Tanger, un territoire dans la mondialisation

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Les territoires dans la mondialisation
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Amérique du Sud
Corpus Corpus 1
Tanger, un territoire dans la mondialisation

Les territoires dans la mondialisation

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Géographie

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CORRIGE

Amérique du Sud • Novembre 2014

étude critique de documents

> En vous appuyant sur les documents, montrez que la région de Tanger est intégrée à la mondialisation. Ces deux documents permettent-ils de rendre compte de l’ensemble des effets de la mondialisation sur les territoires et les sociétés ?

 Document 1 Renault au Maroc

La présence de Renault au Maroc ne date pas d’hier. À Casablanca, le fabricant français possède déjà avec la Somaca un site d’assemblage dont il contrôle 81 % du capital. Les marques Renault et Dacia sont leaders au Maroc. Elles totalisent 36 % de parts de marché.

Mais l’usine de Melloussa, située entre la ville de Tanger et le port de Tanger Med, occupe une tout autre dimension. Quand la seconde ligne de production fonctionnera, Renault aura investi au total 1,1 milliard d’euros sur le site. 45 millions d’euros ont été nécessaires pour aplanir les collines du Rif et déplacer neuf millions de m3 de terre.

Au départ prévu pour la fabrication de Renault et Nissan, le projet Melloussa a été revu à la baisse, crise oblige. Mais les Marocains ne désespèrent pas de voir Nissan rejoindre Renault à moyen terme.

Ouverte en février 2012, l’usine produit les modèles low cost Dacia Lodgy et Dacia Dokker. La première ligne de production bénéficie d’une capacité de 170 000 véhicules par an. Mais le site de 314 hectares est calibré pour fabriquer 350 000 véhicules par an. En 2013, jusqu’à 60 voitures pourront sortir chaque heure des deux lignes de production. L’Europe absorbe 85 % des Dacia exportées.

[…] « Avec Dacia, nous nous attaquons au marché de l’occasion. Cette marque connaît une croissance exceptionnelle. Pour répondre à la demande, il nous fallait un second site en plus de celui de Roumanie. »

Pour l’instant, Renault emploie 4 000 personnes à Melloussa, dont seulement une trentaine d’expatriés et 150 experts étrangers venus assurer des missions ponctuelles. L’usine devrait faire vivre d’ici 2015 plus de 6 000 salariés. Elle générera alors 30 000 emplois indirects. […]

Pour attirer le fabricant automobile, le royaume marocain a déroulé le tapis rouge : l’usine bénéficie de cinq ans d’exonération d’impôts, d’infrastructures de transports dopées, l’État finance l’Institut de formation des métiers de l’industrie automobile (IFMIA). Situé dans l’enceinte même de l’usine, l’IFMIA bénéficie pour l’instant exclusivement à Renault. Mais il devrait s’ouvrir à terme aux autres entreprises du secteur automobile présentes dans la région.

Renault utilise une liaison ferrée directe entre son usine et le port de Tanger Med voisin de seulement quelques kilomètres. Sur place, un terminal […] de 13 hectares dédié à Renault lui permet d’exporter ses Logan, mais également d’importer des Renault destinées au marché marocain.

www.econostrum.info, article de Gérard Tur, lundi 12 novembre 2012.

 Document 2 La région de Tanger, un territoire dans la mondialisation

 
Les clés du sujet

Lire la consigne

  • Le sujet est assez original. Il vous demande de démontrer l’intégration à la mondialisation d’un espace que vous connaissez probablement mal. Il vous faut donc reprendre de votre cours les idées essentielles de l’intégration des territoires à la mondialisation et voir dans quelle mesure elles s’appliquent à l’exemple de Tanger.
  • Rappelons que l’intégration signifie que l’espace considéré est relié au système-monde par des flux : l’analyse de ces derniers démontre donc le phénomène. Vous devrez ensuite préciser les modalités de cette intégration, avec ses effets socio-économiques et géographiques.
  • Il vous est spécifiquement demandé de procéder à une analyse critique de ces documents. Un texte et une carte (assez sommaire) ne sauraient en effet rendre compte de tous les effets de la mondialisation sur les territoires et les sociétés. Attention cependant : il s’agit d’une étude de documents. Ne récitez pas votre cours sur les effets de la mondialisation. Essayez plutôt de reprendre les documents en montrant leurs sous-entendus ou leurs oublis.

Analyser les documents

  • Le document 1 est un article tiré d’un site web consacré à l’actualité économique en Méditerranée, econostrum.info. Il analyse la présence dans la région de Tanger de Renault, firme transnationale d’origine française, spécialisée dans le secteur de l’automobile.
  • Le document 2 est une carte, assez simple, de la région de Tanger : son cadre assez élargi (de Gibraltar à l’arrière-pays marocain) donne des informations assez sommaires, que l’on peut éclairer par le document 1 mais aussi par une connaissance de l’histoire régionale. N’hésitez pas à surligner dans la légende et sur la carte les éléments prouvant l’intégration, par exemple les zones franches ou l’aéroport international.

