Stendhal, la Chartreuse de Parme (L)

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - Le commentaire littéraire
Type : Commentaire littéraire | Année : 2014 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Un état d’âme dans une fenêtre…
 
 

France métropolitaine 2014, série L • Commentaire

fra1_1406_07_05C

Roman

2

CORRIGE

 

France métropolitaine • Juin 2014

Série L • 16 points

Commentaire

> Vous ferez le commentaire du texte de Stendhal.

Trouver les idées directrices

Faites la « définition » du texte pour trouver les idées directrices.

 

Moment-clé d’un roman (genre) réaliste, marqué par le romantisme (mouvement), qui décrit (type de texte) un paysage naturel de montagne et une prison (thème), portrait psychologique indirect (type de texte) d’un jeune homme amoureux (thème), lyrique, légèrement ironique (registres), précis, enthousiaste (adjectifs), pour présenter le cadre d’un moment important et donner la mesure de l’amour de Fabrice et de l’originalité de son caractère (buts).

Pistes de recherche

Première piste : la description réaliste d’un lieu idéal

  • Étudiez comment s’organise la description, par quel regard elle est structurée.
  • Repérez les faits d’écriture caractéristiques de la description.
  • Quelle est le statut du narrateur ?
  • Analysez les indications spatiotemporelles.

Deuxième piste : la description subjective d’un paysage-état d’âme

  • Comment Stendhal transforme-t-il le paysage réaliste ?
  • Quels états d’âme, quels sentiments de Fabrice révèle la description ?
  • Montrez que le décor est embelli.
  • En quoi cette esthétisation contraste-t-elle avec la réalité du lieu ?

Troisième piste : Fabrice, un personnage attachant

  • Dégagez les principaux traits de caractère de Fabrice révélés par cette description.
  • Quels sont ceux qui le rendent attachant ?

>Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

>Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

Les titres en couleur ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] La grande affaire de la vie de Stendhal ? « La chasse au bonheur », disait-il, et l’Italie fut le pays privilégié de son utopie. [Présentation du texte] C’est paradoxalement dans une prison italienne que Fabrice del Dongo, le héros de La Chartreuse de Parme, trouve le bonheur et l’amour. Fabrice, le plus séduisant, le plus romanesque des personnages de Stendhal, celui à qui il prête le charme, le courage, l’enthousiasme juvénile qu’il aurait aimé avoir, vient d’être incarcéré pour douze ans dans la tour Farnèse, la prison de Parme. Mais il découvre que Clélia Conti, la fille du gouverneur de la prison, qu’il a croisée six ans auparavant, sera toute proche de sa cellule… et cela suffit pour que s’évanouissent les sombres perspectives de son emprisonnement et pour qu’il s’enflamme d’un amour qui colore son nouveau cadre de vie, de la prison jusqu’aux Alpes qu’il découvre au loin, dans le soleil couchant. [Annonce des axes]. Stendhal décrit avec précision ces lieux qui vont marquer une période décisive dans la vie de Fabrice et de Clélia [I]. Avec virtuosité, le romancier réaliste nous fait voir ce cadre à travers les yeux mais aussi « l’âme » transportée d’amour de Fabrice [II]. Cette description d’un paysage-état d’âme éclaire une nouvelle fois Fabrice, personnage attachant et singulier [III].

I. Description réaliste d’un lieu idéal

Le texte se présente comme une description réaliste qui suit les mouvements du regard de Fabrice.

1. Une description organisée

  • La description est « d’abord » structurée « par les yeux » du personnage, avec un important champ lexical de la vue (« spectacle », « admirait »). Le premier paragraphe décrit les bâtiments qui environnent la cellule de Fabrice, lequel jouit d’un poste d’observation privilégié puisqu’il « plong[e] » sur la fenêtre « en contrebas ». Le deuxième paragraphe élargit le paysage à la vue sur les Alpes, dans le lointain, ce qui fait littéralement « s’évader » le personnage, par l’ouverture de la prison vers l’horizon.
  • La description comporte les marqueurs attendus : l’imparfait pour la mise en place des éléments descriptifs et la durée de l’action, des présentatifs (« il y avait »), le verbe être et de nombreux groupes circonstanciels, énoncés par la voix anonyme d’un narrateur distant, qui établissent avec précision le cadre spatiotemporel.

2. Le lieu : un paysage italien

  • Les indications de lieu (« vers le nord-ouest », « vers une des fenêtres du second étage ») et les précisions chiffrées sur les distances et la hauteur à laquelle se trouve Fabrice (« pas à plus de vingt-cinq pieds ») situent précisément la scène pour le lecteur.
  • Les noms propres de repères géographiques (« les Alpes », « Trévise », « Turin »…) donnent au passage une couleur italienne marquée.

3. Le temps : la progression du soir

  • Des indications de temps précises rythment l’évolution de la scène qui débute de façon imprécise (au « crépuscule du soir »), puis progresse avec plus de précision jusqu’à la nuit : de « huit heures et demie du soir », « au couchant », quand « la lune […] se levait majestueusement ».
  • La scène s’inscrit aussi dans la durée : Fabrice a « passé plus de deux heures » à la fenêtre.

