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Sommes-nous responsables de l'avenir ?

France métropolitaine • Juin 2021

Sommes-nous responsables de l'avenir ?

dissertation

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • « Si j'avais su, j'aurais fait autrement… » : les choses ne tournent pas toujours comme on le pensait, car l'avenir nous est caché. Mais les conséquences de nos actions sont-elles vraiment si difficiles à anticiper ?

 
 

Les clés du sujet

Définir les termes du sujet

Nous

Le pronom « nous » peut être compris de manière individuelle : « chacun de nous » pense à son propre avenir.

On peut aussi le considérer de façon collective : « tous ensemble », nous prenons des décisions qui engagent l'avenir de l'humanité.

Responsable

Du latin respondere, être responsable signifie au sens premier « répondre » : assumer personnellement ses décisions, ses paroles, ses actes, car on en est l'auteur.

Mais c'est aussi un trait de caractère : une personne est dite responsable quand elle se montre raisonnable et prévoyante.

Avenir

Ce terme introduit un paradoxe. L'avenir, c'est le temps qui n'est pas encore et à propos duquel nous n'avons aucune certitude : nous ne savons jamais exactement « ce que l'avenir nous réserve ».

Mais l'avenir, c'est aussi ce temps que nous avons à préparer par nos actions présentes : nous sommes forcés de l'envisager pour prendre les bonnes décisions.

Dégager la problématique

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Construire un plan

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : 1. Seul le passé peut nous être imputé; La liberté de l'homme fonde sa responsabilité.Personne ne peut répondre de l'avenir.; Ligne 2 : 2. Nous sommes aussi comptables de l'avenir; L'« éthique de responsabilité » consiste à anticiper les conséquences de nos actes.La structure de l'action nous tourne vers l'avenir.; Ligne 3 : 3. Nos actions ont aujourd'hui changé de nature et de sujet; Le « principe responsabilité » doit compléter le « principe de respect ».L'humanité doit se penser comme sujet collectif de l'action en vue du futur.;

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Reformulation du sujet] Penser à l'avenir est parfois angoissant, car nous ne savons pas de quoi celui-ci sera fait. Pourtant, ce sont nos décisions présentes qui préparent les événements futurs. Sommes-nous responsables de l'avenir ? [Définition des termes du sujet] Le mot responsabilité vient du latin respondere qui signifie « répondre », « assumer ». Il y a là un paradoxe, car on ne saurait être assuré de l'avenir au point de s'en porter garant : c'est un temps ouvert, illimité, pas même sorti du néant. [Problématique] A priori, seul le passé peut être rigoureusement établi afin d'évaluer les responsabilités de chacun, comme le font la justice et l'histoire. Il y a cependant, aujourd'hui plus que jamais, des enjeux pratiques à envisager l'avenir comme quelque chose que nous tenons entre nos mains et dont il nous faut être soucieux. [Annonce du plan] Nous verrons d'abord le sens classique de la notion de responsabilité, avant de rappeler que toute action humaine a pour horizon l'avenir. Nous traiterons pour finir la nécessité de repenser la responsabilité aujourd'hui.

 Le conseil de méthode

Construisez votre introduction sur le paradoxe impliqué par l'idée que l'avenir nous est inconnu mais qu'il est entre nos mains.

1. Seul le passé peut nous être imputé

A. Nous sommes responsables parce que nous sommes libres

La responsabilité se pense d'abord en termes d'impu­ta­tion : on doit assumer ses paroles et ses actes parce qu'on en est l'auteur. C'est un principe moral, juridique et politique : la personne est responsable devant les autres, le citoyen devant les lois, le gouvernement devant le peuple.

définition

Imputer, c'est mettre une action sur le compte de quelqu'un, dire qu'il en l'auteur volontaire.

Pour Aristote, l'homme est « principe et générateur de ses actions » : il doit les reconnaître comme siennes et en assumer la paternité. L'évaluation de la responsabilité est tournée vers le passé, car on juge ce qu'une personne a fait et non ce qu'elle fera. L'avenir quant à lui est ouvert et contingent, puisque l'homme est libre et que seules les conditions « au sein desquelles son action se produit » sont connues de lui.

B. Nous ignorons de quoi l'avenir sera fait

Le problème est qu'il faut souvent décider dans l'urgence, ce qui conduit à des erreurs. Mais Descartes rappelle que nous ne saurions être tenus pour responsables des surprises que l'avenir nous réserve : il faut distinguer la faute, qui est une mauvaise action commise en connaissance de cause, et l'erreur, dont les conséquences n'étaient pas voulues. « Nous n'avons à répondre que de nos pensées », c'est-à-dire de nos intentions bonnes ou mauvaises.

citation

« La nature de l'homme n'est pas de tout savoir, ni de juger toujours si bien sur-le-champ que lorsqu'on a beaucoup de temps à délibérer. » (Descartes, Lettre à Élisabeth)

Mais la volonté de bien faire n'inclut-elle pas au moins un effort pour envisager les conséquences de nos décisions ? Descartes lui-même, dans le Discours de la méthode, affirme que « nos soins se doivent étendre plus loin que le temps présent ». Être responsable implique de tourner aussi son regard vers l'avenir et de penser à ce que nous léguerons à nos « neveux ».

