Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne des lendemains de la Seconde Guerre mondiale à nos jours

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875
Type : Composition | Année : 2017 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Juin 2017

composition

Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne des lendemains de la Seconde Guerre mondiale à nos jours

Les clés du sujet

Analysez le sujet

Les termes du sujet

Terme

Définition

socialisme

Doctrine qui préconise l’établissement d’une société plus juste et égalitaire grâce à la propriété collective des moyens de production.

communisme

Idéologie d’inspiration socialiste qui préconise l’établissement d’une société sans classes par la voie d’une révolution et de la dictature du prolétariat.

syndicalisme

Organisation qui défend les revendications professionnelles de ses membres.

La problématique

Le sujet s’inscrit d’abord dans la période d’instauration du communisme en Allemagne de l’Est et de sa confrontation avec le mouvement socialiste qui cherche sa propre voie en Allemagne de l’Ouest. En se prolongeant « jusqu’à nos jours », il couvre ensuite la période de la réunification, celle qui voit l’échec de l’orientation communiste tandis que le parti socialiste ouest-allemand, le SPD, se convertit à la social-démocratie.

Il s’agit donc de montrer comment et pourquoi le socialisme comme idéologie est devenu marginal en Allemagne, sans oublier pour autant la réussite du mouvement syndical. En quoi le premier a-t-il été un échec quand le second est plutôt une réussite ?

Utilisez les mots clés

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Évitez les pièges

Évitez une construction par modèle : I/ Le socialisme d’État en RDA ; II/ Le socialisme de parti en RFA. Cette approche conduit à mélanger plans thématique et chronologique, la période allant de 1990 à nos jours faisant disparaître la concurrence entre les deux expériences. De même, le plan analytique organisé autour des trois termes du sujet est à bannir.

N’oubliez pas de traiter du syndicalisme. Ne le mettez pas sur le même plan que le socialisme et le communisme. Dans le modèle ouest-allemand il est plutôt une réussite.

N’opposez pas le SPD (parti socialiste ouest-allemand) et le SED (parti communiste est-allemand) sur la base d’une opposition capitalisme (RFA) contre communisme (RDA). À l’origine, le SPD appartient à la famille des partis socialistes. Le sujet revient à montrer comment il s’en écarte au fil du temps.

Le plan en deux parties organisé autour de 1989 est possible. Il risque toutefois d’être déséquilibré. Plus difficile parce qu’il suppose de bien connaître la vie politique de l’Allemagne, un plan chronologique en trois parties, avec 1961 et 1989 comme dates clés, est préférable.

Corrigé

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Introduction

[Contexte] En 1945, l’Allemagne hitlérienne vaincue est occupée par l’Armée rouge à l’est, l’armée américaine et ses alliés à l’ouest. Dans ce contexte, les partis de la gauche, le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) et le Parti communiste d’Allemagne (KPD) notamment, renaissent et s’organisent pour reconstruire le pays.

[Problématique] Dans quelle mesure socialisme, communisme et syndicalisme ont-ils réussi à s’imposer en Allemagne de 1945 à nos jours ?

[Annonce du plan] Trois périodes marquent l’histoire du socialisme dans ce pays divisé. Entre 1945 et 1961 se mettent en place deux socialismes concurrents. De 1962 à 1989, un socialisme réformé s’affirme à l’ouest. Depuis 1990, on observe la marginalisation du socialisme historique dans l’Allemagne réunifiée.

I. 1945-1961, la mise en place de deux socialismes concurrents

1. Les implications du début de la guerre froide

Info

La rupture entre révisionnistes (Eduard Bernstein) et révolutionnaires (Rosa Luxemburg) remonte au début du xxe siècle.

Occupée, l’Allemagne est écartelée entre deux modèles rivaux. Le contexte réveille les vieilles divisions socialistes entre révisionnistes et révolutionnaires.

Le début de la guerre froide impose aux Allemands deux modèles de démocratie. En 1949, la République fédérale d’Allemagne (RFA) à l’ouest, en tant que démocratie libérale, et la République démocratique allemande (RDA) à l’est, en tant que démocratie populaire, sont instituées.

2. La soviétisation de l’Allemagne de l’Est

Satellisée par l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), la RDA adopte le modèle soviétique. Le gouvernement est confié à un parti unique, le Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED). Celui-ci impose la dictature du prolétariat. La police politique (Stasi) met la population sous surveillance.

En matière d’économie, les principes du socialisme marxiste sont mis en place : propriété collective des biens de production (nationalisations) et planification quinquennale.

Le syndicalisme se structure autour d’organisations de masse (FDGB) liées au SED, dont elles reconnaissent le rôle dirigeant.

3. Le socialisme réformé de l’Allemagne de l’Ouest

Dans le cadre d’une démocratie pluripartite, le SPD devient un parti d’opposition. Il proclame son attachement à l’héritage marxiste. Le KPD, lui, est interdit en tant qu’organisation antidémocratique.

