Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle L - Tle ES | Thème(s) : Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2013 | Académie : Polynésie française
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875

Socialisme et mouvement ouvrier

Corrigé

5

Histoire

hgeT_1306_13_00C

Polynésie française • Juin 2013

étude critique de document

> Étudiez de façon critique le document en insistant en particulier sur le contexte dans lequel il a été élaboré. Vous montrerez en quoi il est révélateur des permanences et des changements du socialisme allemand.

Document

Le programme du parti social-démocrate allemand (SPD), défini au congrès de Bad Godesberg, en RFA, en 1959

« Valeurs fondamentales du socialisme :

Nous nous opposons à toute dictature, toute forme de domination totalitaire et autoritaire où la dignité de l’homme est méprisée, sa liberté supprimée et ses droits réduits à néant. Le socialisme ne se réalisera que par la démocratie ; la démocratie ne peut s’accomplir que par le socialisme. […] Les communistes se réclament à tort de la tradition socialiste. En réalité, ils en ont trahi la pensée. Les socialistes veulent instaurer la liberté et la justice, tandis que les communistes exploitent les divisions sociales pour installer la dictature de leur parti.

L’État :

La division de l’Allemagne menace la paix. La surmonter est indispensable pour le peuple allemand.

Le parti social-démocrate allemand se reconnaît dans une démocratie où l’autorité de l’État émane du peuple et où le gouvernement est toujours responsable devant le Parlement. […]

L’expansion économique :

Le but de la politique économique du parti social-démocrate est l’accès de tous à la prospérité croissante. […] La libre consommation et le libre choix de l’emploi sont des points fondamentaux ; la libre concurrence et la libre-entreprise sont des éléments importants d’une politique économique social-démocrate. […] Une économie totalitaire ou dictatoriale détruit la liberté. C’est pourquoi le parti social-démocrate approuve un marché libre où règne la concurrence.

Notre parcours :

Le mouvement socialiste accomplit une mission historique. Il est né d’une protestation naturelle et morale des travailleurs salariés contre le système capitaliste. […] Éliminer les privilèges des classes dirigeantes et donner à tous les hommes liberté, justice et bien, c’est là tout le sens du socialisme.

Malgré de lourds revers et nombre d’erreurs, le mouvement ouvrier a pu aux xixe et xxe siècles gagner la reconnaissance d’un grand nombre de ses revendications. Le prolétaire qui autrefois s’usait au travail pour un salaire de misère a obtenu la légalisation de la journée de huit heures, la protection du travail, les assurances - chômage, maladie et invalidité –, et le droit à la retraite pour ses vieux jours. Il a conquis la liberté de réunion, la liberté de l’organisation syndicale, le droit de grève. Il est en train d’imposer son droit à la cogestion. […] D’un parti de la classe ouvrière, le SPD est devenu un parti du peuple ouvert à tous. […]

Les communistes étouffent les libertés. Ils violent les droits de l’homme et le droit des peuples et des personnes à disposer d’eux-mêmes. À leur pouvoir s’oppose aujourd’hui un nombre croissant de personnes y compris dans les pays communistes. Là aussi, des changements s’accomplissent.

Les espoirs du monde reposent sur une organisation basée sur les principes du socialisme démocratique qui veut créer une société respectueuse de la dignité humaine, libérée de tout besoin et de toute crainte, de toute guerre et de toute oppression, en lien avec toutes les personnes de bonne volonté. »

Extraits de la déclaration finale du congrès du Parti social‑­démocrate ­allemand (SPD), à Bad Godesberg, RFA, 1959.

Lire la consigne

L’énoncé reprend celui d’une des questions du thème 2 du programme. C’est une manière de renvoyer à la problématique générale de ce thème concernant le rôle d’une idéologie (ici le socialisme) dans un pays (l’Allemagne). En quoi cette idéologie pèse-t-elle sur l’histoire allemande ? L’analyse de la consigne confirme qu’il faut travailler sur le socialisme comme mouvement d’idées et non sur le parti politique revendiquant cette qualification. L’invitation à rechercher les permanences et les changements oblige à opposer deux moments de réflexion : un sur les idées fondatrices du socialisme allemand qui font « permanences » ; l’autre sur son évolution au gré de circonstances qu’il faudra présenter. Le rappel du contexte permet d’expliquer ces changements et d’aborder la dimension critique de l’exercice.

Analyser le document

Le document est un programme tenu lors d’un congrès rassemblant les dirigeants du SPD. C’est donc un document référence (il fait événement), officiel (c’est une déclaration finale) du parti socialiste allemand. Il date de 1959 et se tient en République fédérale d’Allemagne (RFA), la partie occidentale de l’Allemagne, celle qui est rattachée au bloc de l’Ouest. Nous sommes dix ans après la création des deux Allemagne, en pleine guerre froide, au moment où les tensions reprennent entre les États-Unis et l’URSS avant d’atteindre leur paroxysme en 1961 avec la construction du mur de Berlin.