[Transition] La conception traditionnelle de la responsabilité comporte certaines ambiguïtés. Si l'on doit répondre du passé, il faut aussi anticiper l'avenir : cela porte l'accent sur un autre aspect de la responsabilité.

2. Nous sommes aussi comptables de l'avenir

A. Être responsable, c'est savoir anticiper

Il faut aussi envisager la responsabilité en termes de prévision. Au moment d'agir, nous nous interrogeons moins sur la qualité de notre intention que sur les conséquences de nos choix : de combien de malheurs me rendrai-je responsable ? quelle somme de bonheur vais-je apporter, pour moi et pour les autres ? Dans L'utilitarisme, Mill parle ainsi d'un « calcul » orienté vers l'avenir : la bonne action est celle qui apportera le plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre de personnes.

Deux conceptions de l'éthique sont distinguées par Weber dans Le savant et le politique : « l'éthique de conviction » consiste à agir selon des principes auxquels on reconnaît une valeur inconditionnelle. Poussée à l'extrême, elle donne raison à l'adage : « fais ton devoir, le monde dût-il en périr ». Au contraire, « l'éthique de responsabilité » est soucieuse avant tout des conséquences, mais son point faible est de rendre peu regardant sur les moyens. Il faut chercher un équilibre entre les deux.

B. L'avenir est l'horizon de nos actions

Si nous sommes responsables « de » ce que nous avons fait, nous le sommes aussi « pour » les autres, particulièrement s'ils sont vulnérables ou s'ils ont besoin de nous. La responsabilité, c'est, selon Levinas, ce qui est ressenti devant le visage d'autrui. Fragile et exposé à la violence, le visage nous commande : « Tu ne tueras pas ». Nous sommes ainsi voués aux autres, sensibles à leur appel et engagés auprès d'eux. Le concept de responsabilité s'enrichit ici du souci de l'autre et de notre avenir commun.

L'action est par nature projection dans l'avenir. C'est par le projet que je suis, par mon engagement, que je construis chaque jour ce que l'on pourra dire demain de l'humanité et du monde qu'elle aura fondé. Ainsi, l'existentialisme de Sartre prête à l'homme la responsabilité totale de son existence. Ce que nous sommes, individuellement et collectivement, résulte de nos choix.

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citation

« En me choisissant, je choisis l'homme. » (Sartre, L'existentialisme est un humanisme)

[Transition] Aucun avenir ne nous est réservé sinon celui que nous nous préparons. Comment, dès lors, penser ce que signifie « être responsable » à l'heure où l'humanité se met elle-même en danger ?

3. Nos actions ont aujourd'hui changé de nature et de sujet

A. Nous devons renouveler les principes de l'éthique

Jusqu'à une époque récente, l'action humaine ne pouvait pas altérer profondément la nature. Désormais, nous sommes capables d'endommager de façon irréversible notre environnement. Un tel pouvoir nous oblige à considérer les risques que nous faisons courir aux générations futures avec l'industrie nucléaire, l'armement, le réchauffement climatique, etc. : si nous sommes maîtres de la nature, alors nous en sommes aussi les gardiens.

Selon Jonas, la civilisation technologique impose de refonder l'éthique sur de nouveaux principes, intégrant « l'avenir lointain et l'existence de l'espèce elle-même ». Le « respect », qui se décline au présent, doit être complété par le « principe responsabilité » qui regarde l'avenir. Les générations futures ne peuvent pas se défendre contre les risques qu'elles encourent par notre faute : c'est à nous d'être responsables pour elles et de leur ménager la possibilité d'une vie authentiquement humaine.

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citation

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre » (Jonas, Le Principe responsabilité).

B. Nous sommes collectivement responsables de l'avenir

Cette responsabilité est collective. Une telle idée n'a rien d'évident car du point de vue de la morale et du droit, la responsabilité est toujours individuelle, même lorsque les fautes sont commises en groupe. Comme le dit Arendt, « la culpabilité et l'innocence n'ont de sens qu'appliquées à des individus ».

Mais selon Jonas, les enjeux de notre temps ne relèvent pas simplement de décisions individuelles. L'humanité doit prendre conscience d'elle-même comme sujet collectif doté d'une capacité de nuisance mais aussi de préservation : c'est par des décisions concertées au niveau international que seront évitées les catastrophes prévisibles. Si nous y manquons, les hommes de demain seront en droit de nous le reprocher, et « de nous accuser, nous leurs prédécesseurs, en tant qu'auteurs de leur malheur ».

Conclusion

Nous sommes responsables de l'avenir parce que nous sommes libres et que le destin n'existe pas. Ce sont bien nos décisions présentes, individuelles ou collectives, qui préparent l'avenir ou au contraire le compromettent. L'urgence d'une réflexion sur ce thème s'accroît en proportion de l'emprise que l'humanité s'est assurée sur la nature au moyen de la technologie.

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