Définir les axes de l’étude

  • Le plus simple est de suivre la consigne et de diviser votre étude en deux parties.
  • Un premier axe analysera l’intégration de la région à la mondialisation, via la nouvelle division internationale du travail (NDIT).
  • Un deuxième axe éclairera d’autres aspects de cette intégration, certains seulement sous-entendus ou mal précisés par les documents, d’autres absents.
Corrigé
Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Conseil

N’hésitez pas à numéroter les lignes du texte, afin de pouvoir en citer un passage rapidement.

[Contexte] Tanger a toujours été une ville internationale : fondée par les Phéniciens, puis les Carthaginois au ive siècle avant J.-C., elle devient une cité romaine, puis arabe. C’est de Tanger que Tariq ibn Ziad part à la conquête de l’Espagne chrétienne, en 711, en franchissant le détroit auquel il donnera son nom, Gibraltar (Djebel Tariq).

[Présentation des documents] C’est cette ville particulière, et sa région, que décrivent les deux documents. Le premier est un article tiré d’un site web qui analyse la présence sur place de Renault, firme transnationale d’origine française, spécialisée dans le secteur de l’automobile. Le deuxième document est une carte, assez simple, de cet espace, de Gibraltar à l’arrière-pays marocain.

[Annonce du plan] L’analyse des documents montre que la région de Tanger est intégrée à la mondialisation selon des modalités assez classiques et comparables à celles que l’on retrouve dans d’autres zones du monde. Mais certains des effets de cette intégration, oubliés ou sous-entendus, donne à cet espace une certaine originalité.

I. L’intégration dans la nouvelle division internationale du travail

1. Une firme transnationale implantée à Tanger : Renault

  • Quatrième ville du Maroc, avec environ 1 million d’habitants, mais deuxième pôle économique, Tanger, et sa région, sont aujourd’hui bien intégrées dans la mondialisation. L’espace régional est en effet partie prenante de flux d’origine exogène, comme le montre bien le document 1. Tanger est ainsi enserrée dans les logiques de profitabilité d’une firme transnationale (FTN), Renault.

Info

Renault a racheté la marque roumaine Dacia, devenue sa filiale, en 1999. Dacia vient du nom du pays, la Dacie, d’avant la conquête romaine, vers 105, par Trajan.

  • Déjà leader au Maroc (doc. 1, l. 4 : « 36 % de parts de marché »), Renault et sa marque low cost Dacia sont installées à Casablanca, la grande métropole marocaine, mais l’implantation la plus récente est celle de Melloussa, à quelques kilomètres au sud-est de Tanger (voir doc. 2). L’investissement de 1,1 milliard d’euros constitue un flux financier, de la catégorie des investissements directs étrangers (IDE), qui prouve l’intégration de Tanger dans la mondialisation.
  • D’ailleurs, Renault n’est apparemment pas la seule firme sur place : « d’autres entreprises du secteur automobile » sont « présentes dans la région » (doc. 1, l. 31-32), ce qui confirme que l’intégration ne doit rien au hasard.

2. Des produits made in Tangier à destination de l’Europe

Info

Une marque low cost produit des véhicules à faible coût, afin de couvrir tous les segments de marché, pas uniquement les gammes moyenne ou supérieure. Le coût de production est déterminant sur de tels modèles et explique la recherche d’une main-d’œuvre bon marché.

  • Ces IDE de Renault ont permis l’implantation d’une nouvelle chaîne de production, phénomène typique de la stratégie mondialisée des FTN : création ou transfert des unités de production des zones saturées à salaires élevés vers les marchés neufs à salaires faibles, afin de bénéficier de coûts de production inférieurs. Ainsi, Renault a mis en place, en 2012 et 2013 – prévision d’après le document 1 qui date de fin 2012 –, deux lignes de production Dacia, sa filiale low cost roumaine, pour une production totale d’environ 350 000 véhicules par an (doc. 1, l. 15).
  • Ces véhicules sont ensuite vendus sur le marché local ou exportés, à 85 % vers l’Europe (l. 17). La localisation de ces unités de production ne doit rien au hasard : la carte montre en effet l’existence à Melloussa de zones franches (hors taxes donc), bien reliées d’une part à la ville de Tanger et à son aéroport international – qui permet les transits rapides des personnels expatriés nécessaires –, d’autre part au port à conteneurs de Tanger Med, qui assure l’importation des pièces détachées et l’exportation des véhicules finis, selon une logique de spécialisation conforme à la nouvelle division internationale du travail.
  • Tanger, à 24 kilomètres de l’Espagne sur l’axe nord-sud, à l’extrémité du rail maritime méditerranéen est-ouest entre Suez et Gibraltar, paraît effectivement idéalement placée. Les aménagements récents suggèrent un développement constant (doc. 2) : le port de Tanger Med comprend en effet des extensions, certaines réalisées, d’autres prévues, qui ne peuvent que renforcer l’intégration à la mondialisation.

3. Les effets économiques et géographiques de l’intégration

Info

Curieux clin d’œil de l’histoire dans cette zone du Rif, célèbre pour sa guerre éponyme (1921-1926), hier rebelle à la colonisation, aujourd’hui arasée pour laisser la mondialisation y déployer ses lignes de production !

