercer à le rédiger, mais il comporte peu d’exemples (notamment dans la partie III), indispensables dans une dissertation. Vous devez y inclure vos exemples personnels, que vous expliquerez.

[Amorce] Parmi les spectacles auxquels se plaît l’être humain, le théâtre est un des plus anciens. Il a traversé les siècles avec succès jusqu’à ce que le cinéma lui fasse, au xxe siècle, une forte concurrence. Pourtant, malgré l’essor du septième art, le théâtre attire toujours les spectateurs. Les dramaturges se sont souvent interrogés sur les raisons de la pérennité de ce genre et sur ce qui pousse le public à remplir les salles. [Problématique] Ainsi, au xixe siècle, Hugo, dans la préface de Ruy Blas (1838), se demande « Ce que la foule demande […] à l’œuvre dramatique » et en arrive à la conclusion que « tous veulent un plaisir », hommes, femmes et penseurs. Au xxe siècle, dans L’Échange, Claudel met en scène une comédienne, Lechy Elbernon qui parle de son métier d’actrice et aborde la question des motivations qui poussent à aller au théâtre depuis des siècles. [Annonce du plan, à rédiger] Le plaisir du spectacle collectif vivant : se divertir [I] ; des émotions fortes, des passions et la « catharsis »  [II] ; une « école » de la vie [III].

I. Se divertir et s’amuser : un spectacle vivant

1. Plaisir de la sortie collective et d’un spectacle unique

Aller au théâtre, c’est avant tout participer à un spectacle.

  • Lire une pièce est une activité solitaire. Aller au théâtre, c’est faire partie d’un public qui vibre à l’unisson (Claudel, L’Échange) et les réactions d’un public ne sont pas la somme des réactions individuelles (le rire, les larmes sont communicatives). Le public est « de la chair vivante » (Lechy Elbernon). Hugo explique ainsi qu’au théâtre « il y a des cœurs humains sur la scène, des cœurs humains dans la coulisse, des cœurs humains dans la salle. »
  • La représentation est un spectacle vivant, en chair et en os, et non figé comme le cinéma. Les spectateurs prennent plaisir à cette impression du vécu en direct, ce sont de vrais hommes qui jouent et non une image de ces hommes (à la différence du cinéma). Physiquement, on est sensible au velouté ou à la rugosité de la voix incarnée (par exemple, le personnage de Dumas, Anna Damby, qui entend la voix de Kean, un grand tragédien : « C’est alors que j’entendis une voix… oh !… qui vibra jusqu’au fond de mon coeur… Tout mon être tressaillit… […] Mon âme tout entière passa dans mes yeux et dans mes oreilles… Je restai muette et immobile comme la statue de l’étonnement, je regardai, j’écoutai… »
  • La représentation théâtrale est unique : chaque interprétation fait la même pièce différente. De façon plus complexe, le spectateur peut rechercher le plaisir de comparer diverses interprétations [exemples personnels].

2. « Ah ! c’est bien beau ! » (Baudelaire) : le plaisir esthétique

Aller au théâtre procure aussi un plaisir esthétique.

  • Ce peut être le plaisir d’apprécier la beauté du texte ; car on ne parle pas, on ne joue pas au théâtre comme dans la vie. La pièce est le fruit d’un travail artistique littéraire de stylisation sur la langue. Anna Damby raconte : « Cette voix disait des vers mélodieux comme je n’aurais jamais cru que des lèvres humaines pussent en prononcer… » [Exemples de vers de Racine dans Phèdre ou Bérénice]
  • Ce peut être le plaisir d’apprécier la beauté du spectacle : décor, costumes, éclairages… [Exemples personnels de mises en scène]
  • Ce peut être le plaisir d’apprécier la beauté ou la virtuosité du jeu de l’acteur, son talent. [Exemples des documents C et D, de Renée dans La Curée de Zola qui va « voir une grande tragédienne ».]

3. « Rêver », « se faire des songes »

  • Les spectateurs viennent aussi au théâtre pour s’évader de la vie quotidienne et se divertir (au sens étymologique du mot : se détourner de ce qui préoccupe ou angoisse). Pour Pagnol, le public vient au théâtre pour « se faire des songes », pour le plaisir d’être leurré [exemples personnels] et éviter l’ennui d’une vie banale (« l’homme s’ennuie », L’Échange de Claudel).
  • Le théâtre met en scène le plus souvent les destins extraordinaires, des vies hors du commun [Le Cid, Phèdre, Hernani + exemples personnels].

II. Être ému : une fête pour le cœur

Le théâtre est un monde d’émotions, de passions, une vraie fête pour le cœur.

1. Vivre plusieurs vies

  • Le théâtre permet au spectateur d’être, comme l’acteur, plusieurs personnes, de vivre plusieurs destins, sans risque (être Phèdre ou Antigone sans mourir). Lechy Elbernon déclare : « C’est moi qui joue les femmes : la jeune fille, et l’épouse vertueuse qui a une veine bleue sur la tempe, et la courtisane trompée. »
  • Le spectateur peut ainsi réaliser ses rêves par substitution [exemples].

2. Le plaisir du voyeur

Le théâtre procure aussi le plaisir de la transgression et une sensation de puissance.

