Socialisation et participation politique

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : La participation politique
Type : Sujet de spécialité | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Socialisation et participation politique

La participation politique

Corrigé

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Sciences sociales…

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Sujet zéro

enseignement de spécialité • 20 points

> Quel est le rôle de la socialisation dans la formation des attitudes et des comportements politiques ?

Document

Les convictions politiques et religieuses sont, toujours aujourd’hui, ce qui se transmet le mieux. Bien que s’effritant quelque peu dans la dynamique générationnelle, le clivage gauche-droite en France continue de structurer les identités. Quatre Français sur dix (41 %) s’in­scrivent dans la continuité des choix de gauche ou de droite de leurs parents. Si l’on rajoute ceux qui reconnaissent une filiation apolitique, ni de gauche ni de droite – et ils sont tendanciellement de plus en plus nombreux (29 % en 2007) –, la continuité politique domine et concerne les deux tiers des Français (65 %). Si la connaissance du vote apparaît plus incertaine entre parents et enfants, les grandes affiliations idéologiques constituent des repères importants et relativement stables dans l’histoire des familles.

Reste une proportion non négligeable, un tiers, pour qui la transmission parentale n’a pas joué dans le sens de la continuité. Les chemins de l’héritage ont pu se brouiller en raison de l’hétérogénéité ou de la discordance des choix parentaux. Les cas de vraies ruptures restent marginaux. Seuls 10 % des Français ont changé de camp politique par rapport à leurs deux parents, passant à gauche alors qu’ils ont deux parents situés à droite (le cas le plus fréquent), ou passant à droite alors que leurs deux parents sont positionnés à gauche. La transmission politique est d’autant plus effective que l’homogénéité des choix parentaux est affirmée. Et les mères y jouent un rôle particulièrement déterminant. […]

Le repérage politique élémentaire entre la gauche et la droite est chargé affectivement dans l’histoire des familles. Se dire de gauche, de droite, ou ni de gauche ni de droite, est un attribut de l’identité souvent hérité. Mais le vote échappe davantage à cette logique de continuité et d’homogénéité. On peut être de gauche comme ses parents mais ne pas voter comme eux. Même chose à droite. Ainsi, 43 % des Français reconnaissent ne pas voter comme leurs parents, et les femmes en nombre encore plus important que les hommes (41 % contre 39 %), et ce dans une même proportion à gauche qu’à droite1.

Bien que centrale dans l’expérience affective, la famille connaît l’éclatement, les recompositions, une diversification de ses formes propres. Depuis un certain temps, le doute, en matière de politique, la défiance, le désenchantement, le brouillage des identifications touchent toutes les générations.

Anne Muxel, Toi, moi et la politique. Amour et convictions,

Éditions du Seuil, 2008.

1. Enquête CSA, février 2007.

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

  • La socialisation, processus d’apprentissage et d’intériorisation par un individu des éléments socioculturels de son milieu social, commence dès la petite enfance, auprès de la famille, et se poursuit tout au long de la vie, auprès d’autres instances (école, groupes intermédiaires, médias, milieu professionnel…).
  • Les attitudes politiques peuvent être assimilées aux opinions ou aux idées politiques, alors que les comportements politiques rassemblent les actions liées à l’activité politique : assistance à une réunion politique, vote, adhésion à un parti politique, militantisme, candidature à une élection…

Analyser le document

  • L’auteur du texte, spécialiste de la socialisation politique, met en évidence la « continuité politique » entre générations, c’est-à-dire un positionnement identique à celui des parents sur l’échelle gauche-droite, pour 65 % des Français. La discontinuité politique, minoritaire, découle souvent des trajectoires individuelles, qui peuvent amener à des ruptures radicales avec l’ancrage du milieu familial, dans 10 % des cas environ. Anne Muxel souligne le rôle particulier des mères pour la « reproduction » politique lorsque les parents ont des choix homogènes.
  • La transmission s’effectue moins bien pour le vote, où les enfants s’affranchissent davantage de l’influence parentale, y compris lorsqu’ils déclarent partager les positions de leurs parents. La fin du texte établit un parallèle entre la remise en cause du modèle familial traditionnel et le « désenchantement » à l’encontre du politique.