II. La description subjective d’un paysage-état d’âme

 

Observez

Évitez de citer les mots du texte sous forme de liste ou entre parenthèses ; il vaut mieux les intégrer grammaticalement à vos phrases rédigées.

À cette description réaliste se superpose la description subjective d’un environnement en harmonie avec l’état d’âme du personnage : un véritable dialogue s’instaure entre Fabrice et « cet horizon qui parl[e] à son âme » d’amant passionné.

1. Un paysage idéalisé comme l’être aimé, une description esthétisée

  • Fabrice personnifie les montagnes, « solitaires » comme lui. Stendhal multiplie les adjectifs mélioratifs pour exprimer l’admiration de son héros devant ce « spectacle sublime » et le « joli palais » du gouverneur, à l’image de la jolie Clélia. Il précise ses sentiments : Fabrice est « ému et ravi ».
  • Ce monde est « ravissant » au sens propre, parce que la présence de Clélia dont il est amoureux métamorphose tout ce qu’elle approche, comme dans un conte merveilleux, où tout n’est que beauté : l’architecture, la douceur et l’harmonie du paysage naturel des montagnes dans la lumière du « couchant » puis de « la lune », le chant des « oiseaux » – en cage comme Fabrice, mais comme lui « saluant les derniers rayons du crépuscule » : n’appartiennent-ils pas, eux aussi, à Clélia qui leur accorde tous ses soins ? Le spectacle grandiose de la nature permet le rapprochement symbolique avec Clélia.
  • Embelli sous le regard de Fabrice, la « vue » (l. 1) devient un « spectacle », mieux, un véritable tableau de soleil « couchant », décrit par des termes picturaux de formes, de couleurs, de lumière (« un brillant crépuscule rouge orangé dessinait parfaitement les contours du mont Viso »).

2. Une perception paradoxale du lieu

  • Le narrateur rappelle la réalité de la prison, avec son « gouverneur », ses « geôliers », mais Fabrice fait à peine attention à ces « geôliers qui s’agit[ent] autour de lui » d’une façon dérisoire et vaine, alors qu’il s’« amus[e] » du chant des « oiseaux » de Clélia.
  • Paradoxalement, la prison devient un lieu où Fabrice se libère des contraintes ; il s’y épanouit et ne pense pas à s’enfuir. Dans un moment de lucidité retrouvée, il en vient même à s’étonner de cette extravagance que Stendhal commente avec une bienveillante et affectueuse ironie et un oxymore inattendu : « notre héros se laissait charmer par les douceurs de la prison ».

III. Fabrice, un personnage attachant

Ce moment du roman dessine un lieu important de l’histoire puisque que c’est dans cette prison que se noue l’amour fou entre Fabrice et Clélia. C’est aussi une nouvelle occasion pour le romancier d’éclairer ce personnage attachant.

1. Un grand amoureux

  • L’enthousiasme juvénile de Fabrice ne se fixe plus sur des rêves de gloire militaire ou des femmes de rencontre mais sur la belle Clélia Conti. L’intensité de cet amour se marque à la fois par son indifférence à sa situation de prisonnier et par son exaltation amoureuse qu’il transpose sur tout ce qui, de près ou de loin, rappelle la jeune fille et qu’il qualifie par des termes hyperboliques.
  • Le plaisir esthétique qu’il ressent devant le spectacle « ravissant » qui s’offre à lui devient une véritable fascination puisqu’il reste « plus de deux heures à la fenêtre ». Fabrice ne revient à lui que pour mettre quelques paroles sur l’admiration qui le transporte et par lesquelles il associe la jeune fille à la vue qui l’entoure, avant de conclure par deux questions incrédules en ce moment où le temps, les distances, les obstacles ont été abolis : « Mais ceci est-il une prison ? est-ce là ce que j’ai tant redouté ? »

2. Un personnage ingénu, spontané, lyrique

  • Fabrice vit dans l’instant et sa spontanéité, son impétuosité se marquent par des élans du corps et du regard ; quand il arrive dans sa cellule, il « cour[t] aux fenêtres » : les lieux ouverts, les « fenêtres » l’attirent. C’est un être lumineux, incapable de sentiments bas, « d’aigreur ».
  • Quand ses sentiments – qu’il ne comprend d’ailleurs pas lui-même – deviennent trop forts, il les exprime sans ambiguïté, à haute voix, avec une ingénuité déconcertante. Ce n’est pas un hasard si les « oiseaux » de Clélia retiennent si longtemps son attention : il y a chez Fabrice quelque chose d’aérien et dans ses moments d’exaltation, il déborde de lyrisme, comme dans un chant irrépressible.

Conclusion

Cette page donne un exemple de l’originalité et de la richesse du réalisme stendhalien. Sur sa palette, il mêle en couleurs vives un fond d’Italie avec ses villes, ses montagnes, sa belle architecture, un héros romanesque – presqu’un personnage de conte ou de roman pastoral, pur, joyeux. Avec un peu d’ironie affectueuse, il met en place une histoire d’amour fou, et, dans un style finalement assez dépouillé – sinon sec « comme le code civil » (Stendhal) –, il nous fait partager un moment lyrique de la poésie du bonheur… en prison.