Info

La cogestion est un système qui permet aux salariés de participer à la gestion de l’entreprise.

Le syndicalisme se réorganise de manière indépendante des partis. Puissants, les syndicats se regroupent dans une confédération (DGB). Attaché au dialogue social, le syndicalisme fonctionne selon le principe de la cogestion.

Contraint de se distinguer de l’expérience est-allemande, le SPD se réforme lors du congrès de Bad Godesberg (1959). Abandonnant l’héritage marxiste, il se déclare favorable aux valeurs de la pensée politique libérale, en particulier l’économie de marché.

[Transition] De 1945 à 1961, deux expériences socialistes concurrentes se sont mises en place dans l’Allemagne divisée. La construction du mur de Berlin en 1961 traduit cette situation. Lequel des deux socialismes s’adapte le mieux dans les années qui suivent ?

II. 1962-1989, l’affirmation d’un socialisme réformé à l’ouest

1. L’impossible convergence des deux socialismes

Dans le contexte des Trente Glorieuses et de la Détente, le SPD progresse auprès des électeurs de la RFA. En 1966, il accède au pouvoir dans le cadre d’un gouvernement de coalition.

D’importantes réformes sociales sont menées : la cogestion syndicale s’étend et les droits des travailleurs se renforcent.

En 1969, le leader du SPD, Willy Brandt, devient chancelier. Il tente une politique de rapprochement avec la RDA (Ostpolitik). En vain : les deux modèles de socialisme ne sont pas compatibles.

2. Des accords d’Helsinki en trompe-l’œil

Info

Les accords d’Helsinki sont signés le 1er août 1975 entre 35 pays dont les États-Unis, l’URSS et la majorité des pays européens.

Sans consultation préalable des Allemands, les accords d’Helsinki (1975) confortent la séparation entre les deux États qui se sont mutuellement reconnus en 1972. Leurs frontières de 1945 sont définitivement fixées. L’Ostpolitik est abandonnée.

La reconnaissance des droits de l’homme lors des accords d’Helsinki met en évidence une importante différence entre les deux modèles : d’un côté celui qui reste autoritaire (RDA), de l’autre celui qui accepte l’alternance politique (RFA).

La crise économique en RFA, après le premier choc pétrolier (1973), fragilise le SPD. Mais la puissance du syndicalisme parvient à préserver les acquis sociaux.

3. L’échec du modèle est-allemand

Info

En 1989, les « manifestations du lundi » rassemblent chaque semaine les populations devenues hostiles au régime de la RDA.

En revanche, l’épuisement du modèle soviétique n’épargne pas la RDA. L’absence d’opposition sape l’image du parti et la contestation se développe en marge des institutions.

En novembre 1989, le régime communiste de la RDA s’effondre. Un mouvement populaire spontané fait tomber le mur de Berlin.

[Transition] Le communisme en RDA s’est montré incapable de se réformer. La chute du mur de Berlin incarne l’échec du socialisme marxiste en Allemagne. Ce dernier peut-il survivre dans le cadre de la réunification ?

III. Depuis 1990, la marginalisation du socialisme historique dans l’Allemagne réunifiée

1. Réunification allemande, rejet du socialisme, maintien du syndicalisme

En moins d’un an, la RFA absorbe la RDA. C’est la réunification de l’Allemagne (1990) menée par le chancelier conservateur ouest-allemand Helmut Kohl. Le SED disparaît.

Info

En 2014, le taux de syndicalisation en Allemagne est de 18 % contre 7 % en France.

La modernisation de l’Allemagne et son adaptation à la mondialisation créent des tensions sociales. Le syndicalisme allemand reste néanmoins très puissant.

2. Converti à la social-démocratie, le SPD revient au gouvernement

En 1998, le SPD de Gerhard Schröder reconquiert le pouvoir. Mais, converti à la social-démocratie, le chancelier fait des réformes qui ne s’inspirent pas des valeurs historiques du socialisme.

Une partie des électeurs du SPD se sentent trahis et quittent le parti. En 2005 et en 2013, le SPD s’allie aux conservateurs dans des gouvernements de grande coalition.

3. La résistance du socialisme allemand : die Linke

En 2007 naît un nouveau parti : die Linke (La Gauche, en français). Il rassemble les Allemands restés fidèles à l’idéal socialiste. Les communistes de l’ex-SED les rejoignent.

Aux élections de 2009, die Linke réussit une percée électorale (près de 12 % des suffrages exprimés). Mais le mouvement peine à confirmer ce bon départ.

En fait, seul le syndicalisme allemand semble résister à l’affaiblissement des idéaux portés par les organisations socialistes.

Conclusion

De 1945 à nos jours, socialisme et syndicalisme en Allemagne se sont affirmés comme des mouvements forts. La concurrence entre les modèles a été stimulante ; mais les échecs politiques dans des contextes économiques difficiles les ont lourdement affaiblis. Sauront-ils rebondir ?