Définir le plan

Votre réponse pourra s’articuler autour de deux parties :

I. La socialisation familiale joue un rôle déterminant pour la formation des attitudes et des comportements politiques.

II. L’influence de la socialisation familiale doit être relativisée car d’autres facteurs doivent être pris en compte.

Corrigé

Introduction

  • Chaque échéance électorale majeure donne lieu à des discussions parfois passionnées dans les familles, mettant ainsi en évidence l’importance de la socialisation politique dans la production des attitudes et des comportements.
  • La socialisation désigne le processus d’apprentissage et d’intériorisation par un individu des éléments socioculturels de son milieu social. Débutant lors de la petite enfance, où la famille joue un rôle primordial, elle se poursuit tout au long de la vie, permettant à d’autres instances de socialisation d’agir dans le processus (école, groupes intermédiaires, médias, milieu professionnel…). Les attitudes politiques peuvent être assimilées aux opinions ou aux idées politiques, alors que les comportements politiques rassemblent les actions liées à l’activité politique.
  • Pour analyser le rôle de la socialisation dans la formation des attitudes et des comportements politiques, on pourra mettre d’abord en relief l’importance de la socialisation familiale, puis montrer que d’autres facteurs participent à cette formation.

I. La socialisation familiale joue un rôle déterminant pour la formation des attitudes et des comportements politiques

  • Selon A. Muxel, il existe une « continuité politique » entre générations, c’est-à-dire un positionnement identique à celui des parents sur l’échelle gauche-droite, pour 65 % des Français. Lors de la socialisation primaire, les parents transmettent aux enfants un ensemble de normes, de valeurs et de façons de voir le monde qui traduisent leur propre positionnement politique. Ainsi se transmet un habitus politique, de droite ou de gauche, qui assure une reproduction des positionnements politiques entre générations.
  • D’ailleurs, A. Muxel pointe le rôle majeur joué par la mère dans ce processus : davantage présente auprès de l’enfant lors de la petite enfance, période de socialisation primaire intense, c’est elle qui assure l’essentiel de la transmission des attitudes et comportements politiques. Enfin, des parents engagés conjointement dans un combat politique peuvent offrir à leurs enfants un modèle d’adultes vivant harmonieusement leur engagement, et ainsi inciter les futurs adultes à copier cet exemple de comportement politique.

II. L’influence de la socialisation familiale doit être relativisée car d’autres facteurs doivent être pris en compte

  • Pourtant, la continuité politique est absente pour 1/3 des individus interrogés, avec une minorité de 10 % pour laquelle le changement de positionnement est radical. De même, le comportement électoral semble s’éloigner plus souvent de l’hypothèse de continuité politique, puisque 43 % des personnes interrogées disent ne pas voter comme leurs parents, à droite et à gauche. Institution elle-même en mutation profonde, la famille assure moins efficacement qu’auparavant la transmission des opinions et des comportements politiques.
  • Les raisons qui peuvent conduire à la discontinuité des attitudes et des comportements sont très diverses, partant du contre-pied des opinions parentales lors de l’adolescence, aux rencontres avec des personnalités politiques opposées aux convictions familiales, sans oublier le statut professionnel (un indépendant fils de fonctionnaire peut pencher à droite) ou l’histoire personnelle de chacun… De plus, il peut aussi exister un effet « génération », comme on a pu l’évoquer pour celle de la Résistance ou de mai 1968, qui structure de façon durable les opinions politiques.

Conclusion

La socialisation familiale influence bien de façon déterminante le positionnement et les opinions politiques des enfants, mais ne constitue qu’un canevas sur lequel chaque individu brode ses propres convictions, en fonction de son histoire et des circonstances politiques dans lesquelles il évolue.