Définir les axes de l’étude

La consigne impose au moins trois paragraphes : une présentation du contexte (et du document) qui peut se faire dans une introduction ; puis, en deux temps successifs, une description des permanences et des changements. La « façon critique » de l’étude ne doit pas être oubliée. Il faut ainsi énoncer des explications et/ou des commentaires, soit au fil de chaque partie, soit dans un paragraphe distinct, afin de mettre en évidence la partialité du document. On conclura sur ce que celui-ci reflète des divisions entre sociaux-démocrates (SPD) et communistes allemands (KPD).

Corrigé

Étudier de façon critique

Comme l’indique l’intitulé de l’exercice, l’étude du document doit être « critique ». Cet objectif est souvent rappelé dans la consigne (ici par « de façon critique »).

Un document historique est toujours partial ou incomplet. Faire son étude critique revient à en extraire des informations (c’est l’étude) et à les discuter (c’est l’aspect critique). La critique doit vous conduire à :

1 expliquer l’information extraite, c’est-à-dire exposer pourquoi l’auteur dit ce qu’il dit. Pour ce faire, il faut utiliser le contexte présenté en introduction ;

2 chercher les limites de l’information donnée : ce que l’auteur ne dit pas, oublie ou ignore ;

3 opposer à cette information l’opinion d’un contradicteur.

La critique n’est possible que si l’on maîtrise bien son cours.

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Coupée en deux depuis 1949, la République fédérale d’Allemagne (RFA) à l’ouest et la République démocratique allemande (RDA) à l’est, l’Allemagne de 1959 est au cœur de la guerre froide. Après quelques années d’apaisement, les tensions entre les deux blocs se ravivent et interrompent les négociations de Genève portant sur le statut de Berlin. C’est dans ce contexte difficile que les membres du parti socialiste allemand de l’Ouest (SPD) se réunissent à Bad Godesberg afin de définir la ligne idéologique de leur organisation et leur programme politique. Défenseurs historiques de la classe ouvrière, ils doivent rassurer leur électorat tout en préservant leur différence vis-à-vis de leurs concurrents communistes au pouvoir en RDA. En quoi leur programme témoigne-t-il de ce dilemme : s’inscrire dans la continuité qui justifie leur action tout en assumant des orientations nouvelles ?

I. Un parti anticapitaliste, défenseur du prolétariat

Faisant référence à son « parcours » historique, le parti déclare qu’il reste fidèle à sa vocation de lutte contre le « système capitaliste » afin d’éliminer les « privilèges » et défendre la classe ouvrière (« le prolétaire »). Il rappelle la longue liste des droits et libertés acquis par le mouvement ouvrier pour bien signifier son attachement à cet héritage et sa volonté de continuer à l’incarner.

Plus concrètement, il précise son souci de défendre « la liberté et la justice », l’égalité économique et sociale (« accès de tous à la prospérité »), la souveraineté du peuple et la « dignité humaine ». S’il ne précise pas le contenu de ces termes, il s’inscrit ici dans la continuité du mouvement socialiste hostile à l’exploitation de l’homme par d’autres hommes.

Il déclare aussi vouloir préserver « la paix ». À ce titre, il reste dans la tradition pacifiste de l’Internationale socialiste bien que celle-ci ait été trahie en 1914 et mal défendue contre les nazis en 1933. Ce choix est à replacer dans le contexte de guerre froide que connaît le monde depuis 1947, une situation qui inquiète les Allemands dont le pays se trouve placé en première ligne du conflit. Ce pacifisme apparaît surtout comme un moyen de séduire les électeurs et d’afficher leur différence par rapport aux communistes.

II. Un parti en rupture avec le marxisme

  • Le SPD se montre violemment hostile aux communistes accusés de diviser le peuple, de soutenir un régime « totalitaire et dictatorial » et « d’étouffer les libertés ». Cet anticommunisme n’est pas nouveau. Il renvoie à une rivalité datant de 1918. Mais cette permanence permet surtout au parti de justifier des ruptures fondamentales.
  • En effet, le SPD n’est plus le parti des seuls prolétaires. Il se veut « parti du peuple ouvert à tous ». Sur le plan économique, surtout, il annonce sa conversion au « marché libre », à la « libre entreprise » et à la « libre concurrence », un véritable reniement par rapport aux traditions socialistes en faveur de l’intervention de l’État et de la nationalisation des biens de production. Ce choix s’explique aisément : au-delà de l’attachement affiché pour les libertés, le SPD ne peut plus se réclamer d’un socialisme qui le rendrait suspect de connivences avec les dirigeants de la RDA et avec ceux de l’URSS dont les crimes staliniens sont désormais connus.

Conclusion

Le SPD de 1959 est-il encore un parti socialiste ? Son programme est en rupture par rapport aux notions de dictature du prolétariat et de propriété collective des biens de production, piliers idéologiques du socialisme. Ce changement est l’aboutissement logique d’une scission ancienne et irréductible au sein du mouvement entre révisionnistes et révolutionnaires ; il est la manifestation allemande d’un clivage qui existe dans les autres pays, celui qui distingue en France, par exemple, la SFIO et le PCF depuis le congrès de Tours en 1920.