Stendhal, Le Rouge et le Noir, "Avec la vivacité et la grâce"

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re Générale | Thème(s) : Stendhal, Le Rouge et le Noir – Le personnage de roman, esthétiques et valeurs
Type : Sujet d'oral | Année : 2019 | Académie : Inédit

Stendhal, Le Rouge et le Noir

épreuve orale

43

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Sujet d’oral • Explication & entretien

Stendhal, Le Rouge et le Noir, « Avec la vivacité et la grâce… »

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.

Puis expliquez-le.

DOCUMENT

Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des hommes, Mme de Rênal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand elle aperçut près de la porte d’entrée la figure d’un jeune paysan presque encore enfant, extrêmement pâle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le bras une veste fort propre de ratine1 violette.

Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l’esprit un peu romanesque de Mme de Rênal eut d’abord l’idée que ce pouvait être une jeune fille déguisée, qui venait demander quelque grâce à M. le maire. Elle eut pitié de cette pauvre créature, arrêtée à la porte d’entrée, et qui évidemment n’osait pas lever la main jusqu’à la sonnette. Mme de Rênal s’approcha, distraite un instant de l’amer chagrin que lui donnait l’arrivée du précepteur. Julien, tourné vers la porte, ne la voyait pas s’avancer. Il tressaillit quand une voix douce lui dit tout près de l’oreille :

– Que voulez-vous ici, mon enfant ?

Julien se tourna vivement, et frappé du regard si rempli de grâce de Mme de Rênal, il oublia une partie de sa timidité. Bientôt, étonné de sa beauté, il oublia tout, même ce qu’il venait faire. Mme de Rênal avait répété sa question.

– Je viens pour être précepteur, madame, lui dit-il enfin, tout honteux de ses larmes qu’il essuyait de son mieux.

Mme de Rênal resta interdite ; ils étaient fort près l’un de l’autre à se regarder. Julien n’avait jamais vu un être aussi bien vêtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler d’un air doux. Mme de Rênal regardait les grosses larmes, qui s’étaient arrêtées sur les joues si pâles d’abord et maintenant si roses de ce jeune paysan. Bientôt elle se mit à rire, avec toute la gaieté folle d’une jeune fille ; elle se moquait d’elle-même et ne pouvait se figurer tout son bonheur. Quoi, c’était là ce précepteur qu’elle s’était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants !

– Quoi, monsieur, lui dit-elle enfin, vous savez le latin ?

Stendhal, Le Rouge et le Noir, livre premier, chapitre VI, 1830.

1. Ratine : étoffe de laine.

2. question de grammaire.

« Quoi, c’était là ce précepteur […] ses enfants ? » Transposez au style direct ces pensées rapportées au style indirect libre. Commentez les changements grammaticaux.

CONSEILS

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Faites sentir la subjectivité des portraits peints en focalisation interne alternée (l. 3-13, 22-27), la jovialité et le soulagement (l. 28-32) de Mme de Rênal.

Théâtralisez un peu le dialogue : « voix douce » (l. 14) puis soulagée (l. 32) de Mme de Rênal, honte et émotion de Julien au bord des larmes (l. 21-22).

Situer le texte, en dégager l’enjeu

Après avoir rappelé le titre, le sous-titre et le sujet du roman, résumez brièvement les chapitres précédents, précisez l’identité et le statut de chacun des personnages.

L’extrait rend compte d’une première rencontre capitale. Analysez comment Stendhal ménage la progression de ce moment-clé, comment il y peint d’une façon complexe ses personnages et comment il rend compte de leurs émotions.

2. La question de grammaire

Imaginez que Stendhal ait écrit : Elle pensa : « … » et faites comme si Mme de Rênal pensait tout haut, comme en voix off au cinéma. Que se dirait-elle ?

Comparez votre phrase et celle du texte. Observez quelle ponctuation, quels mots ont changé (indices personnels, verbes) et analysez précisément ces changements.