  • Les effets de cette intégration sont très sensibles dans l’espace. Le document 1 montre bien les travaux nécessités par l’investissement de Renault : « 45 millions d’euros ont été nécessaires pour aplanir les collines du Rif » (l. 7-8).
  • Les IDE de Renault ont également permis la création dans la région de 4 000 emplois directs (doc. 1, l. 21), peut-être 6 000 en 2015, pour un total de 30 000 emplois indirects (l. 24) : un chiffre qui montre bien les effets d’entraînement générés par l’activité industrielle. Un effet sur l’emploi bienvenu dans un pays où le chômage dépassait 15 % avant 2000, et retombé autour de 9 % depuis 2006.
  • Les effets spatiaux de cette implantation sont également visibles sur le document 2 par la présence d’une ville nouvelle, Chrafat, à proximité des zones franches de Melloussa. Cette ville nouvelle confirme l’attraction exercée dans le Nord marocain par la région de Tanger. Le développement attire des ruraux, exode qui signe les dynamiques de littoralisation et de métropolisation propres à la mondialisation, et que l’on retrouve partout sur la planète.

[Transition] La région de Tanger présente donc tous les signes d’une intégration poussée dans la mondialisation. Les documents, en nombre trop réduit, ne rendent cependant pas compte d’autres effets sociaux ou territoriaux de la mondialisation.

II. D’autres effets de la mondialisation ?

1. Tanger, déjà ville de la deuxième mondialisation

  • La nationalité de la FTN citée dans le document 1 ainsi que la proximité de l’Espagne visible dans le document 2 rappellent que le Maroc fut autrefois protectorat français, et que la région de Tanger fut l’enjeu de rivalités entre la France, l’Espagne et… l’Allemagne. Le site portuaire de Tanger, bien protégé de la houle atlantique par une baie profonde ouverte vers le Nord-Est (voir doc. 2), faisait déjà le délice du yacht de l’empereur Guillaume II en 1905 !

Notez bien

La deuxième mondialisation est celle du xixe siècle, de 1850 à 1929. La troisième mondialisation débute après 1945 et s’amplifie après 1991.

  • Tanger était donc déjà le fruit de la deuxième mondialisation et de son expression coloniale. Elle devint une ville internationale en 1923, affranchie des droits de douane, jusqu’en 1956 où elle réintègre le statut normal des villes marocaines. Mais elle est alors dotée de zones franches, notamment son port, qui confirment son intégration juridique à la troisième mondialisation qui se profile.
  • Le document 2 est malheureusement très incomplet à ce sujet. Il ne représente par exemple aucun flux d’aucune nature, ce qui donne une image assez statique. Les axes de transport sont simplement mentionnés, sans indication de volume, ce qui ne permet pas de rendre compte des flux entre l’usine Renault de Melloussa et le port à conteneurs en eau profonde de Tanger Med.

2. Mobilités et interface de la mondialisation

  • Une autre dimension de la mondialisation n’apparaît qu’en filigrane sur le document 2 : il s’agit des mobilités. Héritage de la colonisation espagnole, l’enclave de Ceuta est aujourd’hui une ville autonome espagnole. C’est donc là un territoire de l’Union européenne (UE).

Conseil

Encore une illustration de la nécessité, pour comprendre votre programme, de suivre l’actualité.

  • Ceuta et sa voisine Melilla (hors doc. 2) sont souvent sous les projecteurs de l’actualité : des migrants tentent en effet régulièrement de franchir la seule frontière terrestre de l’UE en Afrique, pourtant protégée par un véritable mur de circonvallation.
  • La région de Tanger, que ce soit à travers le détroit de Gibraltar ou via l’enclave de Ceuta, apparaît donc comme une interface de la mondialisation, véritable zone d’accès à ce qui est perçu comme l’eldorado européen pour des migrants venus de toute l’Afrique subsaharienne.

3. L’envers du décor

  • Les documents, enfin, ne traitent pas des effets habituellement décriés de la mondialisation. Les IDE des FTN vers les pays émergents masquent les délocalisations ou l’absence d’investissement dans les pays du Nord pour des raisons de profit. Le bilan en termes d’emplois doit ainsi être nuancé.
  • Par ailleurs, les FTN sont souvent critiquées pour les conditions sociales, sanitaires ou environnementales de leurs activités dans les pays du Sud, ce dont les documents ne disent rien.
  • Enfin, le développement par les IDE tend également à fragiliser les activités endogènes, moins compétitives, moins attractives, rendant le pays plus dépendant des FTN, comme le montre sans vraiment le dire le « tapis rouge » (doc. 1, l. 27) déroulé par le royaume chérifien devant Renault.

Conclusion

La région de Tanger est donc profondément intégrée dans la mondialisation, par les flux d’IDE, par les implantations industrielles, par les réseaux portuaires, aéroportuaires et autoroutiers mis en place, dont certains sont visibles dans les documents. Prise dans les logiques de développement de firmes transnationales, la région est aussi une des interfaces de la mondialisation, point de contact entre Nord et Sud, marquant une autre forme d’intégration – par les mobilités humaines cette fois – dans ses dynamiques contemporaines.