  • Le spectateur, du fait de la disparition, par convention, du quatrième mur, entre dans les maisons, dans l’intimité des gens et a le plaisir de voir ce que d’ordinaire il n’a pas le droit de voir [exemples personnels].
  • Il jouit parfois d’une situation privilégiée : il est le destinataire des confidences d’autrui, notamment dans les monologues [délibération dans les moments d’indécision, par exemple : Hamlet « To be or not to be » + exemples personnels] ou les apartés. Parfois même, le public en sait plus que les personnages eux-mêmes : il est le seul à connaître l’identité d’un personnage [exemples personnels], les projets de tel autre [exemples personnels] : c’est le plaisir de la complicité et de celui qui sait.
  • Enfin, le théâtre permet au spectateur de voir ce qu’il n’a pas forcément l’occasion de voir dans la vraie vie et sur lequel il s’interroge : par exemple, la mort sur scène [exemples].

3. Ressentir des émotions fortes : « Et il pleure et il rit »

  • Le théâtre permet de ressentir des émotions très variées ; il présente une palette d’émotions multiples, de passions. Lechy Elbernon dit du public : « il pleure et il rit ». On rit aux comédies [exemples personnels], on pleure aux tragédies et aux drames [exemples personnels]. Anna Damby (Kean) : « Roméo m’avait fait connaître l’amour, Othello la jalousie, Hamlet le désespoir… » ; « On a peur, on a envie de pleurer » (Baudelaire, « Les Vocations »).
  • L’action au théâtre étant concentrée sur quelques heures, les émotions en sont plus intenses que dans la vie. Anna Damby raconte comment le théâtre lui a fait ressentir des émotions presque douloureuses : « Tout mon être tressaillit… ; je restai muette et immobile comme la statue de l’étonnement. »
  • Le spectateur, par substitution et par identification, vit lui-même plus intensément, comme si c’était vrai. Les témoignages de spectateurs sont multiples à ce sujet : pour Giraudoux, le spectateur vit sa vie « plus vraie, plus forte et aussi plus fraîche » (Ondine) ; Lechy Elbernon : « et j’entre dans leur âme comme dans une maison vide » ; Anna Damby : « cette triple initiation compléta mon être… […] L’âme de l’acteur passa dans ma poitrine : je compris que je commençais seulement de ce jour à respirer, à sentir, à vivre ! ».
  • Selon Aristote, le théâtre est une « imitation […] qui, par l’entremise de la pitié et de la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre » : c’est la « catharsis », qui agit un peu comme une « cure » psychanalytique et libère sentiments et émotions refoulés.

III. Comprendre l’homme, lutter contre l’angoisse : une école de vie

A posteriori, le spectateur peut chercher dans le théâtre un enseignement, une façon vivante et incarnée de « philosopher », moins fastidieuse que les essais ou la lecture.

1. Voir des hommes, étudier l’homme, se voir soi-même

  • Le théâtre, avec la multiplicité de ses personnages et de ses situations, est un miroir de la société (par exemple des pièces critiques du xviiie siècle comme Le Mariage de Figaro ou politiques comme Ruy Blas de Hugo ou les pièces engagées du xxe siècle).
  • De plus, le théâtre présente tout l’échantillonnage des êtres humains : c’est une « comédie humaine » qui explore l’âme. Montherlant affirme : « Une pièce de théâtre ne m’intéresse que si l’action extérieure réduite à la plus grande simplicité n’est qu’un prétexte à l’exploration de l’homme ». C’est une leçon de « caractères ».
  • Ainsi le spectateur vient « se regarder soi-même » (Claudel), par une sorte de plaisir narcissique ou peut-être même masochiste. Ainsi Renée dans La Curée de Zola se compare à Phèdre (dont l’histoire est proche de sa propre vie). Selon le personnage de Claudel, Lechy Elbernon, le public va au théâtre « pour entendre la vérité » et peut-être, par un effet dissuasif, ne pas reproduire ce qui cause la tragédie. Le théâtre pourrait être une école de vertu.

2. Lutter contre l’angoisse existentielle

Le théâtre peut aussi répondre à des interrogations plus philosophiques.

  • La pièce de théâtre offre le « luxe de faire dérouler la vie à la vitesse et à la mesure […] de la passion humaine » (Giraudoux) ; en permettant d’assister à une vie en accéléré, le théâtre ôte tout ce que la vie a de « trop languissant », et ce qu’elle ne permet pas d’appréhender dans sa globalité.
  • Plus profondément, le théâtre représente une vie terminée, un destin entièrement « déroulé » [exemples personnels] et répond ainsi aux interrogations existentielles du spectateur : « ne sachant de rien, comment cela commence ou finit, c’est pour cela qu’il va au théâtre » (L’Échange de Claudel). Jouvet déclare aussi : « condamnés à expliquer le mystère de la vie, les hommes ont inventé le théâtre » pour savoir la fin. Le spectateur a, un instant, la position privilégiée de Dieu.

Conclusion

La diversité des raisons qui poussent à aller au théâtre crée la diversité du public (populaire, intellectuel, jeunes, adultes, etc.). Malgré la concurrence, très forte, du cinéma, le théâtre subsiste, grâce à son côté incarné qui mêle indissociablement illusion et réalité. Pour l’acteur et metteur en scène Jean Vilar : « Il n’est pas d’art qui, plus nécessairement que le théâtre, ne doive unir illusion et réalité. Cela à l’insu du public et en pleine lumière cependant. Complices. »